Nouvelle-Zélande : un mémorial pour les enfants victimes de la Shoah initié par une survivante de Terezín

01-08-2019

Vera Egermayer, survivante de l'Holocauste internée à Terezín à l'âge de cinq ans, a consacré beaucoup de temps à raconter son histoire afin de s’assurer que la tragédie de la Shoah soit connue des générations futures. Lorsqu’elle a parlé pour la dernière fois à la rédaction anglaise de Radio Prague en 2013, de son domicile en Nouvelle-Zélande, elle avait un rêve: un monument commémoratif en l'honneur du million et demi d'enfants tués pendant l'Holocauste. Depuis, ce rêve est devenu réalité.

Vera Egermayer, photo: Holocaust Centre of New Zealand / YouTubeVera Egermayer, photo: Holocaust Centre of New Zealand / YouTube Vera Egermayer est une survivante de l'Holocauste, ayant résisté, avec sa famille, aux terribles conditions de vies du camp de Theresienstadt (aujourd’hui Terezín). Emigrée après-guerre en Nouvelle-Zélande alors qu'elle n'avait que huit ans, elle y a construit sa vie mais sans jamais oublier le sort tragique des Juifs au cours de la Seconde Guerre mondiale, en particulier les 1,5 millions d’enfants assassinés par les nazis.

C’est la raison pour laquelle elle souhaitait voir construit un mémorial en hommage aux enfants victimes de l’Holocauste à Wellington, capitale de son pays d’adoption. Un vieux rêve finalement devenu réalité sous une forme plutôt originale, celle d’une collection de 1,5 millions de boutons, chaque bouton représentant un enfant assassiné. Elle nous explique d'où est venue cette idée :

Photo: Archives de Holocaust Centre of New ZealandPhoto: Archives de Holocaust Centre of New Zealand « Le projet lui-même a été lancé par une enseignante d'une petite école juive qui souhaitait donner aux enfants une idée de l’ampleur du désastre. Alors elle a pensé à collecter des boutons. Les enfants ont touché les boutons, ils ont dû les compter. Bien sur le rituel du comptage devenait parfois un peu ennuyeux. Imaginez compter un million et demi de boutons ! Mais l’idée était de les impliquer et de les amener à penser à des enfants comme eux, qui ont perdu la vie. »

Le projet s’est développé et des boutons ont commencé à venir du monde entier, beaucoup d’Europe et notamment de République tchèque. Rapidement dépassé par l’afflux de ces boutons, le stockage devient vite un problème d’autant plus qu’aucun lieu d’exposition ne souhaitait les garder de manière permanente. Un designer soutenant l’initiative de Madame Egermayer a alors eu l’idée d’en faire une sorte de mémorial itinérant, voyageant à travers le monde. Vera Egermayer nous en explique sa structure :

« Il a pensé à cela comme un ensemble de tableaux qui s'emboîtent les uns dans les autres, montrant l'interrelation qui existe entre nous tous. Les gens voient les choses différemment, cela peut être une fontaine, une cascade, mais au fond, c’est un ensemble de tableaux qui se fondent les uns dans les autres. Lorsque tout est dans un petit espace, cela peut ressembler à une tour, mais quand tout est étendu, cela peut être comme une rivière, cela peut être comme un train, cela dépend de votre imagination. Les boutons sont visibles tout le temps.C’est à la fois un mémorial qui se déplace et aussi qui change de forme lorsqu’il voyage. »

Elle espère par ce procédé original intéresser les nouvelles générations, afin que les plus jeunes comprennent l’horreur du massacre des juifs d’Europe. Un livre, « Un million et demi de boutons », a également été conçu pour eux par un écrivain néo-zélandais. Pour l’instant cantonné à la Nouvelle-Zélande, Madame Egermayer souhaiterait pouvoir exposer cette installation dans son pays natal, un projet qui serait en bonne voie :

« J'aimerais vraiment que ce mémorial voyage ici un jour, de l'autre côté de l'océan et fasse partie du nouveau mémorial à la gare de Bubny à Prague. Je travaille actuellement sur cela avec des personnes qui en ont la responsabilité. Je peux voir que cela fait vraiment partie intégrante de Bubny, un site en transformation ».

'One and a half million buttons', photo: Archives de Radio Prague'One and a half million buttons', photo: Archives de Radio Prague
01-08-2019