sKarta : l’histoire sans fin ?

07-05-2013

Le feuilleton interminable de la sKarta, la carte sociale remise à chaque bénéficiaire des allocations de l’Etat tchèque, pourrait bien en être enfin à sa dernière saison. L’actrice principale de cette série à rebondissements, la ministre du Travail et des Affaires sociales Ludmila Müllerová, semble enfin prête à accepter l’éventuelle possibilité de mettre fin à ce système.

Archives du MPSVArchives du MPSV C’est pour envisager de mettre fin à la sKarta que Ludmila Müllerová a rencontré lundi 6 mai les responsables de la Česká Spořitelna, la banque qui gère la distribution et le fonctionnement de la sKarta en tant que carte de retrait. Après un investissement de 300 millions de couronnes, soit près de 12 millions d’euros, la Česká Spořitelna défend bec et ongles le projet aux côtés de la ministre, et s’inquiète de savoir comment l’Etat compte la rembourser en cas d’abandon. A l’issue de cette rencontre, tout ne semble pas encore joué pour la ministre et le directeur général-adjoint de la Česká Spořitelna, Jiří Škorvaga.

Jiří Škorvaga, photo: Česká SpořitelnaJiří Škorvaga, photo: Česká Spořitelna « Nous allons former un groupe de travail pour déterminer le futur de la sKarta qui sera chargé d’examiner les aspects techniques de la question en cas de poursuite du système ou de son arrêt. Nous nous sommes retrouvés sur le fait que la sKarta est actuellement utilisée par plus de 250 000 personnes et il est donc pour nous essentiel de ne pas placer ses utilisateurs dans l’incertitude et de ne pas leur créer des obstacles inutiles. Nous nous sommes aussi mis d’accord, dans le cas où des compensations seraient nécessaires, sur un arrangement défini une fois que le sort de la sKarta sera réglé et nous respecterons la décision prise par un collège de commissaires indépendants que nous aurons choisis ensemble. »

Ludmila Müllerová, elle, espère encore convaincre son gouvernement de la possibilité de réaménager la sKarta et de revoir son fonctionnement pour lui conserver un intérêt social.

Ludmila Müllerová, photo: CTKLudmila Müllerová, photo: CTK « J’ai fait part pendant cette réunion d’autres possibilités que le gouvernement n’a pas envisagées et j’ai dit que je suis responsable de l’aspect économique de tout le projet et je réponds de sa gestion effective dans le cadre des fonds de l’Etat. Je pense que le plus important est de faire part de nos analyses sur la possibilité de transformations de fond sur lesquelles le gouvernement pourrait être d’accord. Je pense que le gouvernement n’a pas ces informations pour le moment et je travaille à les lui fournir. »

La ministre semble ainsi d’un optimiste débordant et sans faille, alors qu’elle se trouve bien isolée au sein du gouvernement sur le sujet. Si son parti, le parti conservateur TOP 09 mené par Karel Schwarzenberg, la soutient officiellement, l’ODS et LIDEM, les deux autres partis de la coalition gouvernementale, sont pour l’abandon pur et simple du projet et le disent sans ambages. Le Premier ministre ODS Petr Nečas a ainsi par deux fois déclaré publiquement sa volonté d’en finir une bonne fois pour toutes avec cette sKarta qui ne pose que des problèmes. Au sein du Parlement, la ministre n’est pas épargnée non plus par son propre camp : Lenka Kohoutová, membre ODS du groupe parlementaire pour la politique sociale n’a pas hésité à remettre en cause le travail de Ludmila Müllerová :

Jaromír Drábek et Lenka Kohoutová, photo: le site oficiel de Lenka KohoutováJaromír Drábek et Lenka Kohoutová, photo: le site oficiel de Lenka Kohoutová « Madame la ministre devait conclure un arrangement pour modifier le contrat avec la Česká Spořitelna, tout comme elle devait préparer une modification de la législation comme cela avait été décidé. Elle ne l’a tout simplement pas fait. »

Même son de cloche dans l’opposition, pour une fois d’accord avec l’ODS et LIDEM. Il n’y a guère plus que Jaromír Drábek, son prédécesseur issu lui aussi de TOP 09, pour prendre la défense de Ludmila Müllerová et la sKarta. Il persiste et signe : ce système devrait rapporter 3 milliards de couronnes à l’Etat si on lui permet de fonctionner pendant douze ans. Beaucoup trop long pour le gouvernement et les parlementaires, alors que ce matin devant le ministère du Travail et des Affaires sociales des personnes handicapées manifestaient contre l’utilisation de la sKarta, perçue comme un fichage et posant des problèmes d’accessibilité à certaines installations comme les distributeurs. Il n’y a guère plus que la police pour y voir encore un intérêt, elle qui, selon le site novinky.cz, soupçonnerait le ministère de conservation illégale de données personnelles.

07-05-2013