17,8 °C

23-02-2016

Même s’il a fait particulièrement doux et que de nouveaux records ont été enregistrés pour un 22 février, 17,8 °C n'est pas la température qu’il faisait en République tchèque lundi. D’ailleurs, pour la petite histoire, plus de 18 °C ont été mesurés en Moravie du Sud en ce début de semaine. Pour autant, 17,8 °C constitue bien un nouveau record. Et même un record de chaleur. C’est en effet la température que les scientifiques tchèques basés en Antarctique prétendent avoir mesurée en mars 2015 sur l’île James Ross, où est installée leur station depuis maintenant dix ans.

La station météorologique de l'Université Masaryk en Antarctique, photo: ČTKLa station météorologique de l'Université Masaryk en Antarctique, photo: ČTK En consultant sur Wikipédia la page intitulée « Records de température sur Terre », on y apprend, ce mardi encore, l’information suivante : en Antarctique, c’est à la base appelée Esperenza, une station de recherche argentine, que le record de chaleur a été établi. Le 11 octobre 1976, 15,6 °C y avaient été mesurés. Mais, c’est bien connu, il convient toujours de se méfier de certaines informations figurant sur l’encyclopédie en ligne.

Et pour cause: en mars dernier (2015 donc) avait été reprise un peu partout dans le monde l’information selon laquelle l’Antarctique avait connu, le 24 exactement, la journée la plus chaude de son histoire. Selon le site de météorologie Weather Underground, il avait fait 17,5 °C sur le continent de glace du pôle Sud, soit 0,1 °C de plus que le précédent record… qui datait de la veille, mais surtout 0,4 °C de plus que le record historique qui remontait, lui, à 1961 et avait déjà été établi sur un îlot de la péninsule Antarctique.

Mais ce record officiel pourrait bientôt lui aussi ne plus être qu’un souvenir. En effet, lundi, l’équipe de chercheurs de l’Université Masaryk de Brno, qui observe les changements climatiques sur l’île James Ross chaque année depuis 2006, a indiqué avoir relevé une température de 17,8 °C le 23 mars 2015 sur une des sondes automatiques installées à un peu plus de 500 mètres d’altitude. Membre de l’équipe de six chercheurs qui ont participé à la mission tchèque cette année, le climatologue Kamil Láska explique comment ce record a pu être établi :

Kamil Láska, photo: ČT24Kamil Láska, photo: ČT24 « La cause de cette température anormalement élevée de l’air est l'arrivée d'un courant en provenance de l’Ouest, qui est passé par le point culminant de la région, à savoir la péninsule Antarctique. Et c’est en redescendant vers l’Est, dans la zone où se trouve notre station, que l’air s’est asséché et s’est progressivement réchauffé. »

Très montagneuse et située dans son hémisphère occidental, la péninsule Antarctique possède aussi pour caractéristique d’avoir le climat le plus doux du continent. C’est la raison pour laquelle de nombreuses stations de recherches, comme la station tchèque appelée Gregor Mendel, y sont installées.

Ce « record tchèque » de chaleur sur le continent le plus froid de la planète n’est toutefois encore qu’une donnée officieuse. Pour qu’il soit officialisé, il faudra que les mesures effectuées soient vérifiées avant de pouvoir être confirmées par l’Organisation météorologique mondiale.

La station tchèque sur l'île James Ross, photo: Facebook de Polární výzkum na Masarykově univerzitěLa station tchèque sur l'île James Ross, photo: Facebook de Polární výzkum na Masarykově univerzitě Si ce nouveau record n’a été annoncé que onze mois plus tard, c’est parce que les chercheurs de Brno n’ont rejoint leur base qu’à la mi-janvier. Les données de l’année 2015 n’ont donc pu être relevées que lors de l’expédition de cette année.

Mais au-delà de cette annonce médiatique, les scientifiques tchèques, comme leurs collègues du monde entier, constatent que le réchauffement de l’Antarctique constitue un phénomène plus actuel que jamais. En l’espace de cinquante ans, la température annuelle moyenne y a ainsi augmenté de 2 °C. Une hausse qui a des conséquences bien concrètes et dont Pavel Kapler, le responsable de l’expédition tchèque de cette année, est le témoin :

Pavel Kapler, photo: ČT24Pavel Kapler, photo: ČT24 « Les glaciers que nos chercheurs observent depuis maintenant dix ans étaient auparavant très compacts. Ces dernières années et cette année plus particulièrement, une fonte en surface a pu être constatée. Un écoulement et des rivières glaciaires se sont formés, comme sont apparues des crevasses qui n’existaient pas à notre arrivée. Tout cela peut donc menacer la sécurité de nos chercheurs à l’avenir. »

En attendant, dès l’année prochaine, c’est un nombre plus important de scientifiques que les six de cette année qui devrait participer à l'expédition tchèque en Antarctique, le ministère de l’Education ayant accordé à cette fin une nouvelle subvention à l’Université Masaryk pour la période 2016-2019.

23-02-2016