Comment acquérir un panda de Chine

04-03-2016

Parmi les sujets qui ont été traités dans la presse de cette semaine, voici ceux que nous avons cette fois-ci choisis: la controverse autour de l’accord de partenariat entre Prague et Pékin, un témoignage du photographe Jan Šibík concernant le peu d’intérêt des médias locaux pour les reportages photo, les interrogations du politologue Jiří Pehe liées aux spéculations sur la dislocation de l’Union européenne, la présence des automobiles dans des localités historiques de Prague, une présence tchèque à la cérémonie des Oscars grâce au compositeur italien Ennio Morricone.

Photo: Archives de Radio PraguePhoto: Archives de Radio Prague Le partenariat de Prague avec Pékin a des conséquences inattendues. C’est ce que stipule un texte paru dans la dernière édition de l’hebdomadaire Respekt selon lequel « même si des accords de partenariat entre les différentes villes n’arrivent guère à provoquer un quelconque émoi, la municipalité de Prague semble l’avoir réussi en signant un accord entre les capitales tchèque et chinoise. » L’auteur du texte, Sylvie Lauder, apporte d’autres détails concernant cet accord de partenariat auquel les maires des deux villes apposeront leurs signatures lors de la visite du président chinois, en ce mois de mars, à Prague :

« Faisant état d’une coopération interurbaine habituelle, l’accord engage en outre Prague à ne jamais soutenir et ‘sous aucune forme’ l’indépendance du Tibet et à considérer le Taïwan, toujours et partout, comme faisant partie intégrante de la Chine communiste. Les négociations précédant cet accord se sont déroulées sous la houlette de la partie chinoise qui a été, aussi, leur initiatrice. D’abord, les interlocuteurs pragois ont rejeté le projet présenté, Prague n’ayant pas les questions internationales dans ses compétences, avant de donner finalement son aval, après consultation avec le ministère des Affaires étrangères. »

Sylvie Lauder rappelle que les relations commerciales et le tourisme entre Prague et Pékin fleurissent depuis un certain temps déjà, sans avoir besoin d’être étayées par un accord. En plus, des lignes aériennes directes existent désormais non seulement entre Prague et Pékin, mais aussi avec d’autres villes auxquelles s’ajoutera en avril Shanghaï. Pour les représentants municipaux pragois cités dans ce texte il s’agit pourtant de nouvelles possibilités de coopération, par exemple, entre cinéastes ou entre les jardins zoologiques. De son côté, la maire de Prague, Adriana Krnáčová, considère l’accord concerné « comme une démarche permettant d’obtenir un panda de Chine ».

Le faible intérêt des médias pour les reportages photos

Jan Šibík, photo: Štěpánka BudkováJan Šibík, photo: Štěpánka Budková L’intérêt des médias pour les reportages photos ne cesse de fléchir d’année en année. C’est ce qu’affirme dans un entretien pour le site aktualne.cz Jan Šibík, un des reporters-photographes les plus reconnus du pays, qui a travaillé notamment pour le populaire hebdomadaire Reflex et qui exerce aujourd’hui en tant qu’indépendant. A l’occasion du vernissage d’une exposition de ses photographies au Centre tchèque de Prague, il a aussi dit :

« L’intérêt diminuant des médias pour les reportages photos concerne, aussi, la crise des migrants. Comme elle dure depuis déjà au moins un an, les médias estiment que c’est toujours la même chose. Une approche similaire s’est d’ailleurs produite aussi avec la crise en Ukraine. Il faut toutefois tenir compte de ce que la crise migratoire est un sujet que l’on ne saurait en aucun cas éviter, car notre avenir, la future existence de toute l’Union européenne sont en jeu. Une photo peut en dire plus que toute une série d’articles. Le problème, c’est qu’on vit à l’heure de l’internet et qu’on est habitué à obtenir toutes les informations rapidement. Dans cette optique c’est celui qui est le premier à offrir une information qui réussit. »

C’est à cause d’un manque de moyens financiers que les médias locaux ne peuvent qu’exceptionnellement envoyer sur le terrain un journaliste et encore moins un reporter-photographe, car le coût d’une telle opération est immense. Il ne leur reste alors que d’avoir principalement recours à des agences étrangères ce qui évite toute participation tchèque. Pour Jan Šibík, il est pourtant important de se faire une idée sur telle ou telle situation par ses propres yeux, une raison aussi pour laquelle il aime faire les photos sur le terrain.

