À l’hôpital, « la peur de devoir faire des choix »

31-03-2020

Le coronavirus place le personnel médical en première ligne. Dimanche, une infirmière est morte et selon le ministère de la Santé 144 membres du corps médical ont déjà été testés positifs au Covid-19 en ce début de semaine. Béatrice est une psychologue tchéco-française et travaille dans un hôpital de Prague ainsi que dans son cabinet privé – en tout cas en temps normal. Désormais elle s’occupe de soutenir ses collègues et a également repris les consultations – par vidéo.

L’hôpital Thomayer, photo: VitVit, CC BY-SA 4.0L’hôpital Thomayer, photo: VitVit, CC BY-SA 4.0

Comment ça se passe pour vous en ce moment ?

« En ce moment l’hôpital Thomayer pour lequel je travaille m’a envoyée en ‘home office’ et mon cabinet est fermé… »

C’est l’hôpital de Prague qui vient d’être endeuillé après la mort d’une infirmière, la première membre du corps médical tchèque à décéder apparemment des suites du coronavirus. Comment pouvez-vous continuer à travailler de la maison en tant que psychologue – cela veut dire que vous consultez par téléphone, par internet ?

« Tout à fait. En ce qui concerne l’hôpital, nos collègues – que ce soient les médecins, infirmières ou le personnel non soignant - ont nos contacts donc nous travaillons par WhatsApp et par téléphone. Nous continuons à les soutenir en leur donnant des méthodes pour se relaxer, etc. »

Photo illustrative: Tumisu/Pixabay, CC0Photo illustrative: Tumisu/Pixabay, CC0 Ce sont des gens en détresse ?

« Je ne dirais pas qu’on en est là mais effectivement le stress monte et la fatigue aussi… »

Quels sont les besoins les plus pressants évoqués par ces professionnels de la santé ?

« Ils ont besoin de parler de ce qu’ils vivent, de parler de leur peur, qui concerne leur propre famille et leur propre santé. Pour certains cela peut être aussi la peur de devoir faire des choix qui ne sont pas toujours simples. »

Dans un entretien radiophonique récent, une infirmière française évoquait ces terribles choix avec les critères d’âge en baisse : elle disait que les patients de moins de 56 ans n’étaient plus considérés comme prioritaires dans son hôpital. C’est ce genre de choix dramatique à faire qui sont les plus difficiles pour vos collègues également je suppose ?

Photo illustrative: kaboompics/Pixabay, CC0Photo illustrative: kaboompics/Pixabay, CC0 « Tout à fait. Je pense qu’ici en Tchéquie nous n’en sommes pas encore là – 56 ans me paraît être un âge encore jeune – mais il y aura peut-être un moment où ce choix là sera nécessaire. »

Le confinement commence à porter sur les nerfs de tout le monde

Comment voyez-vous la suite pour vous : de plus en plus de consultations à distance pour vos collègues et pour les patients habituels de votre cabinet ?

« Cela fait maintenant deux semaines que nous sommes confinés et depuis plusieurs jours c’est vrai que les gens commencent à demander de communiquer au moins par WhatsApp. Le confinement commence à porter sur les nerfs de tout le monde, même dans la rue où les gens commencent à être plus agressifs les uns envers les autres… »

Photo illustrative: ČTK/David TanečekPhoto illustrative: ČTK/David Taneček Quand vous parlez de WhatsApp, cela veut dire avec la vidéo ou également par messages écrits ?

« De préférence par vidéo. »

Je suppose que vous n’étiez pas tellement habituée à ce mode de consultations auparavant…

« Non, pas du tout, effectivement. Tout se passait en face à face avant. »

Comment vous vous y habituez ?

« Je n’ai pas vraiment le choix… Mais cela se passe bien, je commence à m’y habituer et mes patients également. Mais je pense que seulement par téléphone c’est extrêmement compliqué parce que vous n’avez pas la parole du corps à ce moment-là donc c’est vrai que cela se passe essentiellement en vidéo. »

Vous parliez de violence – on parle notamment de recrudescence des violences conjugales en période de confinement. Si le confinement se prolonge vous attendez-vous à l’apparition de nouveaux problèmes chez vos anciens patients ?

Photo illustrative: EME/Pixabay, CC0Photo illustrative: EME/Pixabay, CC0 « Peut-être pas jusqu’à des problèmes de violence conjugale, mais effectivement peut-être des problèmes de couple. Eventuellement aussi des problèmes de communication avec les enfants, qui ne sont pas forcément habitués à être avec leurs parents 24h/24 à la maison… »

Avez-vous mis en place un réseau avec vos collègues psychologues pour vous soutenir mutuellement pendant cette période ?

« Non, disons que nous avons notre petit réseau de trois psychologues de mon département l’hôpital et nous nous soutenons mutuellement, mais ce n’est pas réellement structuré et planifié. »

Avez-vous des téléconférences régulières avec vote hôpital ?

« Avec mes collègues oui, et une d’entre elles est en communication permanente avec l’hôpital et elle nous transfère les demandes et nous travaillons dessus ensemble. »

Merci Béatrice, bon courage et surtout bonne santé !

« À vous aussi beaucoup de santé, c’est le principal à l’heure actuelle – santé physique et psychique ! »

31-03-2020