"Le marché tchèque de l'eau n'est pas une jungle"

18-02-2005

C'est d'eau dont il sera question cette semaine dans notre rubrique économique, puisque l'invité de Radio Prague est Pierre-Etienne Segre, le nouveau directeur de la filiale du groupe Suez, Ondeo, une filiale très présente sur le marché de l'eau potable en République tchèque.

 « Nous avons des participations dans des sociétés locales, notamment à Brno, Ostrava, et Karlovy Vary pour ne citer que les principales. Et ces participations se font au travers de partenariats partagés avec les collectivités locales, ce qui est un exercice d'équilibre parfois difficile. Nous sommes en situation de négociation quasi-permanente. Mais c'est pour nous une bonne solution. »

Comment se situe Ondeo sur le marché tchèque de l'eau ?

 « Ondeo se situe en seconde position. Nous devons représenter à peu près 16 à 17% du marché tel qu'il est aujourd'hui partagé entre les principaux intervenants. »

La République tchèque a dû faire de gros efforts pour appliquer les normes européennes. Huit mois après l'élargissement, où en est-on au niveau de la qualité et de l'environnement ?

 « Les services de l'eau et de l'assainissement sont ici bien développés. La République tchèque n'est pas en retard sur les pays qui composent l'UE, et serait même plutôt en avance... »

Pierre-Etienne SegrePierre-Etienne Segre Certains échos font du marché national de l'eau une jungle sans foi ni loi dans laquelle la concurrence serait impitoyable. Qu'en est-il ?

 « Je ne crois pas que le marché tchèque soit la jungle, ou alors je vous ferais visiter d'autres jungles qui sont encore plus inextricables que le marché tchèque... Je pense que c'est un marché relativement bien régulé, en fait. Ce qui n'est pas encore très clair, ce sont les procédures de dévolution de certains marchés et contrats, qui se font encore trop souvent par le biais de négociation directe sans qu'il n'y ait de véritables appels à la concurrence, sur des critères de compétition bien définis. De ce point de vue là, il y aurait encore des progrès à faire, mais les choses ne vont pas si mal. Ce n'est pas la jungle, il n'y a pas que des sauvages qui interviennent, il y a aussi des gens sérieux. Et pas que nous, il y en a d'autres. C'est bien pour ça qu'on les prend très au sérieux et qu'on est impitoyable avec eux. Je crois qu'il faut avoir une lecture un petit peu plus positive et constructive, et les choses en tout cas évoluent dans le bon sens. »

 « Il y a aujourd'hui trois catégories de professionnels qui interviennent sur ce marché concurrentiel. Il y a des gens qui n'y connaissent rien au métier et qui sont là pour faire de l'argent. Les impulsions de départ dans les procédures de privatisation ont amené un actionnariat populaire très large. Donc ces partenaires individuels espèrent avoir un profit normal, mais ne sont pas impatients ni regardants. Ce peut être vous, moi, le boulanger, le notable du coin de la rue qui devient partenaire de ces sociétés. Vous avez également des gens qui sont mieux organisés, mieux structurés, rassemblés dans des organismes financiers, et qui eux cherchent des rendements à court-terme. Et cela perturbe un peu le jeu actuellement. La troisième catégorie regroupe les gens qui sont, historiquement, des 'professionnels de la profession'. Et quand on leur parle de tuyaux, de qualité d'eau, ou d'assainissement, ils savent ce que cela concerne. Je crois que ce sont surtout ces gens là qui peuvent apporter une valeur ajoutée aux organisations en place dans les différentes régions. »

La République tchèque est-elle l'un des principaux fronts de la guerre que se mènent Ondeo - filiale du groupe Suez - et Veolia - anciennement Vivendi Environnement (première entreprise en Tchéquie en termes de parts de marché)?

 « S'il n'y avait que le champ de bataille d'Austerlitz, ce serait relativement simple, et on aimerait bien avoir le rôle de Napoléon à ce moment-là... La compétition avec Veolia date de 150 ans, puisque les deux sociétés ont été créé à peu près à la même époque, sous le Second empire, parce que la loi française avait, dès cette date, autorisé cette forme de partenariat. C'est pour cela que nous avons connu des parcours tout à fait parallèles, nous avons développé les mêmes solutions, les mêmes techniques. Nous avons grosso-modo la même approche financière, avec ensuite des nuances et des détails qui tiennent plus à la personnalité des individus qui interviennent que véritablement à des différences sur les stratégies. Ce sont des gens dont je n'ai pas à faire la promotion, je les respecte comme des concurrents. »

18-02-2005