Les écoles artistiques tchèques, un système unique au monde

17-02-2020

En République tchèque, il existe un système pédagogique unique en son genre : les écoles primaires d’éducation artistique (ZUŠ). Communément appelées « ZUŠ-ky », ces établissements attirent des dizaines de milliers d’enfants talentueux qui peuvent s’y former à la musique, aux arts plastiques, à la danse ou encore au théâtre. Leur financement est en grande partie assuré par l’Etat, les parents n’ayant qu’une somme symbolique à débourser pour les frais de scolarité de ce système éducatif complémentaire.

Le concert de ZUŠ à Žďar nad Sázavou, photo: Archives de ZUŠ Františka DrdlyLe concert de ZUŠ à Žďar nad Sázavou, photo: Archives de ZUŠ Františka Drdly

Dans la petite salle de concert, il y a foule ce jour-là : les parents se pressent pour apprécier les performances de leurs enfants. Si le niveau de ces jeunes artistes en herbe n’est pas encore celui des grands musiciens internationaux, leur enthousiasme compense largement le manque de virtuosité. Ce type de concerts est évidemment commun à d’autres pays. Mais ici, nous nous trouvons dans l’une des centaines de « ZUŠ-ky », ces écoles primaires d’éducation artistique disséminées partout dans le pays. Dana Foralová est la directrice d’un établissement de ce type à Žďar nad Sázavou, dans la région de la Vysočina :

Photo: Archives de ZUŠ Františka DrdlyPhoto: Archives de ZUŠ Františka Drdly « Notre école porte le nom du compositeur František Drdla et c’est l’une des plus importantes de la région. Nous accueillons quelque 750 étudiants et proposons quatre matières : musique, arts visuels, danse et littérature et théâtre. Plus de la moitié des élèves étudient la musique, une quarantaine ont choisi la littérature et le théâtre, 130 autres suivent des cours de danse, et le reste se concentre sur les arts visuels. Ces cours sont actuellement assurés par vingt-huit enseignants. »

Même dans une petite ville de 20 000 habitants, les enfants avec des prédispositions artistiques peuvent donc développer et entretenir leur talent, sous la houlette d’enseignants qualifiés. Les cours se déroulent généralement l’après-midi, après ceux de l’école classique. Les parents n’ont à débourser que quelques milliers de couronnes à l’année puisque ces écoles artistiques bénéficient de subventions publiques, de l’Etat comme des communes. Chaque année, elles bénéficient de 7 milliards de couronnes (281 millions d’euros) versés par le ministère de l’Education.

« Cette année, dans notre école, les frais s’élèvent à 1 700 couronnes (68 euros) pour un semestre, soit 3 400 couronnes (136 euros) pour toute l’année. C’est le tarif pour un étudiant en musique. Cela correspond à une heure de cours individuel hebdomadaire, plus une heure de cours en classe en groupe. Les frais sont un peu moindres lorsqu’il s’agit de matières en groupe, comme les arts plastiques, le théâtre ou la danse. »

Pavel Zemen, photo: Archives de JAMUPavel Zemen, photo: Archives de JAMU Pavel Zemen est un jeune pianiste qui se produit dans des festivals internationaux. Actuellement, il enseigne notamment au Conservatoire de Brno en Moravie. Son programme de concerts et de cours chargé ne l’empêche pas de prendre plaisir à faire le déplacement dans une petite ville de province comme Žďar pour se produire devant les élèves de l’école. Pour lui, les « ZUŠ-ky », où il a enseigné par le passé, sont primordiales pour l’éducation des enfants de manière globale :

« Pour moi, ces écoles ne représentent pas seulement un endroit où les jeunes gens viennent apprendre à jouer d’un instrument de musique. L’enfant vient ici avant tout pour apprendre à se comporter d’une certaine façon, à s’intégrer dans la société, à s’exprimer et à savoir quoi faire pendant un concert. Dans ces écoles, on forme finalement aussi de futurs auditeurs et de jeunes gens intelligents. »

Photo illustrative: ottawagraphics / Pixabay, CC0Photo illustrative: ottawagraphics / Pixabay, CC0 Svatopluk Pohořelý dirige le département du ministère de l’Education qui gère ces écoles pas comme les autres et finance leur existence. Pour lui, ce réseau d’écoles n’a pas d’équivalent dans le monde. Et si cet investissement dans l’éducation artistique des futurs citoyens tchèques n’est pas chiffrable, il est important pour la société dans son ensemble :

« La plupart de ces écoles joue un rôle de centre culturel dans les régions où elles se trouvent. Ces institutions assurent la diffusion de la culture et offrent la possibilité d’entrer en contact avec les arts vivants, souvent à un niveau très élevé. Ce système permet à la République tchèque de conserver un niveau mondial d’excellence notamment dans la musique puisqu’en sortent souvent de futurs solistes ou musiciens. »

Une des cantatrices tchèques les plus célèbres au monde, la mezzo-soprano Magdalena Kožená, a été elle-même jadis élève d’une de ces écoles dont la tradition remonte au XIXe siècle. D’ailleurs, depuis quelques années, sa fondation organise le festival « ZUŠ Open », qui a pour but de mettre en valeur le talent de ces jeunes étudiants et l’importance de ces écoles dans le système scolaire tchèque pour faire émerger certaines des grandes personnalités artistiques de demain.

17-02-2020