La chanson contemporaine... par Corine Milian et Miqueu Montanaro

10-07-2005

Culture sans frontières met à l'honneur, aujourd'hui, la chanson : française, tchèque, slovaque, roumaine... bref, européenne, car c'est elle qui a animé la vie culturelle pragoise de ces derniers jours. Je vous propose de revenir à l'édition zéro du Festival international de la chanson, qui s'est tenue début juillet au Théâtre ABC, quelque peu caché dans le passage du palais Lucerna, rue Vodickova.

Une quinzaine de chansonniers venus de République tchèque, France, Croatie, Danemark, Pologne et d'autres pays encore ont défilé devant le public du Théâtre ABC, subjugué et avide de ce genre de manifestations quasiment absentes de la scène du pays, qui cultive pourtant une passion pour Piaf, Brel et Brassens. Mais les noms des reines et des rois de la chanson mondiale contemporaine, qui les connaît ici ? Dans cette optique, l'initiative de l'instigateur de la récente rencontre pragoise des chansonniers, Igor Sebo, qui fait d'ailleurs parti du clan, semble particulièrement heureuse. Cinq soirées découvertes, qui ont donné carte blanche, entre autres, au poète, traducteur de chansons françaises en tchèque et chanteur ambulant, comme il le dit lui-même, Jiri Dedecek, à la "Marlène Dietrich tchèque" Renata Drösslerova, à la Hongroise Enikö Eszenyi, qui a signé plusieurs mises en scène au Théâtre national de Prague, ou encore à Enikö Szilagyi, comédienne roumaine renommée et établie en Hongrie qui a absolument séduit le public. Sa carrière de chansonnière a décollé un peu par hasard, après la chute du communisme, en Belgique où elle tentait, en vain, de percer comme comédienne. Un jour, après avoir vu un documentaire sur Barbara, Enikö Szilagyi s'est mise à chanter... Aujourd'hui, ses récitals axés sur la chanson française remplissent les salles, en France et ailleurs...

Corine Milian, une autre invitée du Festival de la chanson de Prague à la voix de feu qui s'est littéralement emparée du public du théâtre ABC. "Si c'était un animal ? La lionne. Si c'était un astre ? Tous les astres, à commencer par le soleil", écrivent de ce petit bout de femme les journalistes. Là aussi, nous avons affaire à un parcours artistique particulier, car Corine Milian a commencé sa carrière comme bassiste dans une formation de rock, et rockeuse, elle l'est toujours. Mais elle n'est pas que ça, écoutez-la :

"Je jouais de la basse dans les caves et de la harpe au Conservatoire... Ensuite, j'ai démarré le chant, dans des choeurs. Je travaillais beaucoup aux choeurs contemporains. Je fais du rock, en vrai. Quand je viens avec un pianiste, c'est pour honorer une invitation, mais mon vrai travail, c'est... on ne va pas dire rock, mais c'est un registre électrique."

Et la chanson ? Quelle place occupe-t-elle dans votre carrière ?

"Elle a une place, mais ce n'est pas la place prépondérante. Je suis plus attirée par un travail de chanson quand même, mais par des influences actuelles, basées sur un travail de texte très fort et sur la couleur, la structure musicale. Il n'en demeure pas moins que j'étais par exemple énormément nourrie, je dirais presque au sein, par Barbara. J'avoue n'avoir pas ensuite retrouvé cette force-là dans d'autres auteurs-compositeurs plus récents."

"Je tourne beaucoup plus avec des spectacles complets, où il y a une notion théâtrale et visuelle très importante."

On pourrait alors dire de vous que vous êtes aussi comédienne ?

"Pas vraiment, par rapport aux gens dont c'est le métier, je ne peux pas dire ça. Mais on va dire, je crois, que dans ma manière d'exprimer et de concevoir les choses sur scène, et peut-être dans la vie aussi, il y a une dimension assez théâtrale, ça c'est vrai. Mais je n'ai pas fait réellement d'études de comédienne, je serais incapable de jouer dans un film... Je suis comme je suis, c'est ma personnalité qui est un peu théâtrale."

Le fait de chanter devant un public étranger, ça change quelque chose pour vous ?

"J'ai des expériences à chaque fois très différentes, mais il m'est arrivé d'avoir, après les concerts, des rencontres incroyables avec le public. Parfois, sur des chansons extrêmement poétiques, des gens sont venus me voir et me parlaient presque de ce que j'avais fait passer. Donc je trouve qu'il y a une autre manière de communiquer, du fait qu'on ne parle pas la même langue, et qui est donc beaucoup plus par l'émotion et la sensation. Elle peut être très forte et elle me surprend à chaque fois."

On continue avec le Festival pragois de la Chanson, pour rencontrer Miqueu Montanaro... Auteur, compositeur et interprète provençal aux racines italiennes et très proche des pays d'Europe centrale, Miqueu Montanaro est venu à Prague en compagnie de la chanteuse Sylvie Berger. On l'appelle multi-instrumentaliste et ce n'est pas pour rien :

"J'ai appris à jouer de pas mal d'instruments, notamment le saxophone, puis les flûtes. Beaucoup de flûtes différentes, parce que les flûtistes sont toujours intéressés par un nouveau son, chaque flûte donne envie à en connaître une autre. Mais aussi, pour composer, le piano et pour la convivialité l'accordéon."

"Moi, je garde de la chanson ce qui est l'essentiel, c'est-à-dire raconter une histoire courte, en très peu de temps, en musique. Je chante le plus souvent pour partager avec des gens qui peuvent reprendre un bout de refrain, qui peuvent s'approprier ça. Je trouve qu'aujourd'hui, notre plus grand problème, ce n'est pas de faire du spectacle. Le spectacle est partout, en permanence, dans tous les écrans. Le spectacle vivant doit trouver une autre forme, un rapprochement avec les gens. Pour moi, c'est simplifier, enlever tout l'artifice pour aller à l'essentiel, dans les instruments, mais aussi dans le chant. C'est pour cela que je fais des choses de plus en plus proches des gens, quelque soit le nombre de spectateurs, ce n'est pas important. Quand nous étions en Colombie, il y a un mois, les gens chantaient avec nous et pourtant, il y avait 1600, 1700 spectateurs, des grands théâtres..."

M. Montanaro sera de retour à Prague le 29 septembre prochain, pour le festival de musique Les cordes d'automne (Struny podzimu).

10-07-2005