Déjà près d'une cinquantaine de babyboxes en République tchèque

28-06-2011

Le comité des droits de l’enfant de l’ONU vient de se pencher sur la question des babyboxes tchèques et sur leur compatibilité avec la Convention des droits de l’homme. La commissaire aux droits de l’homme du gouvernement tchèque a répondu qu’il était important de sauver des vies et que les babyboxes avaient permis de sauver des dizaines de vie depuis 2005. Il existe aujourd’hui 44 de ces boîtes encastrées dans des murs, où les parents peuvent déposer leurs nouveaux nés quand ils ne veulent ou ne peuvent s'en occuper. En général situées dans les enceintes d'hôpitaux, une babybox avait été installée l’année dernière à la mairie du 2e arrondissement de Prague, la première dans le centre de la capitale. Alexandra du Boucheron avait alors réalisé ce reportage que nous rediffusons aujourd’hui.

La babybox installée sur le mur de la mairie de Prague 2, photo: www.teletechservis.czLa babybox installée sur le mur de la mairie de Prague 2, photo: www.teletechservis.cz Vous avez peut-être aperçu sur le mur de la mairie du deuxième arrondissement de Prague, au 20 de la rue Jugoslávská, cet étrange placard blanc. C'est ce que l'on appelle une babybox. La 33ème du nom.

Ici, les parents en détresse peuvent laisser leurs nouveaux-nés dans un endroit sécurisé et anonyme. Le bébé est immédiatement pris en charge par une équipe médicale puis une procédure d'adoption est lancée.

Et Ludvík Hess, qui a installé chacune des babybox depuis juin 2005, n'est pas peu fier. Car à chaque fois c'est une victoire pour sa fondation pour les enfants abandonnés Statim. Une victoire aussi auprès de la population qui se rallie de plus en plus à sa cause. Pourtant, les débuts n'ont pas été faciles.

Ludvík Hess: "Au tout début, il y a 5 ans, il y a eu beaucoup d'opposition. Notamment dans la plupart des institutions de l'Etat et du gouvernement. Le ministère de la Santé, le ministère de la famille et des affaires sociales et, bien entendu, le ministère de l'Intérieur. Aujourd'hui, il n'y a quasiment plus d'opposition. De temps à autre, il y a bien quelques médecins.
Ce qui est amusant, c'est que leurs arguments ne reposent pas sur des critères médicaux mais légaux. Par exemple, la question de savoir si laisser un bébé dans une boîte n'est pas un crime ou si cela n'est pas contraire aux droits de l'enfant puisque chaque enfant a le droit de connaître son identité."

L a maire du deuxième arrondissement Jana Černochová, photo: www.teletechservis.czL a maire du deuxième arrondissement Jana Černochová, photo: www.teletechservis.cz Face aux détracteurs, Ludvík Hess s'arque-boute à un seul argument : si une vie est sauvée, c'est tout ce qui compte. Et, il donne des chiffres : en République tchèque au moins cinq bébés abandonnés meurent chaque année.
Mais cette 33ème babybox a une particularité. C'est la première à être installée hors d'un centre médical. A l'origine du projet : un fait-divers qui a ému la maire du deuxième arrondissement de la capitale, Jana Černochová. Son directeur de cabinet, Michal Kopecký, raconte:

"L'élément déclencheur, c'était l'année dernière lorsque, pendant une opération de sécurité, un bébé a été trouvé abandonné sur le bord de Karlovo náměstí. Dès lors, la mairie a cherché une solution à cette situation.
Elle s'est adressée à des organisations médicales du deuxième arrondissement de Prague et leur a demandé s'ils acceptaient d'installer une babybox dans leur bâtiment. Finalement, elle a décidé d'en installer une, ici.
Je pense que le plus compliqué a été le temps de prise de décision. Car tout le monde voulait être sûr que le bébé serait en sûreté hors d'un centre médical. Tout le système est prévu pour protéger et sauver le bébé aussi vite que possible. Nous avons fait un calcul. Il y a entre 10 et 12 minutes maximum entre l'ouverture d'une babybox et la prise en charge par les services médicaux."

Chaque boîte est dotée d'une très haute technologie : ventilation, système de contrôle de température ou encore une alarme qui avertit un médecin de garde.

Alors comment fonctionne une boîte à bébés ? Visite guidée avec Michal Kopecký.

"C'est l'ancien mur du Trésor ! Ici près de la babybox, il y a des notices d'information en tchèque, anglais et russe, comment se servir du babybox et mettre le bébé à l'intérieur. Si vous voyez une lumière verte c'est que la boîte est en service. Ensuite il faut appuyer sur le bouton rouge et ouvrir la boîte, mettre le bébé et fermer la boîte. A l'intérieur, il y a de l'oxygène, et de la lumière pour que le bébé puisse survivre. Il y a également la température à l'intérieur. Maintenant, nous sommes à l'arrière de la babybox. Cette pièce est uniquement dédiée à la sécurité de la babybox. Si le gardien vient, il ouvre seulement la porte de cette boîte et tout est terminé quand les services médicaux arrivent pour faire leur part de travail."

