Les préférences politiques : un fossé générationnel

17-01-2020

Cette nouvelle revue de presse s’intéresse d’abord aux préférences politiques à la lumière du clivage entre les générations et à certaines questions soulevées en lien avec l’engagement politique des grosses fortunes. Au menu également un bref rappel du sacrifice de Jan Palach qui s’est immolé par le feu en janvier 1969. Quelques mots aussi sur des sujets d’ordre écologique et un regard sur la situation actuelle des chasseurs en Tchéquie.

Photo illustrative: Rising Damp on Foter.com / CC BYPhoto illustrative: Rising Damp on Foter.com / CC BY Un clivage entre générations. C’est ce qui caractérise de manière notable l’essence de la politique tchèque. C’est du moins ce qu’estime le commentateur du quotidien Hospodářské noviny qui a écrit à ce sujet :

« Les deux partis tchèques les plus forts, le mouvement ANO d’Andrej Babiš et les Pirates, recrutent leurs électeurs dans des catégories d’âge opposées. Tandis que les gens de plus de 65 ans soutiennent ANO, près de 45% des personnes de cette catégorie d’âge lui accordant leurs préférences, les Pirates recrutent quant à eux chez les jeunes de moins de 35 ans. La polarisation de la politique en fonction de l’âge a par ailleurs tendance à s’approfondir d’un mois à l’autre. »

Elle montre, à en croire le commentateur de Hospodářské noviny, qu’Andrej Babiš continue d’attirer les sympathisants de gauche qui attendent de lui une amélioration de leur situation et qui se détournent ainsi du Parti social-démocrate (ČSSD). A leurs yeux, le leader du mouvement ANO est celui « qui a augmenté les pensions de retraite » et « réduit le prix des billets de train ». Peu importe que ce soit vrai ou pas.

« Le parti Pirate est un cas différent », explique le commentateur un peu plus loin. « Les sondages révèlent que quoi qu’ils fassent, ils ne parviennent pas à franchir l’ombre de leur génération. Leurs représentants s’affichent de plus en plus souvent vêtus de costumes, cherchant ainsi à faire la preuve de leurs compétences économiques et juridiques. Cela dit, le groupe de population attiré massivement par ce parti reste limité par l’âge de son leader, le jeune Ivan Bartoš. Ainsi, ses tentatives de recruter les sympathisants du mouvement ANO s’avèrent un échec. »

Si les personnes âgées et les jeunes ont « leurs » partis en Tchéquie, qu'en est-il de la génération intermédiaire ?, s’interroge enfin le commentateur. Pour lui, elle n'a tout simplement pas de chance, car les partis centristes, incapables de trouver un consensus, n’exercent qu’une influence médiocre.

Les milliardaires et leurs engagements politiques

Photo illsutrative: Capri23auto / Pixabay, CC0Photo illsutrative: Capri23auto / Pixabay, CC0 Depuis l’apparition en 2012 d’Andrej Babiš, leader du mouvement ANO et chef de gouvernement, sur la scène politique locale, la question de l’influence des oligarques sur la politique et la démocratie en Tchéquie est fréquemment soulevée. Elle a de nouveau ressurgi, il y a quelques semaines, en lien avec les révélations de la presse sur les activités prochinoises de l’agence C&B, financées par la société Home Credit International de Petr Kellner, la plus grosse fortune de Tchéquie. Evidemment, cette démarche n’est pas passée inaperçue. L’auteur d’un texte mis en ligne sur le site aktualne.cz estime cependant que les réactions qu’elle a provoquées n’ont pas été assez percutantes. Il explique pourquoi :

« La critique de l’influence des milliardaires sur la politique ne doit pas être perçue comme un excès idéologique de gauche, mais comme une question de principe sur la qualité de la démocratie dans le pays. Dans une démocratie qui fonctionne bien, le conflit de différents groupes d’intérêt est normal et souhaitable. Mais le fait que certains d’entre eux ou certaines personnes disposent de moyens et d’influences incomparables constitue un facteur à risque. »

Soumettre telle ou telle démarche d’Andrej Babiš ou de Petr Kellner à la critique ne suffit pas. Ce qu’il faut, d’après le commentateur, c’est dévoiler systématiquement l’influence du monde des affaires sur les décisions politiques. Et ce « en dépit de l’admiration pour la richesse ou les capacités de ses représentants qui demeure assez répandue au sein de la population ».

