Vladimír Špidla : « Sans l’UE, il n’y a pas d’avenir pour le modèle social européen »

15-01-2013

Vladimír Špidla, ancien premier ministre tchèque et ancien commissaire européen à l'Emploi, aux Affaires sociales et à l'Égalité des chances, a publié récemment son livre intitulé « Vers une union sociale européenne » (Na cestě k Evropské sociální unii). Dans celui-ci Vladimír Špidla expose notamment ses vues sur l’avenir du projet européen. Pour lui, les avancées dans le domaine social sont clairement liées à l’approfondissement de l’intégration européenne. Et c’est la coopération entre les Etats membres de l’Union qui permettra la sauvegarde du modèle social européen.

Photo: SLONPhoto: SLON Lors d’un séminaire autour de son nouveau livre, Vladimír Špidla explique pourquoi les électeurs tchèques ne suivent pas toujours les préférences de leurs partis politiques quant au soutien à l’Union européenne. Ceux qui votent pour l’ODS, parti eurosceptique de droite, actuellement au gouvernement, sont majoritairement favorables à l’intégration européenne. Inversement, le soutien au projet européen par le ČSSD, le parti social-démocrate, n’est pas forcément suivi par ses électeurs. Vladimír Špidla :

« Oui, naturellement, parce que vous pouvez regarder l’ODS qui est le parti qui représente typiquement des gens plutôt riches, issus du milieu des entrepreneurs. Ils sont tout à fait préparés à toujours chercher des possibilités. Pour eux, l’Europe est un espace d’expansion, c’est clair. Les gens qui sont typiquement la clientèle des sociaux démocrates sont des gens des classes moyennes, des gens ordinaires, des gens qui travaillent, qui sont employés et pour eux naturellement, l’Europe est un peu éloignée et incompréhensible et ils ont peur. »

Špidla remarque qu’il incombe aux partis politiques de combler cet écart entre idéologie et électorat. Pour la social-démocratie il s’agirait d’expliquer aux électeurs que l’Union est un garant du modèle social européen.

Mais comment expliquer les racines de l’euroscepticisme tchèque? Vladimír Špidla le fait par un retour dans l’histoire. Outre la domination des superpuissances et des pays voisins, il se réfère à l’isolement spécifiquement tchèque suite au Printemps de Prague :

Vladimír Špidla, photo: Archives de ČRo7Vladimír Špidla, photo: Archives de ČRo7 « L’autre problème est que nous avons été très isolés au cours des 40 dernières années. Naturellement, il y avait le rideau de fer c’est tout à fait clair, mais après le Printemps de Prague il y avait encore un autre rideau, c’était un rideau mental. Après le Printemps de Prague nous avons été isolés de l’ouest par le rideau de fer et isolés de l’est par le rideau mental. »

Par sa vision de l’avenir du projet européen, Vladimír Špidla se positionne comme une voix alternative au discours eurosceptique dominant l’espace public tchèque. Ainsi, il fait partie des voix, toujours rares en République tchèque, favorables à l’intégration européenne:

« L’Union européenne est une création des hommes, mortels, avec beaucoup de problèmes et avec beaucoup de fautes, c’est tout à fait clair, mais de manière générale, cela reste la meilleure innovation politique dans l’histoire de l’humanité. »

Le livre de Vladimír Špidla écrit sous forme de dialogue avec Marek Hrubec, directeur du Centre des études globales à l’Académie des Sciences à Prague, est paru en 2012 chez SLON.

15-01-2013