Fonction présidentielle, vaccination, cimetière russe, Syrie, 1989 vu par les jeunes

08-11-2019

Le débat pour la prochaine élection présidentielle tchèque est déjà en train de se préparer. Retour ensuite sur le projet de construction d’un centre pour orphelins syriens qui a été initié par le Premier ministre Andrej Babiš avant d’être finalement abandonné. La prolifération de la rougeole est un autre sujet traité. Au menu de ce magazine également, le nouveau style de l’ancien cimetière orthodoxe de Prague et le regard d’un millénial sur les années écoulées depuis 1989.

Photo: Bazi, CC BY-SA 3.0Photo: Bazi, CC BY-SA 3.0 Le débat lié à la prochaine élection présidentielle en République tchèque, qui aura lieu en 2023, porte le plus souvent sur la personne de tel ou tel éventuel candidat au lieu d’analyser ce que la fonction de chef de l’Etat comporte et nécessite. C’est ce qu’estime le commentateur du site novinky.cz qui a rappelé à ce propos :

« L’ancien président tchèque Václav Havel avait mille et une faiblesses humaines qui sont connues pour avoir été décrites et analysées. Toutefois, il demeure la plus grande figure à avoir occupé cette fonction car durant son mandat il a su parfaitement remplir sa mission répondant aux impératifs de l’époque. Sans Havel, par exemple, le pays ne serait pas entré aussi facilement dans l’OTAN et dans l’Union européenne. Il s’agissait de sa part d’un exploit historique. » Désormais, les circonstances qui vont définir le contenu de la fonction présidentielle sont différentes, car pour la Tchéquie le monde est plus dangereux qu’il ne l’a été sous la présidence de Václav Havel, observe le commentateur qui explique :

« Les trois puissances mondiales, les Etats-Unis, la Chine et la Russie, sont dirigées par des leaders populistes ou autoritaires. En ce qui concerne les dirigeants européens, leurs dernières démarches semblent donner la priorité à la Russie au détriment de l’Ukraine. Cette dernière peut alors servir de champ d’exercice de la volonté des leaders euroatlantiques de sacrifier un pays aux fins d’un rapprochement avec la Russie. Potentiellement, cela pourrait être le cas de la Tchéquie ».

Dès lors, ces circonstances accentuent la gravité des interrogations sur le futur président tchèque, estime le commentateur du site novinky.cz.

Le projet du centre pour orphelins en Syrie abandonné

Syrie, Aleppo, photo: Charles Roffey, Flickr, CC BY-NC-SA 2.0Syrie, Aleppo, photo: Charles Roffey, Flickr, CC BY-NC-SA 2.0 Le projet de construction d’un centre pour orphelins près de Damas, initié et annoncé en février 2018 par le Premier ministre Andrej Babiš, a été abandonné, car la partie syrienne a privilégié son propre projet. L’hebdomadaire Respekt a rappelé à ce propos :

« Le projet a été initié en réaction à la critique qui avait été adressée aux pays du groupe de Visegrad par les institutions européennes, suite à leur refus des quotas de répartition des migrants. C’était également une réponse à la proposition d’une eurodéputée tchèque d’accueillir en Tchéquie cinquante orphelins syriens qui vivaient dans des camps pour réfugiés en Grèce, ce que le chef de gouvernement a refusé. Cette initiative, Andrej Babiš l’a conçue dès le début comme un projet privé sans participation de l’Etat et de ses règles. Une façon de ‘faciliter et d’accélerer’ les choses. Le centre prévu pour 150 orphelins et enfants devait s’étendre sur 20 000 mètres carrés. Les frais pour les cinquante premiers enfants devaient être couverts par Babiš lui-même, avant d’être pris en charge par une fondation spéciale ».

Respekt indique que les détails de la mésentente entre la partie syrienne et la partie tchèque demeurent inconnus. L’hebdomadaire remarque également qu’il s’agit, en un court laps de temps, de la deuxième initiative du Premier ministre concernant la migration qui n’a pas abouti. En septembre dernier en effet celui-ci avait annoncé que les pays du V4 soutenaient l’établissement d’une « zone de sécurité » dans le nord de la Syrie, un soutien que la Slovaquie et la Pologne ont publiquement démenti.

La prolifération de la rougeole : un signe de la régression occidentale ?

