Appel à ceux « dont la voix se fait entendre »

27-09-2007

Le niveau de l'éducation en République tchèque a tendance à baisser, constate un appel lancé ces derniers jours par des universitaires et des scientifiques. Le constat est sobre, mais à la fois alarmant.

L'appel rédigé par Jindrich Becvar de la Faculté de mathématique et de physique de l'Université Charles, qui a été signé à ce jour par une centaine de personnalités de la vie scientifique et culturelle, s'adresse à tous ceux dont la « voix se fait entendre », donc ceux que le large public peut voir, entendre et lire, à la télévision, à la radio et dans la presse.

« Le sens d'honnêteté et de responsabilité s'estompe, en revanche l'agressivité et la vulgarité augmentent. La société s'oriente sans scrupule sur la consommation immédiate, sur un succès rapide et facile. Les valeurs qui, pendant des siècles, ont été considérées comme « vraies », sont marginalisées. Cette situation n'est pas une spécificité nationale, il s'agit d'une évolution mondiale (euro-américaine) qui, chez nous, prend pourtant beaucoup d'envergure, car « nous avons un retard à rattraper ».

Après cette introduction à caractère général, l'appel dénonce la baisse du niveau de l'éducation dans le pays. Dans son texte nous pouvons lire :

« Les étudiants des écoles primaires, secondaires et supérieures ont aujourd'hui des connaissances pires que la génération de leurs parents. Leur volonté, leur capacité de s'orienter dans le monde qui nous entoure, est de plus en plus faible. C'est vrai aussi en ce qui concerne leur intérêt de comprendre les phénomènes naturels et sociétaux... de concevoir notre présent dans le contexte de l'évolution historique et culturelle de l'humanité. »

Plus loin, le texte constate : « Nous sommes une petite nation et un petit Etat. Si nous voulons nous imposer en Europe et dans le monde, il y a lieu de mettre un grand accent sur l'éducation, sur le développement des connaissances et des aptitudes. Et c'est justement ce qui est souvent mis en doute ou même mis en pilori, dans les médias. »

Les médias, « ceux dont la voix se fait entendre », sont donc appelés par les signataires à sensibiliser la société à une éducation complexe, à un travail responsable qui serait source de satisfaction, à un respect des valeurs traditionnelles. « Pesez bien vos paroles concernant l'enseignement et l'éducation.... Donnez des exemples positifs. Vous faites partie de ceux qui sont responsables de notre avenir ».

Philosophes, historiens, écologistes, sociologues, informaticiens, théologiens, enseignants... La liste des sommités qui ont signé l'appel couvre toute une gamme de disciplines. Jan Cimicky qui est psychiatre et écrivain, explique ses motifs à lui.

« C'est tout à fait simple. J'ai discuté avec beaucoup de mes amis de ce qui se passe. J'aborde assez souvent de jeunes gens, parce que je donne des conférences pour les étudiants et ce que je trouve alarmant c'est le niveau de la langue maternelle. On peut voir de jeunes gens qui sont à la fin de leurs études primaires ou secondaires qui font de graves fautes d'orthographe. Même le niveau de communication est en baisse. La communication devient pauvre. Bien sûr, tout cela est à l'image de ce qui se passe dans la société, il y a des portables, on n'en voit plus, de lettres où l'on pourrait exprimer plus facilement ou plus profondément ce que l'on ressent. En 160 lettres, on peut s'exprimer, on peut même faire des poèmes, en 160 lettres on trouve aujourd'hui des recueils de poésies, mais c'est marginal. Tout cela nous montre que les gens n'ont plus cette habileté d'apprendre les mots, de voir les mots, de manier avec les mots. C'est ce que je ressens moi spécialement, parce que comme écrivain et poète, cela me gêne. Les gens et les jeunes en particulier lisent peu les livres. Ils répondent qu'ils n'en n'ont pas besoin, car tout ce dont ils ont besoin, ils le trouvent sur internet. Ils ont raison, il y a tout. Mais quand on lit un livre, un roman, il y a des sources de fantaisie et d'émotion. Ce n'est pas comme quand on lit quelque chose sur internet. Nous pensons que c'est le moment où il faut dire qu'il y a quelque chose qui ne va pas très bien. Il faut changer quelque chose. On ne sait pas exactement quoi et comment. Effectivement, on ne peut pas dire que l'internet, les portables, c'est nocif. Mais il faut voir en même temps que pour la vie, il faut aussi d'autres choses qui sont liées à la culture, à l'histoire etc...

C'est en particulier aux médias que vous adressez votre appel. Pourquoi ?

« C'est parce que surtout dans les médias, on sent glorifier les choses qui, de notre avis, n'ont pas beaucoup de valeur. D'abord, si l'on parle de la télévision, il y a souvent des séries qui n'ont aucune valeur littéraire ou artistique. C'est des histoires qui se passent et si vous les suivez dans deux mois, alors vous ne perdez rien. On est des voyeurs, on regarde ce qui se passe, et c'est comme si rien ne se passe. Puis, les médias présentent comme quelque chose de très important les relations qui sont fausses. On présente comme des héros modernes des gens qui se laissent fermer dans une villa et puis vivre dans la grossièreté. Ce n'est pas la culture, mais la paculture. Ce sont des choses qui sont bien sûr causées par l'économie, par l'argent, mais pas vraiment par le besoin de montrer quelque chose qui ait une certaine valeur et qui soit culturel. Voilà pourquoi nous estimons que ce sont surtout les médias qui ont une influence extraordinaire sur les gens et sur les jeunes gens et ce sont eux qui peuvent présenter des choses de valeur, au lieu des choses qui représentent le contraire. »

En attendant d'éventuelles réponses ou réactions à l'appel adressé par les scientifiques et les universitaires aux médias, force est de constater que ces derniers n'ont accordé qu'une très faible attention à sa diffusion.

27-09-2007