Jan Palach... 51 ans déjà

Photo: Paris MatchPhoto: Paris Match « On a du mal à croire que 51 ans après l’immolation par le feu de l’étudiant Jan Palach, en signe de protestation contre la léthargie de la société tchécoslovaque au lendemain de l’occupation du pays par les chars soviétiques, les historiens puissent encore découvrir des détails à même de compléter l’image du personnage. » C’est ce dont fait part un texte publié sur le site de l’hebdomadaire Respekt en rappel de la date anniversaire de cet acte : « Les détails nouvellement réunis présentent Jan Palach comme un jeune homme sérieux, doté d’un sens profond de la justice et de l’honnêteté, éduqué dans le respect des valeurs de la Première République et de l’amour pour la patrie. En même temps, ils mettent en exergue son côté combatif. Dès le début de l’occupation du pays en août 1968, le jeune étudiant envisageait déjà toutes sortes d’activités radicales. »

Le magazine cite les paroles du philosophe Ladislav Hejdánek, selon lequel « l’acte de Palach n’était pas un acte désespéré mais, au contraire, il s’agissait d’un acte de protestation politique soigneusement réfléchi, dirigé contre la passiveté et l’indifférence ».

Les Tchèques aiment toujours l’avion

Photo illustrative: Archives de Radio PraguePhoto illustrative: Archives de Radio Prague Deux sujets d’ordre écologique ont été traités sur le site echo24.cz qui s’est penché d’abord sur la question de la sécheresse qui est considérée comme un sujet crucial en Tchéquie, depuis quelques années déjà :

« Faute de précipitations et de neige, cet hiver aura un impact dramatique sur la sécheresse, car une couche compacte de neige est ce qui manque et ce dont la nature a besoin pour pouvoir enrichir ses eaux souterraines. Tout laisse penser que si la situation actuelle perdure, elle affectera la nature tchèque cette année. A ce jour, près de 11% du territoire du pays est touché par ce fléau, davantage en pays tchèques qu’en Moravie. »

« Les Tchèques n’écoutent pas Greta Thunberg, car ils volent plus fréquemment que jamais », observe un autre texte publié également sur le site echo24. cz qui précise :

« Tandis que la Suède a enregistré deux millions de passagers aériens en moins en 2019, la vente de billets d’avion en Tchéquie a augmenté de plus de 7%. Paris, Londres et Amsterdam sont les destinations les plus sollicitées par les Tchèques, qui portent un intérêt croissant vers des destinations exotiques. Un constat qui signe cette croissance : les prix des billets d’avion sont demeurés généralement les mêmes que précédemment. »

Les Tchèques semblent ainsi aller à contre-courant de la tendance actuelle visant à limiter les voyages en avion qui est revendiqué par le mouvement d’origine suédoise « flygskam » et auquel l’industrie aéronautique est désormais contrainte de vouer une certaine attention.

Deux regards possibles sur la chasse

Photo illustrative: Vít Pohanka, ČRoPhoto illustrative: Vít Pohanka, ČRo Les chasseurs tchèques vieillissent, la chasse et la cynégétique n’ayant désormais que peu d’attrait pour les jeunes. Au cours des 25 dernières années, leurs effectifs ont baissé de près de 50% et cette tendance va s’accroissant. C’est ce que remarque une note publiée dans le quotidien Lidové noviny. Son auteur explique que le rôle des chasseurs est pourtant irremplaçable, aujourd’hui tout comme à l’avenir :

« Les chasseurs sont par exemple appelés, comme on l’a vu récemment, à intervenir contre la prolifération de la peste porcine africaine ou à réduire le nombre particulièrement élevé de sangliers. Ceux-ci, comme on le sait, causent de graves dégâts sur les nouvelles semences forestières plantées en vue de résister à la recrudescence des scolytes qui ravagent les épicéas. »

Lidové noviny publie également une réaction à cette observation qui prétend que ce manque d’intérêt pour la chasse qui se manifeste aujourd’hui témoigne, plutôt, d’un retour à la normale :

« C’est sous le régime communiste que le caractère massif de la chasse, comme hobby populaire, s’est largement développé, tandis que par le passé, la chasse représentait une discipline assez exclusive. Le fait que l’on puisse compter aujourd’hui un groupe de chasseurs dans presque chaque commune locale représente alors une anomalie qui porte les traces de l’évolution sociale du pays au XXe siècle. »

17-01-2020