Prague : victime de son succès touristique ?

24-06-2005

Les vacances d'été approchent et, cette année encore, elles verront les touristes d'un peu partout en Europe partir à l'assaut de la Ville aux Cent Tours. Depuis 1989, Prague se révèle une vocation de destination touristique, à l'instar de Paris et pour cela, elle a tous les atouts. Dynamique, le secteur touristique n'en recèle pas moins quelques insuffisances. Au banc des accusés : le manque d'hôtels bon marché dans le centre, l'absence de classification officielle des hôtels et peut-être un manque d'information de la part de certaines agences réceptives.

En 2004, pas moins de 7 millions de touristes ont visité la République tchèque. Prague fait bien sûr figure d'incontournable et l'écrasante majorité des touristes y passent leurs nuits, quitte à faire une excursion en Bohême dans la journée. Pour 2005, l'agence tchèque du tourisme table sur 8,47 millions de visiteurs. Prague a, il est vrai, de nombreux atouts pour séduire : musée à ciel ouvert, elle apparaît telle qu'elle a toujours été car elle fut épargnée par les aléas de l'histoire et les pioches d'équipes hausmaniennes !

Pourtant, une qualité de l'accueil parfois limite et des prix élevés sont souvent déplorés par les touristes. Ceux-ci, attirés par la richesse historique de la capitale, n'en continuent pas moins d'affluer. Conséquence : les notions de haute et de basse saison deviennent de plus en plus relatives pour les agences réceptives. De décembre à février, il peut facilement venir autant de touristes qu'en juillet. Un acquis évident et surtout stable qui ne pousse pas toujours les acteurs locaux du tourisme à trop d'efforts.

A cela, une raison simple : le réseau d'hôtels centraux et à budget moyen, soit les plus convoités par les individuels, est trop peu dense à Prague. Or, sur 7 millions de visiteurs, 84 % logent en hôtels ou pensions 2 et 3 étoiles, le reste se répartissant entre hôtels 4 et 5 étoiles. Les hôtels pour budget moyen et situés à Prague 1 et 2, n'ont donc pas besoin de se battre pour combler leur capacité.

La capacité des établissements 4 et 5 étoiles au centre dépasse largement celle des autres catégories d'hébergement en terme de nombre de lits ! A ce déséquilibre entre l'offre et la demande, plusieurs raisons : il y a les investissements étrangers, qui vont majoritairement aux grands hôtels de luxe. A cela s'ajoute le prix élevé de l'immobilier à Prague. Pour le directeur d'une agence réceptive danoise basée dans la capitale, l'immobilier est si cher qu'un 3 étoiles est obligé de pratiquer des prix de catégorie supérieure sinon, il passera sa vie à payer un crédit sans engranger de bénéfices directs !

Ceci explique en partie le surclassement effectué par certains hôtels par rapport à leurs standard réel. Le plus simple serait sans doute d'établir, comme en Europe occidentale, une classification obligatoire des hôtels. Mais les pays nouvellement entrés à l'UE relèvent du système volontaire : chaque hôtel s'attribue, sur sa bonne foi, le nombre d'étoiles que mérite son établissement. Cela devient un problème pour le touriste quand l'information n'est pas bien relayée par les agences réceptives. Un phénomène illustre l'absence de lisibilité des catégories d'hôtels : la notion de 3 étoiles plus ou 3 étoiles moins, utilisée par certaines agences réceptives.

Bien sûr, le tableau est loin d'être entièrement négatif. Depuis 1989, d'immenses progrès ont été réalisés tant en matière de capacité que d'infrastructure. Des grands complexes hôteliers sans âme de l'ère communiste, on est passé à une grande diversité de l'offre : des hôtels entièrement design jusqu'aux appartements privés avec cuisine. Sous oublier l'attractivité des hôtels de charme, maisons historiques situées dans la Vieille-Ville et à Mala Strana. Idéals pour sentir l'atmosphère magique de la ville, ils attirent beaucoup les Français. Mais ils ne sont pas forcément adaptés à toutes bourses !

Et puis le secteur touristique à Prague est dynamique et en évolution constante. Le développement de l'incentive, ou tourisme d'affaire, l'illustre bien. De quoi s'agit-il ? Des groupes d'entreprises de France, d'Angleterre ou d'ailleurs font un séjour à Prague dans le cadre d'un congrès professionnel - Prague en compte des dizaines chaque année. Les grands hôtels de luxe sont relativement bien pourvus en terme de salles de conférences et d'équipements techniques. Colloques et séminaires s'y organisent régulièrement. Le tourisme d'affaire consiste parfois, pour l'entreprise, à récompenser ses meilleurs éléments ou à ressouder une équipe. Le voyage devient alors thérapie d'entreprise ! Et Prague a de nombreux atouts pour les activités se prêtant à ce secteur. Avec sa richesse visuelle (enseignes de Karlova ou Nerudova, portes ouvragées de la Vieille-Ville...), Prague voit souvent s'organiser des rallyes, ces parcours-jeu dans la ville, qui se déclinent sur divers modes.

Le secteur du tourisme d'affaire prend une place croissante dans l'activité touristique, dont il représente déjà 12 % ! Il a surtout propulsé Prague au rang des grandes destinations du tourisme incentive en Europe. En 2003, la capitale tchèque se plaçait à la 17ème place dans le classement des villes de Congrès, devant Madrid ou Amsterdam. Un secteur d'avenir sans doute, car il génère d'importantes retombées financières et crée de nombreux emplois.

Les principaux défis à relever résident donc, pour le secteur touristique, à démocratiser l'offre d'hôtels dans le centre de Prague. Peut-être les agences locales devraient-elles aussi expliquer plus clairement la topographie de Prague, où le noyau urbain dense est relativement réduit et les zones excentrées bien desservies par les tranports en commun. Sans parler des nombreux bus et trams de nuit. Loger à Prague 4, vers Kacerov, permet de rejoindre le centre historique en 15 minutes environ. "Pour certains clients, témoigne la responsable du marché français d'un agence basée à Prague, le quartier de Zizkov est déjà presque périphérique ! La volonté de loger dans le coeur historique de Prague est compréhensible mais elle est devenue le critère majeur".

Certains spécialistes du secteur touristique restent optimistes, tablant sur la construction d'une quarantaine d'hôtels centraux et à budget moyen dans les années à venir.

Autre signe positif : des bruits courent sur la mise en place prochaine d'un organe national de régulation pour la classification des hôtels. Celui-ci n'aurait, dans un premier temps, pas de caractère obligatoire mais il constituerait sans doute une première étape vers une plus grande lisibilité.

24-06-2005