Samuel Fritz

03-07-2003

L'Amazone, fleuve de l'Amérique du sud qui prend sa source dans les Andes, traverse le Pérou, le Brésil et d'immenses forêts avant de se jeter dans l'Atlantique, est classé premier fleuve du monde par son débit. Pendant longtemps, l'humidité pénible à supporter de la région a découragé les voyageurs. Ce n'est qu'à partir du XVIIe siècle que des missionnaires et quelques aventuriers ont osé pénétrer dans la verdure luxuriante et dangereuse bordant le fleuve. Le missionnaire tchèque Samuel Fritz est l'un des premiers Européens à avoir traversé l'Amérique du Sud en diagonale, depuis l'Océan Atlantique jusqu'au Pacifique et à avoir dessiné une carte géographique détaillée de l'Amazone.

Il n'existe que peu d'informations sur l'enfance du père Samuel Fritz, né en 1654 à Trutnov, en Bohême du Nord. Il a fait ses études de Lettres à l'Université Charles, à Prague, et de théologie à Olomouc, en Moravie. S. Fritz rejoint l'ordre des jésuites à l'âge de dix-neuf ans. Une exquise carrière attend l'excellent étudiant. Pourtant, la gloire en ce bas monde et les avantages financiers importent peu le jeune jésuite. Son choix est des plus originaux. S. Fritz part répandre la parole de Dieu en Amazonie, au sein des Omaguas, groupe ethnique le plus nombreux. Les Omaguas, considérés comme une ethnie extrêmement dangereuse, étaient robustes, de taille moyenne, au teint plus sombre que les indiens des Andes. Ils étaient renommés pour leur fierté, leur curiosité et leur volubilité. Charismatique et certainement bon psychologue, le jeune missionnaire gagne aussitôt la sympathie des aborigènes. Il est vrai que le père Samuel a l'avantage d'être un homme à stature impressionnante; il mesurait, dit-on, un mètre quatre-vingt-dix ! Rien d'étonnant donc dans le fait qu'il impressionne des indiens plutôt de petite taille. Certains le prennent pour un dieu, d'autres pour un mauvais esprit, un prophète et même pour un libérateur.

Après un certain temps, le père Samuel se décide à suivre le cours de l'Amazone, pour découvrir la vie des Yourimaguas, tribu sauvage vivant à l'embouchure du Rio Negro dans l'Amazone. Il s'embarque sur une pirogue et entreprend la descente périlleuse. En cours de navigation, le missionnaire intrépide ne perd pas son temps. Il tient un journal et effectue des levées cartographiques. Même la maladie tropicale dont il souffre ne l'empêche pas de continuer son travail. Il faut noter que l'équipement technique du père Samuel est des plus rudimentaires : un cadran solaire, un compas, et un instrument en bois pour la mesure des angles. Pendant les arrêts, il a probablement mesuré la latitude depuis les berges. Pour ses dessins cartographiques, le missionnaire utilise les informations des aborigènes et les dessins d'autres missionnaires. Mais son état de santé s'aggrave. La maladie lui fait perdre beaucoup de forces. Il réussit tout de même à gagner Para, ville située à l'embouchure de l'Amazone, dans l'Atlantique. Là, il est pris en charge et se fait soigner par les confrères jésuites. Père Samuel mettra deux mois à guérir. Malheureusement, il ne pourra pas quitter les lieux comme prévu. Intégré au conflit sur la frontière entre Portugais et Espagnols, le père Samuel est soupçonné d'espionnage. Il lui faudra attendre deux ans avant d'obtenir un document officiel de la part du roi du Portugal confirmant son innocence. S. Fritz fait plus de quatre mille kilomètres pour retourner à Lima. Au cours de sa traversée du continent, il profite de l'occasion pour s'aventurer en montagne. En mai 1693, il arrive jusqu'au lac Lauricocha qu'il indique comme source de l'Amazone.

Le père Samuel Fritz est décédé en 1725, au Pérou. La carte géographique détaillée de l'Amazone a été terminée au début des années quatre-vingt-dix du XVIIe siècle. Certes, il n'a pas été le premier à avoir établi une carte de l'Amazone, mais le premier à avoir établi un document aussi détaillé sur le plan hydrographique depuis la source du fleuve jusqu'à son embouchure dans l'Atlantique. La carte a été imprimée en 1707 et dédiée à Philippe V, roi d'Espagne. Le journal de S. Fritz reste un document historique important sur l'ethnographie.

Les exploits du missionnaire tchèque sont admirés et reconnus par un grand nombre de scientifiques de renommée mondiale, tels Alexander von Humboldt, scientifique allemand, Antonio Astrain, historien espagnol ou CH. M. La Condamine, académicien français. CH. M. La Condamine est par ailleurs celui qui a découvert la carte sur l'Amazone du père Samuel Fritz à Quito et l'a ramenée en France. Depuis 1752, la fameuse carte est déposée à la Bibliothèque Nationale à Paris.

03-07-2003