Opencard ou tickets papier, les transports en commun seront moins chers à Prague

18-02-2015

Tandis que dans certaines villes européennes, l’usage est d’augmenter régulièrement les tarifs des transports en commun, Prague, elle, a choisi la politique inverse. Malgré les multiples scandales relatifs à l’Opencard, une carte électronique à multiples usages utilisée dans les transports en commun pragois et instaurée en 2006, la diminution des prix annoncée par la municipalité de la capitale intervient après la décision de réintroduire des tickets en papier, soit les titres de transports forfaitaires qui existaient avant l’Opencard.

Photo: Filip Jandourek, ČRoPhoto: Filip Jandourek, ČRo A compter du 1er juillet prochain, les transports en commun seront moins chers. Le conseil de la ville de Prague a voté mardi un changement tout à fait inédit dans l’histoire des transports pragois. La municipalité compte bien réduire le prix de l’abonnement annuel des transports de plus de 1 000 couronnes, soit près de 40 euros. Le prix doit alors passer des actuelles 4 750 couronnes (environ 173 euros) à 3 650 couronnes (132 euros). Si la priorité de cette mesure est avant tout d’inciter à préférer l’utilisation du bus, du métro, ou du tram en ville par rapport à la voiture, l’adjoint de la maire de Prague à la question des Transports, Petr Dolínek, a fait savoir quels étaient les buts visés par cette baisse :

« Cela devrait avoir pour effet, d’attirer, d’un côté, plus de voyageurs, et de l’autre côté présenter cet abonnement annuel aux actuels voyageurs comme la meilleure et unique variante. Souvent les voyageur s’achetaient des coupons trimestriels, puis ne les rachetaient plus pendant l’été, et se tâtaient alors de prendre la voiture. Nous voudrions donc que nos voyageurs puissent toujours avoir ce confort tout au long de l’année pour un seul prix. D’un autre côté, il s’agit également de récompenser, de remercier les voyageurs qui achetaient jusqu’à présent précisément ce seul abonnement annuel. Mais bien évidemment, nous voulons avant tout attirer de nouveaux voyageurs. »

A partir du mois de juillet, l’exonération de paiement des transports sera également accordée à toute personne accompagnant un enfant de moins de 4 ans. Une nouvelle exonération concernera également les chiens, dont les propriétaires devaient payer jusqu’à alors la somme d’un demi-tarif, soit le même tarif qu’un jeune de moins de 16 ans, s’ils n’étaient pas placés dans un panier. Un bémol : ces exceptions ne seront pas appliquées au sein du réseau ferroviaire. Un autre bémol : aucun remboursement de la différence n’est prévu pour les voyageurs qui auraient déjà acheté leur abonnement annuel pour cette année.

Filip Humplík, photo: David Sedlecký, CC BY-SA 4.0 InternationalFilip Humplík, photo: David Sedlecký, CC BY-SA 4.0 International Toutefois, manifestant un désaccord face à une baisse des prix à long terme, l’opposition à la coalition municipale, considère alors ce geste comme « populiste ». Selon l’ancien maire de Prague du parti civique démocrate (ODS), Bohuslav Svoboda, dont le nom apparaît par ailleurs aux côtés de ceux de l’affaire Opencard, a déclaré que cette décision allait représenter « une baisse drastique des moyens dont la ville a besoin pour autres choses ». Le conseiller municipal de la ville de Prague, également du parti de l’ODS, Filip Humplík, a indiqué dans ce sens :

« Je dois dire que je suis assez effrayé par le projet qui a été approuvé par le conseil municipal ce mardi. Ce que l’on nous dit c’est qu’avec la réduction du prix de l’abonnement, les gens ne se rendront plus au centre en voiture, et que l’accès y sera tarifé. Mais ces gens, où vont-ils stationner ? Je crois que madame la maire, Adriana Krnáčová, a l’impression que les sigles P+R, ne signifie pas ‘Park and Ride’, soit parc relais (stationnement incitatif) en français, mais veut dire ‘Public relations’. Cela n’est pas possible. Nous n’allons pas pouvoir gonfler tous ces parkings. Et que vont faire les Pragois de la périphérie, s’ils voudront se rendre à Prague ? Ils seront taxés ? »

La volonté à inciter toujours plus de voyageurs à utiliser les transports en commun, pourrait néanmoins avoir des répercussions négatives sur la capacité du fonctionnement du réseau. Face à d’éventuelles pertes financières, le porte-parole de la Société des transports pragois (DPP), Jiří Štábl, a réagi de la façon suivante :

« La Société des transports pragois va bien évidemment aller de l’avant avec les plus grands diligences propres à un gérant. En cas d’un éventuel effondrement des gains, la société va exiger une compensation de ces pertes. »

Petr Dolínek, photo: Site officiel de Praha.euPetr Dolínek, photo: Site officiel de Praha.eu Au cas où, le réseau des transports publics n’enregistrerait pas de hausse importante de voyageurs, les caisses de la ville de Prague devraient, selon des estimations, débourser près de 400 millions de couronnes par an (soit près de 14,5 millions d’euros). Dans le cas contraire, la Société des transports devrait alors rajouter des correspondances, ce qui ferait considérablement augmenter les coûts de fonctionnement. Néanmoins, l’adjoint de la maire, Petr Dolínek a assuré qu’en cas de pertes financières, la ville de Prague serait prête à payer la différence, si différence il y a. Il a notamment invoqué l’exemple de la ville de Vienne, où la mise en place de dispositions similaires, avait rapporté des bénéfices dans les deux années suivantes.

Toutefois, une critique de ces nouvelles réductions à Prague vise le fait que les habitants de sept autres villes tchèques vont, à titre de comparaison, désormais dépenser plus que les pragois, pour leurs transports en commun.

18-02-2015