Les plus grandes œuvres de la musique classique tchèque (III) : Julius Ernest Wilhelm Fučík, le roi des marches

26-01-2020

Une marche militaire réussie est une marche exaltant la victoire, même si c’est sans l’assurance d’en ressortir vivant que les gladiateurs entrent dans l’arène pour saluer César. Aujourd’hui, nous nous intéresserons à la marche militaire intitulée Vjezd gladiátorů – Entrée des gladiateurs.

Julius Ernest Wilhelm Fučík, photo: public domainJulius Ernest Wilhelm Fučík, photo: public domain Il s’agit sans doute de la marche la plus célèbre au monde, mais à part les spécialistes de la musique, peu savent que cette marche a été composée par Julius Ernest Wilhelm Fučík.

Le compositeur Julius Ernest Wilhelm Fučík était l’oncle de Julius Fučík (1903-1943), journaliste, critique et traducteur qui fut par la suite exécuté par le régime nazi. On ne sait pas ce que pensait le jeune Julius de la musique de son oncle, mais il est en revanche de notoriété publique que l’empereur allemand Guillaume II appréciait particulièrement son Entrée des gladiateurs. Au point qu’il la faisait jouer à chaque fois qu’il arrivait quelque part, et ce, qu’il s’agisse d’un séjour aux thermes ou de l’inauguration d’un nouveau croiseur de bataille.

La forme de l’Entrée des gladiateurs mérite que l’on y accorde un peu d’attention : il s’agit d’une pièce en deux thèmes, sans reprise, à savoir de forme A-B. On s’attend à voir revenir le premier thème chromatique, mais cela n’a pas lieu.

'Entrée des gladiateurs', photo: VHÚ Praha'Entrée des gladiateurs', photo: VHÚ Praha Julius Ernest Wilhelm Fučík était un célèbre chef de musique militaire et un excellent musicien. Il a reçu une éducation musicale de qualité, étudiant à partir de ses treize ans au conservatoire de Prague avec Antonín Dvořák comme maître. Parmi ses camarades de classe, on comptait le compositeur et violoniste Josef Suk ainsi que le chef d’orchestre et compositeur Oskar Nedbal. Sous le règne de l’empereur François Josef Ier d’Autriche, il a fait son service militaire en tant que violoniste et bassoniste. Il est ensuite resté dans l’armée et est devenu chef de fanfare du 86e régiment à pied à Budapest.

Il abandonna la fanfare militaire avant le début de la Première Guerre mondiale et s’installa à Berlin, où il établit sa propre maison d’édition musicale. Il créa également son propre orchestre, appelé Orchestre des artistes pragois, avec lequel il interprétait pour les Berlinois des classiques tchèques, notamment ceux de Bedřich Smetana et d’Antonín Dvořák. Des concerts rassemblant des dizaines de milliers de spectateurs y avaient lieu tous les jours, ce qui semble aujourd’hui inimaginable. Julius Ernest Wilhelm Fučík est malheureusement décédé très jeune, à seulement quarante-quatre ans. Il est enterré au cimetière de Vinohrady, à Prague.

Ce compositeur se consacrait avant tout à ses orchestres militaires, et a composé pour eux non seulement des morceaux dansants mais aussi des morceaux de concert. On notera qu’à l’époque, les fanfares militaires comptaient des instruments à cordes et pouvaient donc se produire comme des orchestres symphoniques. À l’écoute de certaines des compositions de Fučík, comme par exemple des valses interprétées par un orchestre symphonique, on y sent bien l’influence du maître Dvořák.

Photo: SupraphonPhoto: Supraphon La pièce que nous venons d’entendre est l’illustration même du fait que d’autres que Strauss peuvent composer des valses « à la Strauss ». Celle-ci s’appelle Plamen lásky – La flamme de l’amour, elle est totalement inconnue et a été composée par Julius Ernest Wilhelm Fučík. L’interprétation que nous avons écoutée est celle de l’Orchestre philharmonique tchèque. Cet ensemble se consacre beaucoup aux œuvres de Fučík. C’était encore plus le cas du temps du chef d’orchestre Václav Neumann, de 1968 à 1989. Grâce à lui, les partitions de Fučík ont trouvé leur place à la salle de concert Rudolfinum.

La plus grande partie de l’œuvre de Fučík se compose d’œuvres destinées à des orchestres militaires. C’est pour cela que Fučík est parfois surnommé « le Sousa tchèque », d’après le compositeur et chef d’orchestre militaire américain John Philip Sousa, ou encore « le roi des marches tchèque ». Auteur très fécond, il a composé plus de trois cent marches, polkas et valses. Certaines d’entre elles sont toujours interprétées de nos jours, les plus connues étant avant tout les marches Entrée des gladiateurs et Marche florentine, ou encore la polka Le vieil ours grognant.

Cette série présentant les grandes œuvres de la musique classique tchèque s’inspire des émissions conçues par Lukáš Hurník et Bohuslav Vítek pour Vltava, la chaîne culturelle de la Radio tchèque.

26-01-2020