Déclenchement du Brexit : une journée « pas heureuse » selon Prague

30-03-2017

La Première ministre britannique a officialisé ce mercredi la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, en annonçant l’activation du fameux article 50 du traité de Lisbonne. Que représente pour la République tchèque cet « événement sans précédent et ce point de non-retour », pour citer les propos de Theresa May ? Même si celle-ci a assuré dans son discours à ses compatriotes que des jours meilleurs étaient devant eux, les hommes politiques, analystes et politologues tchèques n’en sont pas vraiment persuadés.

Photo: Rareclass via Foter.com / CC BY-NC-NDPhoto: Rareclass via Foter.com / CC BY-NC-ND Pour le président Miloš Zeman, ainsi que pour le chef de la diplomatie Lubomír Zaorálek, « il ne s’agit pas d’un moment heureux ». Le ministre des Affaires étrangères a précisé que les Vingt-Sept, dont la République tchèque, disposaient exactement d’un mois pour préparer leurs positions pour les négociations du Brexit. Lubomír Zaorálek :

« La situation des ressortissants tchèques est une priorité pour nous. Il est indispensable de leur garantir que leur niveau de vie ne changera pas, qu’ils continueront à toucher leurs pensions de retraite et les allocations sociales. Notre deuxième priorité, ce sont les relations commerciales qui seront redéfinies à des conditions nouvelles : nous voulons protéger au maximum les investisseurs tchèques en Grande-Bretagne. Le troisième domaine qui nous tient à cœur concerne les engagements financiers réciproques. Il faut que ces engagements soient assumés. »

Si la facture du Brexit s’annonce lourde, tant pour Londres que pour Bruxelles, la diplomatie tchèque estime qu’il n’est pas question de « punir » le Royaume-Uni pour sa démarche. Lubomír Zaorálek :

« Je m’oppose catégoriquement à tous les propos qui font allusion à une sorte de pénalisation de la Grande-Bretagne pour le Brexit. Nous devrions faire le maximum pour que nos relations avec le Royaume-Uni soient les meilleures possibles, et ceci dans tous les domaines, économique, politique et stratégique. Nous devrions tous baser les futures négociations sur les valeurs positives de l’Union européennes et non pas sur des menaces. D’un autre côté, j’estime que le Brexit aura des conséquences négatives pour la Grande-Bretagne : il risque de l’appauvrir, elle aura moins d’influence politique sur les dossiers qui lui tiennent à cœur et, enfin, elle sera menacée par une éventuelle division intérieure, comme en témoigne par exemple la position de l’Ecosse. »

Lubomír Zaorálek, photo: Filip JandourekLubomír Zaorálek, photo: Filip Jandourek « Vous nous manquez déjà ! », ces propos, lancés mercredi par le président du Conseil européen Donald Tusk à destination des Britanniques, on les entend également en République tchèque. « C’est un partenaire proche qui nous manquera au sein de l’Union », a ainsi déclaré à l’issue du sommet de Rome le Premier ministre Bohuslav Sobotka, en évoquant les positions que partagent Prague et Londres « sur les dossiers de la sécurité, du fonctionnement et de l’efficacité du marché unique, ou de la politique commerciale de l’Union européenne ». On écoute à ce propos le politologue Bořivoj Hnízdo :

« L’Union européenne perd ainsi sa deuxième puissance économique et elle sera donc sans doute plus pauvre. Elle perd aussi, tout simplement, un grand pays de 65 millions d’habitants. Du point de vue géopolitique, l’UE perd un ‘avocat’ dans ses relations avec les pays non-européens. Ce qui change aussi, c’est que le triangle des pays les plus forts au sein de l’Union est remplacé par l’axe Paris-Berlin. On revient à une situation déjà connue dans le passé, à une situation qui, je pense, ne plaira pas tout à fait aux petits Etats membres de l’UE, y compris à la République tchèque. »

Inquiète, entre autres, par le concept d’une « Europe à deux vitesses », prôné justement par Paris et Berlin, la République tchèque est aussi particulièrement soucieuse, nous l’avons dit, de la condition des travailleurs tchèques sur le marché britannique qui seraient près de 40 000, d’après des données officielles mais très approximatives. Bořivoj Hnízdo :

Donald Tusk, photo: ČTKDonald Tusk, photo: ČTK « Sur ce point-là, je suis très optimiste. Je pense qu’il est tout à fait dans les intérêts des deux parties de protéger les droits des Britanniques installés dans les autres pays européens et vice-versa. C’est aussi un des grands rôles de l’Union européenne et de tous les systèmes démocratiques que de défendre les droits de leurs citoyens. J’estime donc que c’est le dossier qui sera traité en priorité lors des négociations. »

Cinquième économie mondiale et quatrième pays importateur le plus important pour la République tchèque, le Royaume-Unis demeure un des pays privilégiés des entreprises et investisseurs tchèques. « Le libre-échange est une priorité absolue et pour nous et pour les Britanniques. Le Brexit ne devrait pas y changer grand-chose », conclut Jaroslav Hanák, président de l’Union de l’industrie et des transports, une organisation patronale tchèque.

30-03-2017