"L'âme tchèque est malade", s'inquiète le réalisateur Vojtech Jasny...

08-08-2004

Vojtech Jasny, 79 ans, installé depuis vingt ans aux Etats-Unis, est une légende du cinéma tchèque. A Uherske Hradiste, il a présenté, entre autres, Le Retour aux années exceptionnelles, un documentaire, réalisé par Pavel Taussig, auquel Vojtech Jasny a collaboré.

Vojtech JasnyVojtech Jasny Il s'agit d'un retour dans le sens propre du mot : avant de signer, dans les années 60, des films à succès international primés à Cannes, tels Désir, Chronique morave, ou Un jour un chat, le jeune Jasny tourne, avec un autre réalisateur remarquable, Karel Kachyna, un film de propagande communiste, moitié documentaire, moitié fiction, sur la fondation d'une des premières coopératives dans la Tchécoslovaquie d'alors. Cela se passe dans la commune de Vyhnanice, en 1951. Cinquante deux ans plus tard, et peu avant le décès de Karel Kachyna, Vojtech Jasny récidive : il retourne au village en question, pour s'entretenir, devant la caméra, avec les protagonistes du film et leurs descendants. Un règlement de compte avec soi-même... Professeur dans des universités américaines, amoureux de bon cinéma, de New York, de Central Park, Vojtech Jasny a bien voulu s'exprimer, pour Une semaine à Prague, en français... Retour dans les années 50, période sombre de l'histoire tchèque...

"A cette époque-là, on ne pouvait pas réaliser un bon film de fiction, quelque chose de vrai, d'humain, comme nous l'aurions souhaité, Kachyna et moi. Alors j'ai eu l'idée de tourner un long métrage sur une des premières coopératives en Tchécoslovaquie. J'aurais aimé le faire en Moravie, où j'ai mes origines et que j'adore, mais finalement, on a trouvé ce village de Bohême du sud, Vyhnanice. On y a été très bien accueillis, les habitants étaient gentils avec nous : pendant plusieurs mois, on vivait, mangeait chez eux, on se baignait tous dans le lac... Cette partie-là du film, où nous montrons le quotidien du village, est bien. Hélas, les autorités d'alors nous ont obligés d'introduire dans le film leur propagande : il a fallu parler de l'expérience soviétique, montrer Staline, Gottwald..."

Pendant ses séjours en Chine et en URSS, le jeune Vojtech Jasny déchante...

"J'ai vu la terrible réalité soviétique... Les Polonais en Sibérie... J'ai compris que ce n'était pas le socialisme, mais un mensonge."

"L'âme de la nation tchèque, qui s'était compromise avec le régime communiste, demeure malade", a constaté le réalisateur lors du débat qui a suivi la projection du Retour aux années exceptionnelles. Quel remède à ce malaise ? Vojtech Jasny.

"Il faut être critique envers soi-même. Il faut trouver et dire la vérité, être sincère."

Le Retour aux années exceptionnelles passera à la Télévision tchèque à l'automne.

08-08-2004