Devenir mère ou chercheuse : en Tchéquie, il faut choisir

27-12-2017

La carrière des chercheuses tchèques est souvent conditionnée à leur décision de devenir mère ou non. Environ 300 scientifiques de 29 instituts de l’Académie des sciences de République tchèque ont adressé une lettre à leur direction pour alerter sur la situation des jeunes femmes dans la recherche et pour qu’elles n’aient plus à faire ce choix.

Photo illustrative: Commission européennePhoto illustrative: Commission européenne La lettre est adressée à Eva Zažímalová, la présidente depuis mars dernier de l’Académie des sciences, qui est présentée comme « la protectrice des femmes dans la science ». Dans ce document, les initiatrices de l’appel listent les problèmes spécifiques auxquels les femmes sont confrontées dans le monde de la recherche, notamment quand, à l’âge d’environ 30 ans, un doctorat en poche, elles se questionnent sur la possibilité de devenir mère. Or, selon les auteures de la lettre, « la carrière d’un chercheur commence généralement après le doctorat, donc vers l’âge de 30 ans, quand il est bienvenu, sinon expressément demandé, d’effectuer un stage à l’étranger ».

Sans ce type de stage, il est souvent très difficile, voire impossible d’obtenir des bourses de recherche ou une place dans un laboratoire. Les auteures de la lettre citent notamment le projet junior de l’Agence des bourses de l’Académie des sciences, la seule compétition ouverte aux jeunes chercheurs et chercheuses dans le domaine de la recherche fondamentale.

Après leur retour de congé maternité, lequel dure généralement quelques années en République tchèque, les jeunes mères se retrouvent dans une position inégale par rapport à leurs collègues hommes ou aux chercheuses qui n’ont pas d’enfant. Moins intégrées dans le milieu, elles peuvent de surcroît faire valoir moins de publications ou d’heures d’enseignement. Et cela a des conséquences dans leur capacité à obtenir des subventions ou à obtenir les postes auxquels elles peuvent aspirer.

Après ce constat, les initiatrices de la lettre font des recommandations pour remédier à cette situation. Elles proposent que les appels à projet prennent d’abord en compte l’intérêt d’une candidature et la motivation de celui ou de celle qui la soumet plutôt que la quantité de ses publications. Selon elles, l’Agence des bourses devrait également réévaluer l’importance du stage à l’étranger et, éventuellement, débloquer des moyens financiers pour que des jeunes chercheuses puissent les effectuer en voyageant avec leur famille. Il faudrait également accorder des indemnités pour la garde des enfants et généraliser dans les structures de recherche les « groupes d’enfants ».

27-12-2017