L’Affaire Macropoulos ou les aléas de l’immortalité

19-12-2008

Une méditation sur la vie et la mort - c’est une des significations possibles de l’opéra « L’affaire Makropoulos » de Leoš Janáček dont la première a eu lieu ce jeudi au Théâtre national de Prague. Pour cette production, le théâtre a invité plusieurs artistes étrangers dont le metteur en scène américain Christoper Alden. La préparation musicale du spectacle a en revanche été confiée à l’un des meilleurs jeunes chefs d’orchestre tchèques Tomáš Hanus.

C’est sur une pièce de théâtre de Karel Čapek de 1922 que Janáček a basé son opéra. Son héroïne, Emilia Marty, est une célèbre cantatrice, une femme énigmatique exerçant sur son entourage une fascination qui devient souvent fatale pour ses innombrables admirateurs. Ce n’est qu’au dernier acte qu’il s’avère que cette femme inquiétante, belle mais froide et cynique, est en réalité Elina Makropoulos, fille d’un alchimiste grec du XVIe siècle. Ce dernier a prolongé la jeunesse de sa fille de trois cents ans en lui faisant boire un élixir de son invention.

Pour Karel Čapek et aussi pour Janáček cette histoire fantastique a été une occasion pour évoquer les questions fondamentales de l’existence humaine, de la vie, de la mort et de l’amour. Le scénographe Charles Edwards a situé l’opéra dans un grandiose décor fonctionnaliste. C’est dans une salle en marbre d’une froideur très bureaucratique que les personnages du drame, et avec eux aussi les spectateurs, découvrent peu à peu le curriculum vitae incroyable d’Emilia Marty. Le metteur en scène Christopher Alden désirait donner une interprétation très personnelle de l’œuvre :

« Emilia Marty reste, d’une certaine manière, une fille de 16 ans. Son père lui a fait boire un élixir pour lui donner une nouvelle vie, 300 ans de plus. Mais il l’a plutôt tué parce qu’il a fait endosser à sa fille sa responsabilité d’alchimiste à la cour de l’empereur Rodophe II. Je crois que c’est un peu comme un inceste et que cela arrive aujourd’hui et toujours. Malheureusement beaucoup de gens doivent vivre avec ce que leurs parents leur on fait. Emilia Marty semble être une femme d’une grande force intérieure, mais au fond il y a en elle une jeune fille un peu fragile et très vulnérable. »

Gun-Brit Barkmin (Emilia Marty), Gustáv Beláček (dr. Kolenatý), photo: CTKGun-Brit Barkmin (Emilia Marty), Gustáv Beláček (dr. Kolenatý), photo: CTK Cet avis est partagé aussi par Gun-Brit Barkmin, chanteuse allemande qui incarne Emilia dans la production du Théâtre national:

«Je ne pense pas avoir compris toute la complexité du personnage d’Emilia Marty. Je me pose cependant une question intéressante qui m’accompagnera sans doute jusqu’à la fin de ma vie: ‘Sommes-nous capables de comprendre au cours de toute notre existence la profondeur de notre propre âme? Je pense que d’un côté nous la protégeons, quand nous sommes ici, d’autre part, nous cherchons à l’examiner. Mais nous n’y parviendrons jamais tout à fait.»

Pour le chef d’orchestre Tomáš Hanus l’Affaire Makropoulos n’est pas un travail nouveau. Il l’a déjà dirigé à l’Opéra national de Paris et garde le meilleur souvenir de sa collaboration avec l’orchestre de cet établissement:

«Il y en a beaucoup qui disent que c’est le meilleur orchestre d’opéra du monde et je dois dire que c’est vrai. Ils ont joué d’une manière tout à fait splendide. Bien que Janáček soit très éloigné de leur mentalité, de leurs habitudes et de leur façon de jouer et qu’ils ne le jouent pas souvent, ils ont eu un coup de foudre pour cette musique et l’ont joué avec un grand plaisir. »

« L’Affaire Makropoulos » est donnée au Théâtre national de Prague au total en six représentations entre le 15 décembre 2008 et le 21 février 2009.

19-12-2008