Témoignage sur le sort des ouvrières nord-coréennes en République tchèque

19-04-2006

A plusieurs reprises depuis environ deux ans, la presse tchèque et étrangère a dénoncé l'exploitation de jeunes ouvrières nord-coréennes en République tchèque. Un « esclavage » pour certains, organisé par le régime de Pyongyang avec l'aide d'entreprises qui profitent ainsi d'une main-d'oeuvre bon marché et plus que docile. Marie Jelinkova est étudiante en politique sociale à l'université Charles. Elle a récemment visité l'un des dortoirs où sont hébergées de jeunes filles nord-coréennes, à Zelezna, pas très loin de Prague, en Bohême centrale.

« En général, elles se lèvent très tôt et vont courir avec leur 'gardien', qui est officiellement leur traducteur-interprète. Ensuite elles travaillent huit heures et demi avec des pauses bien définies, puis elles retournent dans leur dortoir où, le plus souvent, elles regardent des films de propagande ou lisent les biographies de Kim Jong-il ou Kim Il-Sung. Elles ne sortent que très rarement, et lorsqu'elles sortent il y a en général quelqu'un qui les surveille pour faire en sorte qu'elles n'aient pas de contacts avec la population locale. »

Environ 320 Coréennes du Nord âgées de 18 à 22 ans vivraient ainsi en République tchèque, réparties sur plusieurs localités, comme à Beroun, Zebrak, Nachod, et Zelezna, où s'est rendue Marie Jelinkova. Pour elle, il ne fait pas de doute qu'il s'agit ici d'une forme d'esclavage :

« Même si des jeunes filles, lors de nos discussions, nous ont dit qu'elles étaient là de leur plein gré, le fait est qu'elles ne peuvent aller nulle part librement, et ce que nous savons d'après des données qui datent de l'année 2002 est qu'elles ne perçoivent qu'environ 10% de leur salaire, soit environ 600 ou 700 couronnes, avec lesquelles elles doivent s'acheter leur nourriture. »

Ces jeunes ouvrières sont cependant employées selon les conditions fixées par la loi tchèque, donc ne peuvent être payées en dessous du salaire minimum :

« L'argent, d'après ce que nous savons, est généralement versé sur un seul compte, celui de leur gardien, et après vraisemblablement sur le compte de l'ambassade nord-coréenne à Prague. Nous n'avons pas la confirmation mais dans d'autres pays il a été prouvé que l'argent était ensuite encaissé par le régime, donc on peut supposer que les pratiques sont les mêmes ici. »

Suite de cet entretien dans notre émission de demain. Il sera notamment question des entreprises tchèques et étrangères qui profitent de cette main-d'oeuvre, des quelques réactions d'hommes politiques tchèques sur le sujet, et des solutions envisagéees pour améliorer le sort de ces jeunes filles.

19-04-2006