Les lettres de Franz à Ottla Kafka mises aux enchères à Berlin reviendront-elles à Prague?

16-03-2011

Une vente de lettres et cartes postales peu ordinaires : le 19 avril prochain, une centaine de courriers signés de la main de Franz Kafka seront mis aux enchères à l’Opernpalais de Berlin. Un trésor qui suscite évidemment la convoitise. Certains trouveraient naturel qu’il se retrouve à Prague, la ville de l’écrivain.

Franz Kafka avec sa soeur OttlaFranz Kafka avec sa soeur Ottla A l’heure où la longue bataille juridique sur la propriété de l’œuvre manuscrite de Franz Kafka semble enfin toucher à sa fin au tribunal de Ramat Gan en Israël, c’est une bataille à mains levées dans une enchère berlinoise qui se prépare en ce moment dans plusieurs pays.

Seront mises en vente exactement 45 lettres et 66 cartes postales envoyées par Franz Kafka à sa sœur cadette Ottla (Ottilie), dont il était le plus proche si l’on en croit cette correspondance déjà publiée en 1974.

Markéta MališováMarkéta Mališová 111 documents originaux pour une mise à prix fixée à 500 000 euros. Avec, entre autres, une carte postale des jardins de Versailles signée par le frère Franz et son ami Max Brod. Mais aussi de longues lettres, dont la directrice de la Société Franz Kafka, Markéta Mališová, explique l’importance :

« Les lettres rédigées par Franz Kafka ne sont pas de simples messages, ce sont de véritables compositions littéraires avec une expression et des impressions extraordinaires. Ses lettres à ses amis, à Max Brod et à sa sœur Ottla sont à mon avis indissociables de l’œuvre de Kafka. »

Basée à Prague, la Société Franz Kafka a décidé de lancer un appel aux autorités tchèques pour qu’un effort soit fait en vue de récupérer les lettres à Ottla, qui comme les deux autres sœurs de l’écrivain, a été victime de la Shoah. Markéta Mališová considère que Kafka est un tel symbole pour Prague que posséder ces manuscrits aujourd’hui serait une très bonne chose :

« Kafka était un auteur qui ne convenait à aucun régime totalitaire. Pas au nazisme et pas au régime communisme non plus avec ses relents d’antisémitisme dans les années 1950. Ici il a été oublié et même interdit, donc tous ses documents se sont évaporés et ont été sortis du territoire. A Prague il ne reste que quelques documents administratifs et peut-être une ou deux lettres. Tous les courriers manuscrits sont soit chez des privés soit dans les archives allemandes de Marbach. »

Ulrich von BülowUlrich von Bülow Ce centre des archives littéraires allemandes de Marbach, qui possède la deuxième plus grosse collection d’originaux de Kafka après Oxford, est également sur les rangs pour remporter les enchères d’avril prochain. Pour son directeur des manuscrits des archives de Marbarch, qui a indiqué avoir trouvé des sponsors privés, l’important est que ces lettres manuscrites restent accessibles aux chercheurs. Ulrich von Bülow :

« Kafka est un auteur de la littérature mondiale, ce n’est pas à mon avis une question de nationalité ou d’Etat. Il faut que ces documents soient dans une institution publique et non pas qu’ils finissent comme les lettres de Kafka à Felice Bauer, acquises aux enchères par un collectionneur privé. On ne sait pas aujourd’hui où elles sont ou si elles existent encore… »

Pour l’instant, les autorités tchèques n’ont pas encore réagi à l’appel lancé par la Société Franz Kafka. La dernière enchère remportée par une institution publique tchèque remonte à 2009, quand la région de Bohême centrale a versé environ 670 000 euros pour un manuscrit du Moyen-âge vendu à Sotheby’s à Londres.

16-03-2011