Philippe Claudel présente à Prague la traduction en tchèque de l’un de ses romans

22-02-2012

Philippe Claudel est un écrivain français qui a le vent en poupe. Romancier et dramaturge, l’auteur des « Ames grises » et du « Rapport de Brodeck » a reçu de nombreux prix littéraires et parvient à allier succès populaire et acclamations de la critique. Il était lundi soir à Prague à l’occasion de la traduction en tchèque de l’un de ses romans, « La Petite fille de Monsieur Linh ».

Philippe ClaudelPhilippe Claudel Après la traduction du roman « Les Ames grises », les éditions Paseka publient en langue tchèque le court roman « La Petite fille de Monsieur Linh ». Ce livre narre dans un style très épuré, l’exil d’un vieil homme qui fuie son pays dévasté par la guerre avec sa petite fille. C’est à l’occasion de la traduction de ce récit que l’écrivain a donné une conférence lundi soir à l’Institut Français de Prague, suivie ensuite d’une projection de l’adaptation cinématographique des « Ames grises », à laquelle il a lui-même participé. L’occasion pour nous de revenir sur la carrière et sur l’œuvre de cet auteur Lorrain qui, à cinquante ans, a reçu de nombreux de prix. « Les Ames grises » a ainsi reçu le prix Renaudot en 2003 et « Le Rapport de Brodeck », prix Goncourt des lycéens en 2007. Par ailleurs, depuis le début de l’année, Claudel occupe le « neuvième couvert » de l’Académie Goncourt, prestigieuse institution française qui décerne le prix littéraire du même nom. Avec dix romans à son actif, on peut, en lisant l’œuvre de Claudel, s’apercevoir de sa grande variété stylistique. Le style, sophistiqué mais jamais lourd, change au fil des romans. Ecrivain intuitif, il nous explique que selon lui la langue s’adapte au récit :

Philippe ClaudelPhilippe Claudel « Peut-être que ce qui me caractérise en tant que style, c’est que justement j’écris des livres qui sont dans des styles très différents les uns des autres. Je ne fais pas entrer une histoire dans une langue qui serait toujours la même mais j’essaye d’adapter ma langue à l’histoire que je suis en train d’écrire. Ce qui fait que les deux livres dont on parle, qui sont traduits en tchèque : « Les Ames grises » et « La Petite fille de Monsieur Linh » ont des styles d’écriture très différents. Le premier a une langue populaire, parfois vulgaire, parfois très poétique, parfois rocailleuse. L’autre, une langue très simple, très épurée, poétique mais dans le sens de la plus grande simplicité. C’est parce que les histoires demandaient ça. De ma part ça se fait plutôt naturellement. Je suis un écrivain plutôt instinctif. Je ne suis pas un écrivain qui résonne sur ce qu’il fait, qui analyse ce qu’il fait. Je me laisse guider un petit peu par mes personnages et les mots, les scènes, s’assemblent d’eux-mêmes. »

Les œuvres de Philippe Claudel touchent. Notamment parce qu’elles abordent des thèmes douloureux de la vie. L’exil, comme dans « La Petite fille de Monsieur Linh », la prison dans « Le Bruit des trousseaux », ou encore la Shoah dans « Le Rapport de Brodeck ». L’adaptation cinématographique des « Ames grises » fait rentrer le spectateur dans l’univers d’un petit village lorrain qui jouxte le front pendant la Première Guerre mondiale et où une petite fille a été assassinée. On y découvre des personnages tiraillés, dont aucun n’est ni bon ni mauvais, des « Ames grises » comme le suggère le titre. Bien que Philippe Claudel insiste sur la diversité de ses œuvres, il précise la thématique centrale de son écriture :

« Le souci humain revient comme quelque chose de central. L’observation de l’homme devant les grandes catastrophes humaines, les guerres notamment, la façon dont un individu peut être détruit ou au contraire survivre à une catastrophe majeure, qui peut être aussi intime, la perte d’un être cher revient assez souvent dans ce que je fais ou dans ce que je filme ; il y a des thématiques comme cela. Mais ce qui m’intéresse, c’est peut-être d’être au plus près des autres, ceux dont je parle ‘fictionnellement’, ceux que j’espère être les lecteurs. L’humanité, c’est une grande communauté, et l’écriture, dans ce cas là, est pour moi un acte communautaire. »

Alors que son œuvre est traduite dans une quarantaine de langues à travers le monde, le lectorat tchèque pourra désormais découvrir « Les Ames grises » (« Šedé duše ») et « La Petite fille de Monsieur Linh » (« Vnučka pana Linha ») aux éditions Paseka.

22-02-2012