Parmi les politiques tchèques, le discours de Jean-Claude Juncker n’a pas fait l’unanimité

15-09-2016

« Plus ou moins un bon discours » : c’est en ces termes que Bohuslav Sobotka a qualifié le discours de rentrée prononcé par Jean-Claude Juncker mercredi devant le Parlement de Strasbourg. Le Premier ministre tchèque a ainsi résumé l’impression générale qu’a laissée le président de la Commission européenne chez des politiques tchèques pas convaincus outre-mesure par les solutions proposées pour l’avenir de l’Union.

Jean-Claude Juncker, photo: ČTKJean-Claude Juncker, photo: ČTK A « quelques » détails près, le discours de Jean-Claude Juncker, qui a reconnu la profondeur de la crise européenne, aurait tout aussi bien pu sortir de la bouche de Bohuslav Sobotka. En évoquant « un agenda positif » qui soit « proche des préoccupations des gens », « une solidarité au cœur du projet européen » ou encore en affirmant qu’il ne voulait « pas plus d’Europe, mais une meilleure Europe », le président de la Commission européenne, bien conscient qu’il marche sur des œufs à la tête d’une Europe divisée notamment sur la question de l’accueil des réfugiés, s’est efforcé d'être conciliant pour sa rentrée politique.

Deux jours avant la tenue à Bratislava du sommet européen post-Brexit, un sommet sans le Royaume-Uni où les pays du groupe de Visegrád entendent bien faire partager aux autres leur vision de la réforme de l’UE (cf. : http://www.radio.cz/fr/rubrique/faits/avenir-de-lue-le-groupe-de-visegrad-ne-veut-plus-du-dictat-dela-commission-europeenne), le Premier ministre tchèque a lui aussi réclamé une Europe qui soit « sûre, prospère et coopère afin d’être compétitive ». Dans la capitale slovaque, le mandat du chef du gouvernement consistera à prôner l’approfondissement de la sécurité en Europe et la relance du rapprochement économique entre les Etats membres. Selon Bohuslav Sobotka, la solidarité et la confiance que l’Union et ses institutions inspirent à ses citoyens constituent les clefs pour l’avenir de l’intégration européenne.

Bohuslav Sobotka, photo: ČTKBohuslav Sobotka, photo: ČTK Les réactions des autres politiques tchèques ont été très diverses. Un certain nombre de députés européens regrettent d’abord que le président de la Commission n’ait pas répondu aux attentes et n’ait pas preuve d’un esprit critique (entendez autocritique) suffisant. C’est le cas par exemple de Martina Dlabajová, représentante du mouvement ANO, qui espérait « des propositions concrètes et des mesures stratégiques compte tenu de la situation dans laquelle se trouve l’Europe, et qui n’est assurément pas bonne ». Le son de cloche est sensiblement identique chez Pavel Poc, de la social-démocratie, qui estime que « la Commission n’a absolument pas rempli son rôle de négociateur et a échoué dans son devoir de réunificateur ». Concernant concrètement la question de la répartition des réfugiés entre pays membres, un point sur lequel Jean-Claude Juncker avait tancé les pays d’Europe centrale et de l’Est l’année dernière à la même époque, Pavel Poc affirme même que ce sont précisément les propositions faites par la Commission qui sont à l’origine du désaccord actuel entre l’Est et l’Ouest.

Malgré tout, certaines autres annonces ont été bien mieux accueillies. Bohuslav Sobotka a apprécié que le président de la Commission évoque le renforcement de la coopération européenne dans les domaines de la défense et de la protection des frontières. Jean-Claude Juncker a ainsi promis le déploiement, à compter du mois d’octobre, d’au moins deux cents gardes-frontières à la frontière extérieure de la Bulgarie. Un geste qui était très attendu par certains Etats membres, parmi lesquels la République tchèque. Lors de la récente visite du président Rosen Plevneliev, Prague a assuré la Bulgarie que des policiers tchèques y seraient prochainement envoyés afin de l’aider à gérer l’afflux des migrants.

Plus généralement, toujours en matière de sécurité, l’évocation qui a été faite d’un quartier général unique dans l’UE se rapproche de l’idée que se font les Tchèques, et notamment le chef de leur gouvernement, d’une armée européenne commune. « Cela a été un bon discours adapté à la situation actuelle », a ainsi affirmé Luděk Niedermayer, eurodéputé membre du parti Top 09. Mais ce n’est là qu’un avis parmi d’autres…

15-09-2016