Loin d'un centre médical, ici la question de la santé de l'enfant est d'autant plus centrale. Il a d'ailleurs fallu deux mois de réflexion, l'avis d'experts et l'aval d'un juge pour mettre en place la babybox de la mairie.
A quelques pas de là, dans le centre médical VFN, le docteur Kratochvíl, chef de la salle d'accouchement, s'étonne encore qu'il y ait des détracteurs. Pour lui, toutes les conditions médicales sont réunies.

"D'après moi, c'est une chose excellente. Parce que vous avez la possibilité tout de suite de donner les soins intensifs au bébé, vous pouvez faire toutes les recherches en laboratoire et vous pouvez sauver la vie de ce bébé. C'est comme après un accouchement normal à l'hôpital. Cela suffit, pendant quelques minutes il peut être seul dans cette box".

Aucune subvention pour les babybox, les dons privés sont les seules sources de financement. Et une boîte coûte, pour la mise en place, 250 000 couronnes tchèques. Il faut encore compter les dépenses ultérieures, comme d'éventuelles réparations ou encore les besoins en électricité.

La Komerční banka, filiale tchèque de la Société générale, est le principal sponsor. La banque a permis la réalisation de plus de la moitié des babybox, 18 au total, pour 4 millions de couronnes tchèques.

Sylva Floriková, chef du bureau des donations, explique que 6 bébés ont été, en quelques sortes, sauvés par la banque. Ce projet c'est sa fierté.

"Pour nos donations, nous cherchons -disons- d'intéressants projets dans les domaines social et de la santé. Un jour, j'ai lu un article dans le journal, dans Lidovný noviný. C'était en 2007. C'était une interview avec Ludvík Hess. Et je me suis dit : ‘oui, c'est une bonne idée. Cela peut être un projet sur le long terme, couvrant tout le territoire et à but non lucratif’. Donc j'ai présenté l'idée au conseil de gestion.

Certaines personnes disent que les babybox pourraient encourager le comportement jugé irresponsable de certaines femmes ou autres. Quand on en a discuté -et c'est également mon opinion- on a conclu qu'il y a des bébés non désirés. C'est un fait. On ne peut rien y changer. Disons que d'avoir ces babybox, c'est une solution sociale, humaine et civilisée. Je n'ai jamais entendu une réaction négative d'un client. Cela montre sans doute également que nos clients sont plutôt ouverts à ce sujet."

Ludvík Hess, photo: facebook-BabyBoxLudvík Hess, photo: facebook-BabyBox Sur les 29 bébés laissés dans les babybox depuis cinq ans, cinq ont finalement été réclamés par leur mère. C'est le cas par exemple de Sona, ce bébé qui a ému le pays en 2006 car sa jumelle avait été gardée tandis qu'elle, était abandonnée.
Revers du succès, Ludvík Hess est un homme pressé, archi-sollicité. Facilement reconnaissable à sa bonhommie et à sa voiture balisée, il a le téléphone toujours à portée de main car il est informé dès qu'une mère dépose un bébé. Le Monsieur babybox tchèque suit chaque cas individuellement. Ludvík Hess.

"Il arrive que les mères qui pensent laisser leurs bébés dans des babybox m'appellent pour un conseil. Parfois, elles me demandent même de venir moi-même chercher l'enfant. Il est également arrivé qu'elles m'appellent pour me demander des nouvelles du bébé. Quelquefois, les parents adoptifs me remercient énormément d'avoir été la personne qui les a aidés à adopter l'enfant qu'ils ont eu du mal à avoir et qu'ils élèvent désormais. Ils m'envoient des photos pour me remercier."

Pourtant, l'histoire de la babybox n'est pas nouvelle. A Prague on peut même voir les restes d'un système similaire datant du Moyen âge, au coin des rues Voršilská et Národní. L'Allemagne puis la Belgique, l'Autriche, la Suisse, la Hongrie et la Slovaquie ont également des babybox.

La babybox à NáchodLa babybox à Náchod En République tchèque d'ailleurs, il y en a une à Náchod, près de la frontière avec la Pologne où l'avortement est très contrôlé.

Au total, Ludvík Hess confie qu'il compte installer 70 babybox sur tout le territoire et pour cela il faut mobiliser les gens. En musique par exemple. Voici une chanson dédiée aux babybox. Paroles et mélodie de Mirek Paleček.

 

Rediffusion du 20/04/2010

28-06-2011