La Tchéquie en manque d’enseignants

02-09-2016

Avec la rentrée scolaire ce jeudi 1er septembre, plusieurs journaux ont tourné leur attention vers la pénurie d’enseignants dans les écoles tchèques. L’ensemble de la presse a réservé une grande place au décès de la légendaire gymnaste tchèque, Věra Čáslavská. Comment le public et les médias perçoivent-ils une catastrophe naturelle ? Une question soulevée dans un texte que nous avons également retenu pour cette revue de presse qui se penchera ensuite sur l’inscription de radicaux et d’extrémistes sur les listes des candidats pour les prochaines élections régionales. Quelques mots enfin au sujet du bizutage dans les écoles.

Photo: ČTKPhoto: ČTK Comme le remarque l’hebdomadaire Reflex, la profession d’enseignant représente en Tchéquie une catégorie professionnelle qui est, comparée aux autres professions exercées par des diplômés universitaires, la moins bien payée. L’éditorial de ce jeudi du quotidien Lidové noviny précise à ce sujet :

« Selon les données du ministère de l’Education nationale, il manque plus de 2900 enseignants en Tchéquie. Cette absence touche en premier lieu la Bohême centrale, ainsi que les régions dans le nord du pays. Les plus sollicités sont les enseignants en mathématiques, en chimie et en anglais. La situation s’annonce plus alarmante encore pour les années à venir en dépit du fait que le gouvernement ait décidé d’augmenter les salaires des enseignants de 8 %. Les experts estiment que pour rendre la profession pédagogique plus attrayante pour les jeunes, il faudrait leur assurer un salaire se situant autour de 35 000 couronnes (près de 1296 euros), alors qu’aujourd’hui, il ne s’élève qu’à environ 24 000 couronnes. »

A l’heure actuelle, il y a en Tchéquie au total près de 100 000 enseignants qui sont employés dans les écoles primaires et secondaires tchèques à plein temps. Le texte publié dans Lidové noviny remarque que le manque d’enseignants, peut-être plus dramatique encore, touche également l’Allemagne, notamment la Saxe voisine. Mais embaucher à cette fin dans des régions limitrophes tchèques, comme c’est devenu une habitude assez courante dans d’autres domaines comme la médecine, la restauration ou des métiers artisanaux, n’est évidemment pas possible, faute de pédagogues pour répondre aux besoins locaux.

Věra Čáslavská : une « autre » gymnastique

Věra Čáslavská, photo: Ron Kroon / Anefo, CC BY 3.0 UnportedVěra Čáslavská, photo: Ron Kroon / Anefo, CC BY 3.0 Unported Le décès, ce mardi, de la gymnaste Věra Čáslavská, 74 ans, celle qui a été déclarée en 1968 meilleure athlète du monde et la deuxième femme la plus populaire de la planète après Jacqueline Kennedy, a touché l’ensemble de la population tchèque. C’est ce qu’ont constaté à l’unisson, au lendemain de ce triste événement, l’ensemble des journaux nationaux soulignant que Čáslavská était reconnue tant pour ses performances et résultats sportifs que pour ses positions humaines et civiques. Pour en savoir plus sur les qualités gymniques rares de Věra Čáslavská, le site lidovky.cz a interrogé une des gymnastes qui lui ont plus tard succédé, Jana Komrsková, et qui a dit :

« Čáslavská a su maîtriser tous les éléments de sa discipline sportive pour les mettre parfaitement en harmonie. A l’époque qui était la sienne, la gymnastique sportive était une discipline réservée aux femmes adultes. L’accent n’était alors pas mis sur des éléments acrobatiques mais plutôt sur des éléments dansants. Il s’agissait plus du côté chorégraphique de la gymnastique, celle-ci étant appelée à offrir au spectateur une émotion artistique. Čáslavská a réussi à attirer l’intérêt de tous et pas seulement du jury. C’est surtout en cela que résidaient son charme et son don de séduction. Par ailleurs, les réactions à sa mort venues de l’étranger en disent long. »

Le site echo24.cz a pour sa part retenu le fait qu’en réagissant par des mots de condoléances au décès de Věra Čáslavská, assez tardivement quand même, la chancellerie présidentielle n’a mis en relief que ses succès sportifs, omettant son courage de citoyenne et ses engagements politiques. Et de s’interroger s’il fallait mettre ce constat en rapport avec l’engagement de la gymnaste pendant la dernière campagne présidentielle en faveur de Karel Schwarzenberg, candidat opposé à Miloš Zeman.

