Nelson Mandela : les condoléances tchèques dans l’ombre de la gaffe du Premier ministre

09-12-2013

Plus de soixante chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus en Afrique du Sud pour assister aux funérailles de Nelson Mandela, décédé à l’âge de 95 ans dans la nuit de jeudi à vendredi derniers. La République tchèque y sera représentée par son ministre des Affaires étrangères, Jan Kohout, numéro trois dans la hiérarchie de la diplomatie nationale après le président de la République et le Premier ministre. Si des ennuis de santé contraignent le président Miloš Zeman à rester à Prague, c’est, semble-t-il, une tout autre raison qui empêche Jiří Rusnok, le chef du gouvernement démissionnaire, de se rendre en Afrique du Sud.

Nelson Mandela, photo: CTKNelson Mandela, photo: CTK « Et voilà maintenant Mandela qui est mort. Je tremble de devoir y aller. »

Voilà un extrait des propos, informels faut-il le préciser, que Jiří Rusnok, a tenus à son ministre de la Défense, Vlastimil Picek, lors d’une session à la Chambre des députés vendredi dernier. Le dialogue assaisonné de quelques vulgarismes a été enregistré à l’insu du Premier ministre par les micros du Parlement au moment de la pause et diffusé ensuite par la Télévision publique. Une mégarde des techniciens à la Chambre des députés a donc permis au grand public tchèque d’apprendre ce qui aurait dû rester confidentiel et n’était destiné qu’aux oreilles des proches collaborateurs du Premier ministre :

Jan Fischer, photo: CTKJan Fischer, photo: CTK D’abord, que le chef du gouvernement n’a aucune envie de participer aux obsèques de Nelson Mandela, événement qui réunit Barack Obama, François Hollande ou encore le pape François. Ensuite, que son voyage se ferait bien sûr à bord d’un avion spécial de l’Armée, un voyage dont le ministre de la Défense a généreusement proposé de prendre en charge les frais. Enfin, que la participation du président Miloš Zeman, qui éprouve encore quelques difficultés à monter les escaliers après sa blessure au genou, pourrait poser un problème de digne représentation. « C’est une belle connerie. Il pourrait encore nous causer un malheur là-bas », a renchéri le ministre des Finances, Jan Fischer.

Les déclarations de Jiří Rusnok n’ont pas échappé à la presse internationale qui les a qualifiées de gaffe et les a présentées sous forme d’anecdote. Une anecdote qui ne fait cependant pas rire tout le monde en République tchèque. Ainsi, ce lundi, la une de Mladá fronta Dnes, le quotidien le plus lu dans le pays, était barrée du titre « Ostuda » (Honte) à côté de la photo du Premier ministre. Suite à la publication de ses propos, celui-ci s’est donc empressé de formuler ses excuses en adressant un texto à la Télévision publique et à l’Agence de presse ČTK :

Jiří Rusnok, photo: CTKJiří Rusnok, photo: CTK « Il n’était pas correct de parler de cette manière du décès de Nelson Mandela, et je le regrette. Concilier l’agenda du Premier ministre, lequel est déjà très chargé, avec des événements inattendus nécessite toujours des dons de magicien avec le temps. En outre, le mois de décembre est toujours plus court à cause des fêtes de Noël. »

Les commentateurs s’accordent pour dire que cet épisode ne devrait pas avoir de graves retombées sur les relations bilatérales entre les deux pays, les Sud-africains ayant d’autres préoccupations en ce moment que de suivre les déclarations des représentants tchèques, pas plus que sur la réputation de la République tchèque à l’international. Néanmoins, selon Ladislav Špaček, ancien chancelier du président Václav Havel, à cause d’affaires de ce type, la République tchèque ternit toujours un peu plus son aura de pays pour lequel les droits de l’homme et la protection des libertés comptent parmi les principales priorités.

C’est donc sans représentant tchèque que les funérailles de Nelson Mandela se tiendront dimanche. Le ministre des Affaires étrangères, Jan Kohout, participera ce mardi à la cérémonie nationale à la mémoire de l’ancien président sud-africain avant de se rendre mercredi au siège de la présidence à Pretoria où sa dépouille sera exposée. Quant à Jiří Rusnok, à n’en pas douter, il suivra tout cela de très près… depuis Prague.

09-12-2013