Corruption : trois ans après l’achat des blindés Pandur, une première arrestation

09-10-2012

Depuis juillet 2010, les polices tchèque et autrichienne enquêtent sur l’achat douteux, par l’ancien gouvernement de droite de Mirek Topolánek, de véhicules blindés Pandur du fabricant autrichien Steyr. Cette semaine, l’enquête sur ce contrat, fort probablement entaché de corruption, a apporté un premier résultat palpable : lundi, la police anti-corruption a arrêté, au centre de Prague, Marek Dalík, 37 ans, lobbyiste influent et proche ami de l’ex-Premier ministre Topolánek. Accusé d’escroquerie, Marek Dalík aurait demandé à la société Steyr un pot-de-vin de 18 million d’euros.

Tout d’abord, un bref rappel des faits. L’affaire remonte à 2003, où le gouvernement de Vladimír Špidla approuve le plan du ministère de la Défense d’acheter 240 nouveaux transporteurs blindés. En 2006, un autre gouvernement social-démocrate, celui du Premier ministre Jiří Paroubek, choisit, comme fournisseur, la société autrichienne Steyr. Le contrat, signé en juin 2006, est alors évalué à environ 20 milliards de couronnes. Ce premier contrat est cependant rompu par le gouvernement suivant, un gouvernement de droite dirigé par Mirek Topolánek. Les Pandur ne répondraient alors pas, paraît-il, aux critères exigés par l’Armée tchèque. Or, de nouvelles négociations sont aussitôt entamées avec le propriétaire américain de Steyr, l’entreprise General Dynamics.

En mars 2009, le ministère de la Défense signe alors un second contrat avec la société Steyr, un contrat d’achat de 107 blindés Pandur pour un montant de 14,4 milliards de couronnes (environ 560 millions d’euros). Un an plus tard, les spécialistes anti-corruption tchèques et autrichiens commencent déjà à enquêter sur les conditions opaques de cet achat pour le moins désavantageux pour Prague : l’an dernier, le quotidien Mladá fronta Dnes révélait par exemple que l’Armée portugaise avait acheté des Pandur similaires pour un prix quatre fois moins élevé.

Marek Dalík, photo: CTKMarek Dalík, photo: CTK Alors que les transporteurs Pandur tchèques ont notamment été envoyés en Afghanistan, la police a obtenu le témoignage-clé d’un manager de la société Steyr, selon lequel le lobbyiste Marek Dalík a demandé un pot-de-vin en promettant la signature du contrat par les autorités de Prague.

Peu de commentaires de la classe politique, ce mardi, sur l’arrestation de Marek Dalík : ce dernier réfute toute accusation, alors que son ami Mirek Topolánek a pour sa part critiqué le travail de la police. Silence radio du côté du Premier ministre Petr Nečas alors que sa formation politique, le Parti civique démocrate (ODS) rejette toute responsabilité dans l’affaire Pandur, comme l’affirme le député Jan Vidím, chef de la commission parlementaire de la Défense.

« Marek Dalík est une personne privée qui était liée à l’ancien président du parti ODS Mirek Topolánek. Je ne vois aucun rapport entre lui et la direction actuelle du parti. D’ailleurs, c’est le gouvernement de Jiri Paroubek qui a décidé de l’achat des Pandur. »

Et l’ancien Premier ministre socialiste Jiří Paroubek de rétorquer :

Jiří ParoubekJiří Paroubek « Le prix d’un Pandur a été fixé à 104 millions de couronnes. Mais le gouvernement ODS a réussi à le faire augmenter à 134 millions de couronnes pour un transporteur blindé. Voilà pourquoi la police s’intéresse à M. Dalík et pourquoi elle s’intéressera sans doute à d’autres personnes encore. »

Ces progrès de l’enquête policière dans l’affaire Pandur (ainsi que ceux dans d’autres enquêtes sur la corruption dans le milieu politique) seraient, selon les médias, le fruit du travail de la nouvelle présidente du ministère public supérieur de Prague, Lenka Bradáčová, en poste depuis quatre mois. Mardi matin, Marek Dalík n’est pas soupçonné de corruption, mais d’escroquerie, la police n’ayant pas de preuves qu’il aurait agi au nom d’un membre du gouvernement. Le lobbyiste, connu pour son style de vie luxueux, risque tout de même jusqu’à dix ans de prison. Avant son arrestation, lundi, devant un club select de Prague, Marek Dalík envisageait, paraît-il, de quitter la République tchèque. Le prochain déroulement de l’affaire dans nos émissions…

09-10-2012