Fin du plus grand chantier archéologique de République tchèque

13-04-2006

Trois ans de fouilles qui se terminent cette semaine pour le plus grand chantier archéologique de République tchèque : il s'agit de celui qui a occupé une équipe d'archéologues, place de la République à Prague dans le quartier de la Nouvelle Ville. Faisons un court bilan aujourd'hui, de ce que le sol praguois nous a dévoilé comme secrets, avec l'archéologue Petr Jurina.

Trois maisons romanes dont l'une de type palatial, des bijoux en or, des tessons de céramique, de la monnaie, des sceaux, une bague du XIIème siècle avec des inscriptions hébraïques prouvant une présence juive à Prague très ancienne, telles sont quelques unes des trouvailles. Mais aussi des latrines, qui étaient même pourvues de vitres en verre, le plus ancien vestige de vitrage à Prague, hors construction religieuse. L'archéologue Petr Jurina explique que le chantier confirme ce que les spécialistes pressentaient depuis longtemps : la Prague romane, dont il reste environ 80 bâtisses, ne se concentrait pas exclusivement dans la Vieille Ville. Edifiées ex nihilo, ces constructions étaient liées avec le changement suivant :

L'archéologue Petr JurinaL'archéologue Petr Jurina « Prague s'est de nouveau intégrée à l'Europe avant l'an 1100, sous le règne du roi Vratislav. Elle est redevenue un lieu de rencontres de diplomates et surtout un point important sur les voies commerciales internationales. De riches marchands étrangers ont commencé à arriver : ils ne faisaient pas qu'un échange de marchandises, mais ils organisaient aussi le transit de ces marchandises de luxe à travers toute l'Europe. Ces gens devaient bien loger et vivre quelque part, et comme le Petit Côté était à l'époque habité très probablement par le personnel du Château, l'aristocratie locale ou des artisans installés de longue date, le roi a vraisemblablement attribué à ces marchands un lieu sur la rive droite de la Vltava, jusqu'alors peu peuplé. »

Au Moyen-Age, il n'y avait pas une ville de Prague unifiée, mais plusieurs « villes praguoises » qui ont été fondées progressivement. Le chantier en question se trouve dans la Nouvelle Ville, fondée par le roi Charles IV en 1348. Mais à l'époque, les bâtiments dont on a retrouvé les restes n'existaient déjà plus comme nous le détaille Petr Jurina :

« La période de gloire de cette partie sans enceinte de la ville remonte à la 2è moitié du XIIè siècle. Quand au XIIIè siècle, les rois Premysl Otakar I et son fils Venceslas I ont décidé de faire une ville comme il se doit, avec des murailles, des droits municipaux etc, ils ont dû choisir un espace plus limité, plus petit. Et une partie de l'agglomération praguoise s'est soudain retrouvée hors des remparts. C'est ce qui s'est passé dans le cas présent : les maisons ont été démolies pour des raisons de sécurité. Pour leurs propriétaires, c'était donc comme on dit aujourd'hui, un mauvais investissement. Mais bien entendu, ils ont été dédommagés, en argent ou en nature avec des terrains. »

Ainsi d'un ensemble urbain très éparpillé, Prague peu à peu se condense et se recentre. Mais que devient alors cette zone par la suite, avant que Charles IV ne lance son grand projet de la Nouvelle Ville. Petr Jurina :

« De nombreuses zones ont été abandonnées, la composition ethnique et sociale s'est modifiée, cette zone de foire a été remplacée par des taudis pour les populations pauvres qui venaient chercher des possibilités de travail au plus près de la ville de Prague en création. Seules quelques enclaves se sont maintenues, comme autour de l'église Saint-Pierre, ce qu'on appelle le Quartier Saint-Pierre. Et c'est seulement sous le règne de Charles IV que toute cette zone a de nouveau été intégrée à la nouvelle agglomération en construction. »

13-04-2006