Précédent dans une affaire de plagiat d’une chanson

26-11-2008

C’est la première fois que la justice tchèque a dû se prononcer sur la plainte d’un auteur compositeur contre un autre compositeur à propos de deux chansons de rock. C’est aussi la première fois qu’elle a rendu un jugement qui pourrait bien devenir un précédent, bien qu’il soit assez équivoque.

La plainte a été déposée par le compositeur Jan Kalousek qui accusait l’ancien guitariste d’un célèbre groupe du rock tchèque, Support Lesbiens, Jaromír Helešic, d’avoir utilisé plusieurs mesures de sa chanson « Chodím ulicí » (Je marche dans la rue), qui avait été un tube un certain temps, dans le refrain de la chanson « In Da Yard » sortie dix ans plus tard. La procédure judiciaire a duré 17 mois et, en fin de compte, la Cour municipale de Prague a prononcé son jugement mardi : les deux chansons sont des œuvres d’auteur, Jaromír Helešic a bien utilisé deux mesures de la chanson de Jan Kalousek, deux autres mesures sont presque identiques et trois sont semblables. Helešic devra payer 200 000 couronnes (8 000 euros) de dommages et intérêts à Kalousek.

La cour n’a pas retenu l’argument d’un spécialiste en musique pop, Jaroslav Šťastný, de l’Académie Janáček de Brno, selon lequel cette musique est banale, répète constamment quelques idées en matière de composition et que, donc, il ne peut être question de droits d’auteurs. A ce propos, le juge Martin Valehrach a indiqué que s’il tenait compte de cet argument, tous les auteurs de chansons et de musique pop devraient rendre leurs honoraires. Pourtant, Milan Zelenka, de l’Académie de musique de Prague, rejoint son collègue de Brno en déclarant :

« Ce n’est réellement qu’une banalité. Je ne comprends vraiment pas. Il ne s’agit de rien du tout en vérité. Il ne s’agit réellement que d’une mesure que, par le fait du hasard, tous deux ont rythmée de la même manière. »

Jan Kalousek était on ne peut plus satisfait en sortant du tribunal, alors que Jaromír Helešic déclarait ne quoi savoir penser. L’affaire pourrait connaître un rebondissement dans le cas où ce dernier ferait appel. Elle crée un précédent dans l’histoire de la justice et du rock tchèque, mais en se terminant, pour l’instant, par un paradoxe : « In Da Yard » du groupe Support Lesbiens peut toujours être diffusée et les droits d’auteurs seront payés à Helešic. En effet, le juge a refusé l’interdiction de diffusion, du fait que cela porterait atteinte aux droits de l’auteur des paroles, le chanteur du groupe Kryštof Michal. A vous de juger maintenant : voici les refrains des deux chansons.

26-11-2008