Lorsqu’une catastrophe naturelle frappe

Le séisme en Italie, photo: ČTKLe séisme en Italie, photo: ČTK Le séisme qui a récemment affecté l’Italie a fait plus de victimes que les attentats terroristes qui se sont produits l’année dernière à Paris. Et pourtant, cet événement n’a pas donné lieu à une expression en masse de condoléances et de solidarité sur les réseaux sociaux comme c’était le cas auparavant. Aussi les médias y ont-ils consacré un intérêt moindre. Et ce n’est pas un hasard. C’est ce que remarque sur le site aktuálně.cz Dalibor Špok, psychologue et publiciste qui explique :

« Cette approche découle de notre perception fataliste de cette catastrophe naturelle : on n’aurait rien pu prévenir, donc personne n’est responsable. Si nous avions été face à une catastrophe d’ordre technique dont on aurait connu le coupable, les médias et les réseaux n’auraient parlé que de ça. Et pourtant, la souffrance des mourants et des survivants demeure la même. Si notre compassion en cas de catastrophe naturelle est moindre, c’est alors non seulement en raison de son caractère moins attrayant pour les médias, mais aussi parce que nous portons notre intérêt prioritairement vers les événements permettant d’identifier et de punir les coupables. »

L’auteur de cette réflexion considère que ce mécanisme est visible aussi dans nos vies au quotidien. Ainsi, il semble que dans les situations où il n’y a pas de « coupable évident », nous avons moins de volonté d’écouter, de manifester notre intérêt et d’accorder notre aide.

L’extrême-droite se mobilise pour les élections régionales

Photo: Frieder KümmererPhoto: Frieder Kümmerer L’existence des forces radicales et extrémistes en Tchéquie est le sujet d’une analyse qui a été publiée sur le site echo24.cz. Son auteur observe qu’à la lumière d’une faible présence des représentants de ces forces pendant la visite de la semaine dernière de la chancelière allemande, Angela Merkel, à Prague, on pourrait prendre leur influence à la légère. La publication des listes des candidats pour les prochaines élections régionales qui auront lieu au mois d’octobre, offre cependant, selon lui, une image différente. Il explique pourquoi :

« A en juger d’après les listes des candidats, on pourrait croire que la Tchéquie est un espace idéal pour le nationalisme et la droite radicale. En effet, outre les partis traditionnels ou des formations de coalition, on verra se disputer les faveurs des électeurs six parti radicaux qui ont pour trait commun le refus des migrants, la lutte contre l’islam et la critique à l’égard de l’Union européenne. Celui qui aurait pensé que des questions d’ordre local allait à ces élections prédominer, s’est alors trompé. En réalité, les élections régionales vont donner une réponse à la question de savoir dans quelle mesure les Tchèques sont enclins à prêter l’oreille à des positions extrémistes. Une telle problématique semble d’ailleurs avoir concerné ces derniers temps la majorité des élections tenues en Europe occidentale. »

Selon l’auteur de ce texte, il se peut que le nombre assez élevé de partis radicaux et nationalistes aboutisse à un émiettement des voix qui leur seront données aux élections régionales. Le résultat est pour l’heure imprévisible. Toutefois, une chose est certaine : la simple présence des six partis radicaux témoigne de la montée de la droite radicale et du nationalisme dans le pays. Et le fait que des politiciens marginaux s’appuyant sur une idéologie extrémiste aient réussi à réunir des centaines de candidats montre que quelque chose dans la société a changé.

Faire face au bizutage avec la Ligne téléphonique de sécurité

Photo illustrative: stockimages / FreeDigitalPhotos.netPhoto illustrative: stockimages / FreeDigitalPhotos.net Avec la nouvelle rentrée scolaire, le quotidien Lidové noviny s’est penché, aussi, sur le rôle de la dite Ligne téléphonique de sécurité. Destinée aux enfants, aux étudiants et à la jeunesse en détresse, celle-ci fonctionne sans discontinuer, en garantissant l’anonymat et à titre gratuit pour recevoir quotidiennement en moyenne près de 540 appels. Son chef, Peter Porubský, s’est confié dans ses pages en disant :

« Tandis que pendant les vacances, nos experts ont à traiter avec les enfants prioritairement des questions d’ordre relationnel et sexuel, dès la dernière semaine du mois d’août, c’est le bizutage qui devient une des questions principales qui préoccupe les jeunes clients. Nous proposons aux enfants qui souffrent à l’école de bizutage des solutions, cherchons à dresser en commun avec eux un plan de sécurité. L’important c’est de faire savoir à l’enfant qui est victime d’une telle pratique, qu’il a le droit d’être secouru et que l’école elle-même a le devoir de s’en occuper. »

Des informations utiles à cet égard sont offertes aux enfants aussi sur une page internet spéciale. La Ligne de sécurité offre en outre une Ligne pour les parents, ses experts étant disponibles pour leur fournir des conseils.

02-09-2016