Foot – Euro 2020 – Eliminatoires : un « Cobra » tchèque a renversé l’Angleterre

14-10-2019

C’est une bien belle surprise que l’équipe de République tchèque de football a faite à ses supporters à Prague vendredi soir dernier en battant l’Angleterre (2-1) à l’occasion de son sixième match de groupe comptant pour les éliminatoires pour l’Euro 2020. Surtout, outre un succès de prestige, la Reprezentace a fait un grand pas vers la qualification avant la réception du Kosovo dans un match probablement décisif en novembre prochain.

Photo: ČTK/Kamaryt MichalPhoto: ČTK/Kamaryt Michal

Tout au long du week-end, plusieurs pays, parmi lesquels par exemple la Pologne voisine, ont décroché leur qualification pour la phase finale de l’Euro 2020. Ce n’est pas encore le cas de la République tchèque. Car quel que soit le résultat du match à Pristina ce lundi soir entre le Kosovo, son dernier concurrent, et le Monténégro, il faudra attendre la réception de ce même Kosovo, le 14 novembre prochain à Plzeň, pour, peut-être, avoir la certitude d’être bien présent au grand rendez-vous de l’été prochain. Dans tous les cas de figure, une victoire qualifiera la Reprezentace.

Si les Tchèques ont désormais de nouveau leur destin entre leurs mains, un mois seulement après l’inquiétant revers (1-2) concédé au Kosovo, ils le doivent donc à ce succès quasi inespéré acquis contre l’Angleterre. Inespéré, car sept mois après la débâcle (0-5) essuyée à Wembley en ouverture des éliminatoires, personne vraiment ne les imaginait être en mesure d’inquiéter sérieusement les demi-finalistes de la dernière Coupe du monde. Et ce d’autant moins quand l’inévitable Harry Kane a ouvert le score sur penalty dès la 5e minute de jeu.

Mais les Tchèques ont d’abord eu la bonne idée d’égaliser très rapidement, par leur stoppeur Jakub Brabec à la réception d’un corner trois minutes à peine plus tard, avant, avec leur envie, de faire jeu égal avec leur adversaire durant le reste de la partie, jusqu’à ce deuxième but comme tombé du ciel à quelques minutes de la fin du match.

Ondrášek, un héros qui n’est ni Ronalda, ni Messi

Le héros de cette soirée de vendredi ? Un inconnu, ne serait-ce que du grand public, et peut-être bien même de la majorité des supporters présents au stade d’Eden. Son nom ? Zdeněk Ondrášek. Son poste : avant-centre. Son âge ? 30 ans. Sa carrière ? Un parcours atypique, pour le moins : cinq saisons tout d’abord dans l’anonymat de l’ancienne Gambrinus Liga avec son club formateur de České Budějovice, suivies de trois autres au nord du cercle polaire arctique sous les couleurs du Tromsø IL en Norvège, puis de quatre encore au Wisła Cracovie en Pologne, avant le soleil américain de la Major League Soccer avec le FC Dallas depuis janvier dernier. Son surnom ? Cobra, comme le grand serpent venimeux qu’il s’est fait tatouer dans le dos. Son style ? Une tête de hooligan du Sparta Prague avec un crâne soigneusement rasé au vent pour mieux foncer droit devant. Et parfois donc même, droit au but.

Zdeněk Ondrášek (à gauche), photo: ČTK/Kamaryt MichalZdeněk Ondrášek (à gauche), photo: ČTK/Kamaryt Michal « Je ne suis ni Ronaldo, ni Messi, je suis un guerrier qui se bat pour l’équipe », a-t-il expliqué la semaine dernière aux journalistes tchèques venus faire meilleure connaissance avec ce spécimen rare, et vous pouvez le croire sans même l’avoir jamais vu à l’œuvre. On se moque (gentiment, hein), reste que Zdeněk Ondrášek n’a eu besoin que d’un ballon ou presque pour terrasser l’Albion. Entré en jeu à la 65e minute en remplacement d’un Patrick Schick à court de forme sur le front de l’attaque, le « Cobra » a frappé vingt minutes plus tard. A la réception d’un centre en retrait, Zdeněk Ondrášek a pris Jordan Picford, le gardien anglais, à contre-pied pour le plus grand bonheur de tous, et d’abord le sien :

