La Philharmonie tchèque se mobilise pour défendre son directeur administratif

10-05-2010

Vendredi dernier le ministre tchèque de la Culture Václav Riedlbauch a démis de ses fonctions le directeur administratif de la Philharmonie tchèque, Vladimír Darjanin. La décision du ministre a irrité la majorité des musiciens du meilleur orchestre symphonique du pays qui se sont mobilisés pour soutenir leur directeur.

Vladimír Darjanin, photo: ČTKVladimír Darjanin, photo: ČTK Une mesure administrative justifiée ou un règlement des comptes entre un ministre et un directeur récalcitrant ? Tandis que le ministre Václav Riedlbauch affirme avoir eu plusieurs raisons importantes pour renvoyer Vladimír Darjanin, ce dernier se déclare victime d’une hostilité personnelle et dépourvue de fondements. Il faut rappeler dans ce contexte que c’est justement Václav Riedlbauch qui a précédé Vladimír Darjanin, entre 2003 et 2009, au poste de chef administratif de la Philharmonie avant de se charger du portefeuille de la Culture dans le gouvernement de Jan Fischer. Aujourd’hui il reproche à son successeur de manquer de compétences pour diriger une institution subventionnée et de poursuivre des activités privées incompatibles avec le poste de directeur de la Philharmonie. Il a été question de tout cela aussi lors de la dernière rencontre des deux hommes, vendredi au ministère de la Culture, au terme de laquelle Vladimír Darjanin s’est vu démis de ses fonctions. Václav Riedlbauch a cherché à expliquer sa décision aux medias :

Václav Riedlbauch, photo: Kristýna MakováVáclav Riedlbauch, photo: Kristýna Maková « M. Darjanin défend sa position par un audit qu’il a commandé. Mais il l’a fait élaborer selon de mauvais critères. Ce n’est pas un audit approprié pour une institution subventionnée par l’Etat, c’est un audit pour une société privée. Il a reçu un rapport très clair sur les défauts de cet audit et pourtant il répète toujours les mêmes arguments et les mêmes erreurs. »

Vladimír Darjanin, lui, rejette ces arguments et les considère comme faux. A son avis la rencontre de vendredi ne devait que cacher le fait que la décision sur son limogeage avait été déjà prise :

« Je sens la chicane depuis le moment où je suis entré dans la Philharmonie tchèque. Le ministre actuel m’a passé la direction de cette institution en dix minutes et il ne cherche que des prétextes pour me chicaner. Il y avait une vingtaine de thèmes sur lesquels nous devions nous pencher. Ils en ont sorti trois. J’étais préparé dans le sens général mais pas à des thèmes particuliers coupés de leur contexte. »

La Philharmonie tchèque, photo: ČTKLa Philharmonie tchèque, photo: ČTK Et Vladimír Darjanin de rendre le coup au ministre en l’accusant d’avoir mal géré la Philharmonie tchèque pendant la période entre 2003 et 2009 et de lui avoir laissé l’orchestre dans une mauvaise situation financière. L’affaire est devenue d’autant plus explosive que les instrumentistes de l’orchestre ont pris le parti de leur directeur administratif. Pour le soutenir ils ont annulé le concert de vendredi et n’ont pas exclu qu’ils pourraient récidiver. Pourtant, selon Ivan Pazour, musicien de l’orchestre et président de l’Union des musiciens d’orchestres tchèques, ce genre de protestations est extrêmement rare dans l’histoire de la Philharmonie :

La Philharmonie tchèque, photo: ČTKLa Philharmonie tchèque, photo: ČTK « Si je me rappelle bien, la dernière fois que nous avons pris une position de force et avons refusé de jouer c’était lors de la révolution de 1989. A ce moment-là notre orchestre a contribué dans une mesure non négligeable à déclancher l’avalanche des cailloux de la révolution. »

Pour soutenir Vladimír Darjanin les musiciens de la Philharmonie sont allés jusqu’à porter plainte contre Václav Riedlbauch. Ils l’accusent d’avoir mal géré leur orchestre et d’avoir détérioré sa situation financière. Ce lundi, la Philharmonie est partie en tournée en Espagne mais il est fort probable que l’affaire fera couler encore beaucoup d’encre dès le retour de l’orchestre à Prague.

10-05-2010