Les sources de la musique de Petr Eben

22-01-2004

"J'ai commencé à jouer du piano tout à fait naturellement comme j'ai commencé à apprendre à lire et à écrire, et de la même façon je me suis mis aussi à composer de temps en temps," se souvient le compositeur Petr Eben, qui fête, ce jeudi, son 75ème anniversaire.

Petr Eben, photo: CTKPetr Eben, photo: CTK Ses ancêtres paternels étaient des juifs espagnols, sa mère descendait d'une famille chrétienne austro-polonaise. Petr Eben gardera toujours de beaux souvenirs de son enfance et de son adolescence passées au milieu de sa famille dans le cadre romantique de la ville de Cesky Krumlov en Bohême du Sud. Pourtant, cette période est loin d'être idyllique. La guerre mondiale et l'internement dans le camps de concentration de Buchenwald montrent bientôt au jeune garçon la face tragique de la vie. Il se souvient: "J'ai été obligé de me poser quelques questions fondamentales qui, normalement, ne seraient pas venues à l'idée d'un garçon de 15 ans: (...) la mort est-elle un mur derrière lequel tout finit ou, au contraire, y a-t-il là-bas quelque chose d'autre qui m'attend? Et à ce moment là, j'ai appris à aimer la vie, à espérer, à croire."

Grâce à sa foi profonde Petr Eben saura résister au désespoir. C'est d'ailleurs cette même foi qui lui dictera de nombreuses compositions, et la musique sacrée sera la base de l'ensemble de son oeuvre. Impossible de nommer ici toutes les compositions de Petr Eben ni tous les prix et les distinctions qu'il a reçus de par le monde. C'est l'orgue qui est son instrument préféré et c'est pour l'orgue qu'il a aussi créé sa composition la plus célèbre intitulée "Musique dominicale". Dans le catalogue de ses oeuvres, on trouve des compositions pour grand orchestre, un concerto pour piano, des oratorios et des cantates, des mélodies, un quatuor et d'autres oeuvres de chambre. Il est aussi l'auteur de l'opéra sacré "Jérémie", basé sur le drame du même nom de Stefan Zweig. Il n'a jamais écrit pour choquer son auditoire, il veille à ce que sa musique reste accessible au large public. Selon Eben, un compositeur doit savoir écrire un menuet mozartien, une mélodie romantique ou un prélude à la manière de Bach, ce dernier étant, d'après lui, "l'unique compositeur qui partage avec vous dans sa musique toutes les sensations - la béatitude et la tristesse profonde, et ouvre en plus toujours la voie de l'espoir."

Interrogé sur la plus grande réussite de sa vie, Petr Eben ne parle pas de ses oeuvres mais évoque le demi-siècle de vie commune avec sa femme Sarka, fille du compositeur Ilja Hurnik, et ses trois fils: David, chef d'un choeur du plein chant, Marek, comédien célèbre, et Krystof, mathématicien. Le petit ensemble que ses trois fils ont créé et les chansons légères et pleines d'humour qu'ils ont écrites sont déjà très populaires en Tchéquie. "Quand le fils suit les traces de son père, c'est toujours une grande joie," dit le compositeur.

22-01-2004