Photo: Dave Haygarth on Foter.com / CC BY 2.0Photo: Dave Haygarth on Foter.com / CC BY 2.0 « Va-t-on perdre le combat contre la rougeole qui a failli être gagné? », s’interroge l’auteur d’une note publiée dans l’édition de samedi dernier du quotidien Lidové noviny, qui replace la nouvelle prolifération de cette maladie dans un plus large contexte :

« A quelques exceptions près, les jeunes gens en Occident estiment qu’ils vivront moins bien que leurs parents. Il s’agit d’un tournant, d’un passage de la progression à la régression. On peut illustrer ce recul par un problème pertinent, celui de la rougeole. Jusqu’ici, on aurait pu croire qu’on allait la vaincre et l’éliminer complètement, comme ce fut le cas, en 1980, de la variole. Mais c’est le contraire qui se passe, car la rougeole se propage, et ce même en Tchéquie, son apparition ayant été recensée dans ses 14 régions. Par ailleurs, en août dernier, l’Organisation Mondiale de la Santé a retiré la République tchèque de la liste des pays où elle est considérée comme éliminée. »

Outre l’immigration (notamment d’Ukraine, pays affecté par la rougeole), c’est la baisse de la couverture vaccinale qui est une des principales causes de cette résurgence, écrit le commentateur. Pour lui, la méfiance à l’égard de la vaccination, qui est en hausse dans certains pays européens, est un des signes, aussi furtif que discret, de la régression sociale des Occidentaux.

« Nul n’est besoin de dessiner à ce propos des scénarios catastrophes, mais il s’agit de lancer un avertissement », conclut-il. Le gouvernement tchèque prépare à ce sujet des mesures pour enrayer la baisse de vaccination des enfants.

L’ancien cimetière russe de Prague sous l’emprise des nouveaux Russes

L’ancien cimetière russe à Olšany, photo: Pryvid, CC BY-SA 4.0L’ancien cimetière russe à Olšany, photo: Pryvid, CC BY-SA 4.0 Le cimetière d’Olšany de Prague, qui s’étend sur une superficie de quelque 50 hectares, est le plus grand lieu de sépulture en République tchèque. Une de ses parties reculées, située à promixité d’une église orthodoxe remontant à l’année 1925, abrite un cimetière russe ancien qui, à l’origine, était le lieu de repos de représentants des élites russes, biélorusses et ukrainiennes, qui ont fui la révolution bolchévique et qui ont trouvé dans les années 1920 refuge dans l’ancienne Tchécoslovaquie.

Beaucoup y sont venus dans le cadre du projet appelé ‘Action russe’, lancé par le président T. G. Masaryk. Le chanteur d’opéra Levicki, la mère de l’écrivain Nabokov, un des fondateurs de la psychanalyse Nikolaï Osipov, telles sont quelques-unes des personnalités scientifiques, artistes, professeurs, qui y sont enterrées. Le site d'information hlidacipes.org s’est penché sur les changements que ce lieu est en train de subir, sous l’influence des nouveaux Russes établis en Tchéquie :

« Des tombes modestes, de simples croix orthodoxes en bois. C’est ainsi que se présentait jadis le cimetière russe ancien. Depuis les années 1990, le cimetière offre une image foncièrement différente. A la place des tombes originales, on voit des tombeaux insolites avec des croix de trois mètres de haut, d’immenses groupes de statues d’angelots, pour ne pas dire de véritables mausolées qui répondent aux goûts des nouveaux Russes installés à Prague. »

« Tradition russe », une des associations présentes en Tchéquie, cherche à acquérir pour cette partie du cimetière d’Olšany le statut de monument culturel protégé, le même dont bénéficie son église orthodoxe. Le site hlidacipes.org remarque en outre que cette question est débattue, souvent, au Conseil du gouvernement pour les minorités nationales sans pour autant avoir apporté à ce jour de solution adéquate.

Ces millénials qui n’ont pas vécu la révolution de Velours

Photo illustrative: Pixabay, CC0Photo illustrative: Pixabay, CC0 Même les jeunes qui n’étaient pas les témoins de la révolution de Velours, il y a trente ans de cela, et qui n’ont pas connu le régime communiste, ont le droit de critiquer l’évolution qui a suivi sa chute. C’est ce que souligne l’auteure d’un texte publié dans le journal Denik N qui fait partie de trois millions et demi de personnes qui sont nées en Tchéquie après l’an 1989 et qui n’ont connu de leur vivant que le système démocratique. Elle écrit :

« Beaucoup de ceux qui appartiennent aux générations plus âgées prétendent que ceux qui n’ont pas vécu sous le communisme n’ont pas le droit de s’exprimer sur le sujet. Pire encore : ceux qui n’ont pas participé à la constitution du régime actuel ne seraient pas légitimes pour le critiquer. La fiérté des témoins des événements de novembre 1989 est compréhensible. Par ailleurs, la majorité des jeunes ne met pas en doute l’importance de ce tournant historique, ce qu’un récent sondage de l’association Post Bellum a confirmé. Toutefois, cela ne les empêche pas de porter un regard critique sur ce qui est arrivé par la suite comme, par exemple, la répartition non équilibrée des biens et des privilèges dans la société, dont les bases ont été posées dans les années 1990. »

08-11-2019