« Je crois que c’est la première fois de ma vie que je vois mon père avoir les larmes aux yeux. J’ai vu le bonheur de ma mère aussi. Ce sont vraiment des moments exceptionnels. C’est ma première sélection, l’entraîneur me fait rentrer, je marque le but vainqueur, et tout ça contre l’Angleterre devant notre public… C’est incroyable ! Oui, c’est une soirée incroyable… Je savoure, mais restons les pieds sur terre. Ce n’est pas un match qui fait une carrière. »

Peut-être pas une carrière, mais une qualification, peut-être bien donc. Car cette victoire, la première contre l’Angleterre depuis un match éliminatoire remporté par la Tchécoslovaquie à Bratislava en 1975, permettra aux Tchèques d’envisager plus sereinement, sans avoir le couteau sous la gorge, leurs derniers matchs dans le groupe A, la réception du Kosovo déjà évoquée ci-précédemment puis un dernier déplacement en Bulgarie.

Seuls les fans anglais avaient envie de passer leur soirée à Prague

Josef Hušbauer et Jaroslav Šilhavý, photo: ČTK/Krumphanzl MichalJosef Hušbauer et Jaroslav Šilhavý, photo: ČTK/Krumphanzl Michal En attendant, la Reprezentace, accrocheuse et combattive à souhait, entreprenante et même joueuse, a donc (enfin) fait plaisir à voir vendredi. Et si un résultat nul pour clore les débats n’aurait certainement pas été illogique tant la partie a été équilibrée, ce n’est toutefois pas tout à fait par hasard non plus si la balance a fini par pencher du côté des hommes de Jaroslav Šihlavý. Le sélectionneur tchèque estimait d’ailleurs que son équipe avait fait valoir des arguments qui lui ont permis de se hisser au niveau de son adversaire du jour :

« Je pense que nous avons fourni une excellente prestation. Nous n’avons pas gagné par hasard ou seulement sur notre envie et notre combativité. Nous avions un plan de jeu que nous avons respecté. Il y a eu des passages vraiment de bonne qualité qui ont gêné les Anglais, qui n’ont pas pu évoluer comme ils le voulaient. A l’exception du penalty, les Anglais ne se sont créé pratiquement aucune occasion en première période. Je pense qu’ils ne s’attendaient peut-être pas à une telle prestation de notre part après ce que nous avions montré chez eux à Londres. »

Foto: ČTK/Kamaryt MichalFoto: ČTK/Kamaryt Michal Dans le camp anglais, c’était, inversement, forcément un peu la soupe à la grimace. Si cette défaite, la première concédée depuis le début de ces éliminatoires après quatre succès d’affilée, n’a probablement fait que remettre à un peu plus tard leur qualification, elle a néanmoins été la résultante d’une prestation dans l’ensemble trop décevante. A la différence de leurs milliers de supporters, dont certains ont été fidèles à leur triste réputation, les joueurs de Gareth Southgate, en manque d’inspiration et peut-être même d’envie, ont parfois donné le sentiment d’avoir autre chose de mieux à faire que de passer un vendredi soir à Prague. Sans oublier de souligner la performance des Tchèques, leur entraîneur n’a d’ailleurs guère apprécié le spectacle :

« Nous n’avons pas suffisamment bien joué, c’est aussi simple que ça. Nous avons trop souvent et trop rapidement rendu la possession du ballon. En première mi-temps notamment, nous ne nous sommes pas créé beaucoup d’occasions. Nous en avons eu davantage en deuxième mi-temps, mais nous n’avons pas su les concrétiser pour repasser devant au score. Au final, nous avons trop laissé jouer les Tchèques, qu’il faut aussi féliciter. Ils ont bien joué et ont su profiter de nos erreurs. Nous leur avons concédé trop d’occasions de marquer. »

Et une seule a donc suffi au « Cobra » Ondrášek…

14-10-2019