Trois mois après l’attaque du Bardo, la Tunisie compte sur les touristes tchèques

15-06-2015

Ce mercredi, trois mois se seront écoulés depuis l’attaque du musée du Bardo à Tunis. 24 morts, 45 blessés et des conséquences terribles pour l’industrie touristique de la Tunisie, la seule démocratie de la région, menacée par le chaos qui règne en Libye et les foyers terroristes près de la frontière algérienne. L’Office national du tourisme tunisien (ONTT) vient de lancer une campagne publicitaire internationale pour vanter les beautés du pays. A Prague aussi, on peut voir ces affiches avec des vues magnifiques de Douz, Tozeur, Djerba ou Hammamet. Oussama Ben Yedder est le responsable des marchés tchèque et slovaque pour l’ONTT. Au micro de Radio Prague, il a d’abord parlé de l’impact de la tragédie du Bardo :

Musée national du Bardo, photo: Ciphers, CC BY 3.0 UnportedMusée national du Bardo, photo: Ciphers, CC BY 3.0 Unported « Ce qui s’est passé en Tunisie le 18 mars a eu un impact beaucoup plus fort sur les marchés français, allemand, espagnol et italien que sur les marchés tchèque et slovaque. En fait, après un mois difficile, les ventes ont repris presque normalement. Les chiffres jusqu’au 31 mai 2015 montrent qu’il y a un petit recul de 15%. L’année dernière, à ce jour, il y avait 4 500 Tchèques ; cette année 3 900. Ce léger recul est dû aux annulations par les tour-opérateurs (TO) de quelques vols en avril et en mai. »

Il est difficile pour les Tchèques de se rendre en Tunisie par leurs propres moyens ; en fait ils sont obligés de passer par ces tour-opérateurs…

« Oui c’est l’un des plus grands handicaps au développement du marché tchèque. La destination tunisienne est pratiquement ‘prise en otage’ par les TO. Ils font un très bon travail de commercialisation mais le produit commercialisé est monotypique - c’est le produit balnéaire par excellence. Cela n’empêche pas nos visiteurs d’acheter des excursions, soit à Tunis, Carthage, Bardo, soit Kairouan ou des safaris de trois jours dans le désert – surtout depuis Djerba. Mais l’absence de vols directs entre Prague et la Tunisie depuis 2007 a vraiment handicapé toute possibilité de développement… »

2007 et le départ de TunisAir…

Photo: Citizen59, CC BY-SA 3.0 UnportedPhoto: Citizen59, CC BY-SA 3.0 Unported « Oui et tout le monde sait que TunisAir est partie contre son gré, à cause du népotisme de l’époque. La nouvelle compagnie lancée par le gendre du dictateur Ben Ali a pris l’exclusivité de la liaison Prague-Tunis, avant de disparaître. Depuis cela, nous avons 50 000 sièges en moins de Prague vers la Tunisie. Donc, pour les golfeurs ou ceux qui cherchent des moments de détente hors-saison, quand il fait très froid ici en décembre ou en janvier, il est beaucoup plus coûteux de s’y rendre. Nos amis tchèques et slovaques doivent prendre l’avion depuis des aéroports allemands ou autrichiens. »

Vous parlez de ces mois d’hiver parce que les vols charters ne sont qu’entre avril et octobre…

« Même le mois d’octobre est parfois tronqué. C’est le tendon d’Achille du tourisme tunisien à partir de la République tchèque : la saisonnalité. Plus de 95% des entrées tchèques en Tunisie se font entre les mois de mai et de septembre. »

Les marchés d’Europe centrale et orientale font-ils partie des priorités de l’ONTT ?

 « Absolument. Il nous faut prendre en compte les crises économiques, les problèmes géopolitiques et la perception de la région dans le monde. Ici, la perception des choses est un peu différente. Le souci sécuritaire marque moins la clientèle tchèque qu’en France, en Suisse ou en Allemagne. Le développement de ces marchés est une de nos priorités – surtout la Pologne et la République tchèque qui représentent un potentiel énorme. En nombre de touristes par rapport à sa population totale, la République tchèque est le premier pays émetteur européen vers la Tunisie. Sur 10 millions d’habitants, 100 000 se rendent par an en Tunisie. »

15-06-2015