Eduard Ingriš

01-05-2008

Explorateur, compositeur, documentariste chef d’orchestre, photographe, cameraman, Eduard Ingriš est une personnalité renommée dans le monde. Il a composé une soixantaine d’opérettes, près de mille airs, la musique de 11 films et était chef d’orchestre pratiquement dans tous les théâtres prestigieux de Prague. Il a émigré après le coup d’Etat communiste de février 1948 et s’est installé à Lima. Au Pérou, il est devenu un photographe et un cameraman recherché. Mais sa renommé est allée bien au-delà des frontières du pays des Incas. Il a gagné plusieurs concours internationaux de photos et ses œuvres ont été publiées dans des magazines prestigieux tels que Times et Life. Eduard Ingriš a, entre autre, assisté au tournage du film le Vieil Homme et la mer au cours duquel il a porté conseil à Ernest Hemingway. Pourtant en Bohême, son pays natal, il reste presque inconnu. Eh bien, nul n’est prophète dans son pays !

Eduard Ingriš, est né le 11 février 1905 en Bohême centrale. Dans les années trente, il se rend célèbre par la chanson Lorsqu’une jeune fille part (Když odejde děvče), un tube qui le lance au top de la musique populaire tchèque et lui rapporte un cachet considérable. Vers la fin de l’année 1947, il part pour Amérique du Sud. Le coup d’Etat communiste de 1948 en Tchécoslovaquie a lieu alors qu’il est en mer. Lorsqu’Eduard Ingriš apprend la nouvelle il décide de s’établir en Amérique du Sud. Mais sa décision n’est pas tout à fait simple à réaliser. Les autorités argentines refusent de lui donner un visa pour raison politique : il vient d’un pays communiste. Il se procure de faux papiers et remonte au Pérou. Un voyage qui lui prendra neuf mois et au cours duquel il gagnera sa vie comme accordeur de piano, mousse et joueur de piano dans des bars douteux. Au Pérou, il s’installe à Lima. Depuis la capitale, il fait des expéditions à l’intérieur du pays pour prendre des photos. Ses œuvres sont intéressantes, demandées, et très vite il se fait une place au soleil.

Dans les 1950, il fait la connaissance d’Ernest Hemingway et de l’ethnologue norvégien, Thor Heyerdahl. Eduard Ingriš décide de prouver la théorie sur la migration des Incas. Jadis, les Incas avaient justement pris la voie maritime pour naviguer depuis le Pérou jusqu’en Polynésie. Eduard Ingriš s’embarque donc sur un radeau en bois très léger portant le nom de Kantuta. Mais la première tentative échoue, le radeau se fait engloutir par un tourbillon et l’explorateur tchèque échappe de justesse à une mort terrible. Heureusement, il est repêché des flots par un bâtiment américain. Cinq ans plus tard, il récidive à bord du Kantuta II. Cette fois, son expédition se termine par un succès et l’explorateur, photographe et cameraman tourne et très bon film documentaire en couleur sur son voyage. En cette période il fait également la connaissance des célèbres explorateurs tchèques, Hanzelka et Zikmund, qui lors de leur grande expédition sont arrivés aussi à Lima. Les deux explorateurs le trouvèrent très sympathique.

En 1962 les patriotes tchèques résidant aux Etats-Unis travaillent sur la répétition d’une opérette de Josef Stelibský qui meurt d’une mort tragique et inattendue. C’est la grande panique! Heureusement Eduard Ingriš se trouve justement à Los Angeles et les organisateurs le prient de les aider. Mais il ne peut pas travailler sur l’opérette de Stelibský, car ce dernier avait ses airs en tête et il n’y avait donc aucune partition. Les organisateurs proposèrent alors à Ingriš de faire passer ses propres opérettes, ce qu’il accepte avec plaisir. C’est à cette époque qu’il fait la connaissance de sa future épouse Nina, de vingt-six ans sa cadette. Le bel homme, qui est loin de faire ses cinquante sept ans, la séduit immédiatement et le couple se marie bientôt. Eduard Ingriš est décédé en 1991 au Névada. Sa femme Nina vit actuellement en République tchèque.

Je remercie Madame Milena Štráfeldová de la rédaction tchèque de Radio Prague de m’avoir accordé l’autorisation d’utiliser les informations qu’elle a recueillie grâce à l’assistance de Madame Magdalena Preiningerová du Musée de la Moravie sud-est à Zlín qui gère les archives d’Eduard Ingriš, ramenées en République tchèque grâce à l’explorateur Miroslav Zikmund.

01-05-2008