Ivan Havel : « Le Forum civique a permis de fédérer des mouvements qui ne communiquaient pas »

31-12-2019

Témoignage aujourd'hui d'Ivan Havel, homme de sciences et frère de Václav, qui participa activement fin 1989 à la fondation du Forum civique (Občanské fórum), la plateforme qui a permis à la révolution de Velours de mettre fin pacifiquement au régime communiste :

Photo: Archive de Herrn RůžičkaPhoto: Archive de Herrn Růžička

 « Notre famille était ce qu’on appelle une famille bourgeoise, avec un patrimoine que nous avons perdu après 1948. Notre père était un entrepreneur, il faisait des affaires dans l’immobilier et était ce qu’on appellerait aujourd’hui un développeur. »

Ivan Havel, photo: Filip JandourekIvan Havel, photo: Filip Jandourek « Novembre 1989 nous a en fait surpris, on ne s’y attendait pas. Ce qui m’a paru être un épisode important a été l’exode des citoyens de RDA vers la RFA via Prague. Ce n’est pas seulement le fait qu’ils veuillent émigrer qui a marqué les Tchèques mais aussi le fait qu’ils abandonnent ici leurs voitures, leurs Traband. Et tout le monde savait que la voiture était un bien très important sous le régime totalitaire et qu’il fallait parfois de nombreuses années d’attente pour en obtenir une. »

 « Cela ne veut pas dire que nous attendions après ça des changements chez nous mais ça faisait partie des signes avant-coureurs. Puis est arrivé le jour de la manifestation étudiante du 17 novembre 1989. Nous n’en attendions pas grand-chose - les étudiants marquaient simplement la journée internationale des étudiants. J’y étais avec ma femme, qui a d’ailleurs reçu un coup de matraque et que j’ai dû emmener à l’hôpital le lendemain. »

 « Pour moi c’était un autre rassemblement comme il y en avait eu avec la semaine Palach et d’autres. Mais la différence est qu’à la suite de cette manifestation, l’information – qui s’est révélée fausse – d’un étudiant tué par les forces de l’ordre a été diffusée par Radio Free Europe, Voice of America et d’autres médias. C’est là que je me suis dit que cela allait faire bouger les gens, notamment la génération des parents de ces étudiants. Cela a été ce qui a fait bouger la classe moyenne. Après, tout a été très vite. »

Des journées stressantes et passionnantes au cœur des événements

Photo: Miloň NovotnýPhoto: Miloň Novotný « J’étais présent quand s’est formé le Forum civique. Mon frère habitait ici dans cet appartement avec moi à l’époque et dans les discussions j’ai appris que cette plateforme allait être créée dans la soirée au théâtre Činoherní. Les gens présents ne savaient pas vraiment à quoi s’attendre. Mais l’important dans la création du Forum civique est qu’il a permis de fédérer les activités de divers mouvements qui jusque-là ne communiquaient pas beaucoup entre eux, comme les mouvements étudiants, catholiques ou encore underground. Des activités diverses ont pu être rassemblées sous l’égide de ce nouveau Forum civique. »

 « Ensuite les journées ont été extraordinairement passionnantes et stressantes. J’avais un peu un rôle d’homme à tout faire au sein de ce Forum civique, mais les gens m’écoutaient. Je ne me souviens pas de tous les détails de cette expérience historique mais je savais que nos activités allaient avoir une répercussion importante. »

 « Le Forum civique n’avait pas de structure formelle au départ, en tout cas pas jusqu’à la campagne électorale pour le scrutin de l’été 1990. Dès le départ je me suis dit que je voulais me consacrer à la science. Je n’étais pas un membre actif de la dissidence avant 1989 et je n’étais pas fasciné par la politique donc je me suis dit que je continuais seulement jusqu’aux élections au sein du Forum civique et qu’après j’allais retourner à l’université, ce que j’ai fait. Et ces six mois ont été une expérience intéressante au cœur des événements. »

Jiří Kuběna, Václav Havel et Ivan Havel en 1955, photo: Archive de la Bibliothèque Václav HavelJiří Kuběna, Václav Havel et Ivan Havel en 1955, photo: Archive de la Bibliothèque Václav Havel
31-12-2019