Hana Hegerová, la première dame de la chanson tchécoslovaque

06-11-2016

Le 20 octobre dernier, la première dame de la chanson tchécoslovaque Hana Hegerová a fêté ses 85 ans. Cette chansonnière phare présente sur scène depuis plus de soixante ans, après l’avoir quittée il y a quatre ans de cela, reste une légende de la musique pour de nombreux Tchèques mais aussi Slovaques. Car si Hana Hegerová est née à Bratislava, elle est néanmoins surnommée La Piaf de Prague.

Un timbre de voix grave et exceptionnel

Hana Hegerová avec Waldemar Matuška dans le film Kdyby tisíc klarinetů, photo: ČTHana Hegerová avec Waldemar Matuška dans le film Kdyby tisíc klarinetů, photo: ČT Après avoir terminé le conservatoire de théâtre et vécu une première expérience professionnelle de comédienne au sein de la compagnie de Petr Jilemnický dans la ville de Žilina, Hana Hegerová, de son vrai nom Carmen Farkašová, apparaît pour la première fois au cinéma dans le film Frona de 1953. Elle monte sur scène en tant que chanteuse au cabaret Tatra revue cinq ans plus tard mais quitte la Slovaquie pour Prague où elle intègre tout d’abord le théâtre de Rokoko à la fin des années 1950. Elle apparaît dans divers films, comme L’Audition (Konkurz) de Miloš Forman en 1963 ou S’il y avait mille clarinettes (Kdyby tisíc klarinetů) en 1964, et où elle se lie d’une profonde amitié avec d’autres grandes voix de l’époque tels que Waldemar Matuška ou Karel Gott.

 « Le courant, qui porte les bateaux
sait, comme il est parfois difficile de naviguer.
Parfois c’est pratique,
je sais, qu’il est plus facile de périr noyé,
que de vivre.

Vivre, c’est le sens,
c’est le sens que tu connais,
c’est l’amour que tu donnes,
c’est perdre, retrouver,
couper des rochers, boire des lèvres, c’est ça vivre. »

La Piaf slovaque de Prague

Photo: SupraphonPhoto: Supraphon Tout au long de sa carrière, Hana Hegerová a côtoyé différents grands noms de la scène tchécoslovaque, tel que le duo Jiří Šlitr et Jiří Suchý, avec lesquels elle a fait partie de l’aventure du théâtre Semafor pendant quatre ans jusqu’en 1966. Sa prestation des chansons de Jacques Brel ou de Charles Aznavour en 1967 sur la scène de l’Olympia à Paris sera couronnée de succès, - elle y acceptera même une offre d’engagement en tant chanteuse-, elle se produira à l’Exposition universelle à Montréal la même année et commencera notamment à se faire connaître en Allemagne, où l’on commence à publier ses disques. Mais l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie le 21 août 1968, et la fermeture des frontières qui s’ensuit, brise ce début prometteur de sa carrière internationale.

 « Je reviendrai, je reviendrai,
même si je me demande, où dois-je aller.
Je reviendrai, je reviendrai,
telle une mouette blanche vers les bancs de sable. »

Photo: SupraphonPhoto: Supraphon Hana Hegerová poursuit sa carrière en Tchécoslovaquie et devient une chansonnière à part entière, sans courber l’échine devant les bouleversements de la normalisation à la fin des années 1960. Avec le temps, les chansons interprétées par Hana Hegerová seront toutes remplies d’une intensité particulière, relatant les dépits amoureux, grâce à la musique remarquable du compositeur Petr Hapka, et des textes poignants et parfois ironiques des paroliers Michal Horáček ou Pavel Kopta.

En 2002, Hana Hegerová est décorée de la médaille du mérite des mains du président Václav Havel. En 2013, elle reçoit la médaille de l’ordre national du Mérite des Arts et des Lettres des mains de Pierre Lévy, l’ambassadeur de France à Prague à l’époque, et ce pour sa contribution exceptionnelle à la propagation de la chanson française et de la culture française dans son ensemble. A l’occasion de la fête nationale du 28 octobre 2014, Hana Hegerová se voit notamment remettre la plus haute distinction tchèque, l’Ordre du président Tomáš Garrigue Masaryk. Jusqu’en 2011, année où elle mit un terme à sa carrière, Hana Hegerová continuait de se produire devant le public à guichets fermés.

 « L’amour me donne de la force de plus en plus
et il n’arrête pas – je veux continuer à vivre pour lui.
Il me nourrit et me brûle de plus en plus
ce feu continu – je ne veux pas être sans lui.

Même s’il arrive que l’amour soit grand,
il peut se consommer plus tôt qu’une gauloise,
Parfois il brûle sans flammes – rien de plus.

Parfois il vient sans chansons et sans danse,
sans vers et renaissance,
pas de tendresse, pas de luth – quoi dire ? »

06-11-2016