Jiří Pehe: seul un « grand crash » pourrait faire éclater l’Union européenne

Photo: Commission européennePhoto: Commission européenne Dans une courte analyse mise en ligne sur le site novinky.cz, le politologue Jiří Pehe réagit aux prévisions alarmistes qui sont souvent diffusées par les différents représentants tchèques et européens, ainsi que par des journalistes, selon lesquelles l’Union européenne risque d’éclater. Pour lui, la fin de cette institution qui perdure depuis plus de 60 ans et qui est interconnectée par tout un tissu de rapports contractuels est difficilement imaginable. Sortir du tissu de l’intégration européenne serait alors une tâche presqu’aussi difficile que l’a été le long processus d’adoption des diverses dispositions européennes. Toute procédure en lien avec la décision de tel ou tel pays de quitter l’Union européenne s’avérerait tout aussi difficile Jiří Pehe précise :

« Même si, sur la base d’un référendum ou d’une décision parlementaire, un pays voulait quitter l’Union européenne, les pays qui ont participé à sa fondation, ainsi que les pays occidentaux qui l’ont rejointe un peu plus tard et qui sont si étroitement liés par d’innombrables fils, continueraient très probablement de poursuivre le projet européen sous une forme rétrécie. On peut s’attendre à ce que, dans un tel cas, les autres pays acceptent une intégration plus profonde pour prévenir la paralysie en matière de décisions qui accompagne les différentes crises européennes. »

Et le politologue de conclure que l’Union européenne est à présent à tel point intégrée que sa dislocation ne pourrait survenir qu’à l’issue d’un « grand crash », provoqué par une véritable catastrophe politique ou militaire.

Ecarter les parkings des places historiques de Prague

La place Malostranské, photo: Jorge Royan, CC BY-SA 3.0 unportedLa place Malostranské, photo: Jorge Royan, CC BY-SA 3.0 unported Les espaces vides ont une importace clé pour une cité comme Prague, car ils sont un contraste agréable avec la dense circulation automobile du centre-ville. C’est ce le constat d’un article publié dans le dernier supplément Orientace du quotidien Lidové noviny. Son auteur, Zdeněk Lukeš, constate avec satisfaction qu’on a réussi, petit à petit, à repousser les automobiles des localités historiques de la capitale, dont il cite à titre d’exemple la place de la République ou la place Venceslas. Il rappelle aussi que dans les années 1970, même la place de la Vieille-Ville (Staroměstské) servait aux automobilistes de parc de stationnement. Il existe pourtant quelques places historiques où les automobiles sont toujours présentes. Tel est en premier lieu le cas de la place Malostranské, dans le quartier historique de Malá Strana, qui abrite un parking et qui est malicieusement surnommée « le plus beau parking de Prague ». A son sujet, l’auteur a écrit :

« Depuis de longues années, la possibilité d’écartement du parking qui occupe une partie importante de la place Malostranské est largement discutée. Les choses n’ont commencé à bouger que ces derniers temps avec le lancement d’un appel d’offres en vue de sa reconstruction. Selon les projets proposés, la place offrirait désormait une surface pavée, avec au milieu une fontaine et un arrêt de tramway, le tout accompagné d’intéressants éléments architecturaux. Les quelques places de parking ne serviraient qu’aux taxis et aux handicapés. »

Cette intention s’est pourtant heurtée à un refus catégorique de la part des parlementaires qui siègent dans les bâtiments se trouvant à proximité. Ne voulant pas se satisfaire des places de parkings souterrains dont ils y disposent, ils imposent la conservation sur la place Malostranské de l’état actuel. L’enjeu demeure donc ouvert.

Une présence tchèque aux Oscars grâce à Ennio Morricone

Ennio Morricone, photo: ČTKEnnio Morricone, photo: ČTK Une présence tchèque à la cérémonie des Oscars à Los Angeles qui a été retransmise en direct par la Télévision publique tchèque et largement commentée dans les pages culturelles des journaux a été mise en relief dans un article publié dans l’édition de mardi du quotidien Lidové noviny et dans lequel on a pu lire :

« Le cinéma tchèque n’a qu’à espérer un grand succès comparable à l’Oscar du meilleur film étranger qui a été décerné au film hongrois, Le fils de Saul de Laszlo Nemes. Pourtant, d’une certaine manière, un élément tchèque n’a pas été entièrement absent à la cérémonie de cette année, grâce au légendaire compositeur italien Ennio Morricone qui a reçu l’Oscar de la meilleure musique de film pour Les 8 Salopards. Une musique que celui-ci a enregistrée en 2015 à Prague ».

Le journal indique qu’ainsi, Ennio Morricone a poursuivi son heureuse collaboration avec l’Orchestre symphonique national tchèque, un ensemble qui sait parfaitement marier des qualités artistiques avec une habileté d’ordre commercial. Par ailleurs, l’orchestre a déjà à deux reprises accompagné le compositeur italien dans ses tournées européennes. Ennio Morricone s’est aussi produit dans la capitale tchèque lors du festival Prague Proms ou encore, en janvier dernier, en concert avec des musiques des films de Tarantino. A cette occasionm le ministre de la Culture, Daniel Herman, lui a décerné le prix Artis Bohemias Amicis, récompense décernée pour la diffusion de la bonne renommée de la culture tchèque.

04-03-2016