Gaz de schiste : le ministre de l’Environnement abroge l’autorisation d’exploration

12-04-2012

Les gisements de gaz de schiste se trouvant en Bohême de l’Est ne seront probablement pas exploités, du moins pas dans un proche avenir. Mercredi, le ministre de l’Environnement, Tomáš Chalupa, a fait savoir qu’il abrogeait l’autorisation d’exploration dans les environs de Náchod et de Trutnov et que le projet de prospection des importantes réserves dont dispose la région serait de nouveau examiné par les organes compétents.

Photo: Vincent Anciaux, Creative Commons 3.0Photo: Vincent Anciaux, Creative Commons 3.0 Comme en France et dans de nombreux autres pays en Europe et dans le monde, Etats-Unis mis à part, l’éventuelle exploitation des gisements de gaz de schiste a fait naître de nombreuses polémiques en République tchèque, essentiellement en raison de risques écologiques pour l’heure encore difficilement évaluables. Lui aussi d’origine naturelle, le gaz de schiste pourrait remplacer le gaz conventionnel ou traditionnel. Toutefois, à la différence de ce dernier, son exploitation nécessite une fracturation hydraulique, une technique controversée considérée comme la seule pour extraire les hydrocarbures piégés dans les roches poreuses.

Une soixantaine de villes et de communes de Bohême de l’Est protestent donc contre la délimitation d’une zone de prospection et l’éventuelle autorisation d’exploration, voire plus tard éventuellement d’exploitation dans leur région. Leurs habitants redoutent d’abord une contamination des nappes d’eau souterraines et plus généralement une dégradation de leur environnement et de leur qualité de vie. Une pétition lancée par une organisation civique a ainsi recueilli plus de 18 000 signatures.

En visite dans la région mercredi, le ministre de l’Environnement n’est pas resté sourd à ces protestations et notamment à l’argumentation des maires des communes. Ceux-ci reprochaient au ministère surtout d’avoir été informés de la délivrance, en décembre dernier, de l’autorisation d’exploration plusieurs mois après BasGas Energia, la société intéressée par l’exploitation des gisements. Le maire de Náchod, ville de 20 000 habitants située à 80 kilomètres à l’est de Prague, était donc satisfait de la décision du ministre. Jan Birke explique pourquoi :

« Désormais nous allons de nouveau pouvoir discuter de tout cela. Et être plus ferme, plus systématique et plus minutieux dans notre défense ne dépendra que de nous. Ce que nous souhaitons, c’est présenter un argument massue pour que le gaz de schiste ne soit pas exploité dans les environs de Náchod et Trutnov, tout simplement parce que nous ne le voulons pas. »

Tomáš ChalupaTomáš Chalupa De son côté, le ministre Tomáš Chalupa a justifié sa décision en reconnaissant que les communes concernées n’avaient pas disposé des informations nécessaires et de suffisamment de temps pour s’exprimer sur le dossier et réagir à la décision prise par le ministère en fin d’année dernière d’autoriser l’exploration des gisements. Tomáš Chalupa :

« Nous savons que ce n’est pas le seul endroit en République tchèque où l’on réfléchit à ce type de questions. Nous parlons de quelque chose en rapport avec de nouvelles technologies qui n’ont jamais été éprouvées dans notre pays et avec lesquelles nous ne possédons aucune expérience. Par ailleurs, notre dispositif juridique ne tient pas compte de ces technologies. Notre juridiction n’est pas prête pour un tel régime, car nous parlons d’un dispositif juridique qui, sur de nombreux aspects, remonte à plus de vingt ans. »

Outre les environs de Náchod et Trutnov, deux autres régions en République tchèque possèdent des réserves de gaz de schiste et sont susceptibles en tant que telles de faire l’objet d’une exploration. Il s’agit des régions de Beroun, à quelques kilomètres au sud-ouest de Prague, et de Velké Meziříčí, dans le sud du pays. Et toutes les deux espèrent que le ministère de l’Environnement en arrivera à la même conclusion et prendra la même décision que pour la Bohême de l’Est.

12-04-2012