Du Congo-Brazzaville à la mairie d’Úvaly via Ostrava (2è partie)

07-07-2015

Deuxième partie aujourd’hui de l’entretien réalisé avec Alexis Kimbembe, arrivé de son Congo natal en 1987 et resté depuis en République tchèque, où il a obtenu diplôme et nationalité. Il est revenu pour Radio Prague sur son entrée dans la politique locale tchèque.

Alexis Kimbembe, photo: Site officiel d'Úvaly.czAlexis Kimbembe, photo: Site officiel d'Úvaly.cz « En politique, je suis arrivé d’abord parce que mon ex-femme à l’époque était de la droite libérale et dans mon milieu il y avait des gens de l’ODS, dont mon meilleur ami. J’ai fini par prendre ma carte du parti. »

Et quand est-ce que vous vous êtes présenté pour la première fois à des élections ?

« En 2002, aux élections municipales, dans un arrondissement d’Ostrava. J’étais onzième sur la liste mais grâce au vote préférentiel j’ai fini cinquième et ai même obtenu plus de voix que le maire sortant, c’était magnifique ! »

La maire élue sur une liste ODS d’un quartier d’Ostrava (Liana Janáčková, qui a depuis quitté le parti, ndlr) s’est beaucoup fait remarquer par ses déclarations racistes dans le passé. Vous la connaissiez à l’époque ?

Liana Janáčková, photo: ČT24Liana Janáčková, photo: ČT24 « Oui, je la connais très bien. Il y a un certain langage que les politiques ne devraient pas employer. Elle dit tout haut ce qu’elle pense… Cela n’engage qu’elle, je ne conçois pas la politique comme ça. Cela dit, elle dit des choses qui correspondent à une certaine réalité. Moi je suis noir, je m’arrange pour avoir un boulot, pour faire quelque chose. Pourquoi pas les Roms ? Aujourd’hui quand quelqu’un dit qu’il ne peut pas étudier ici parce que c’est l’apartheid, c’est n’importe quoi ! Moi j’ai étudié ici. »

On dit pourtant que les enfants roms sont souvent orientés d’office dans des écoles pour enfants à déficience mentale…

« Ce n’est pas la vraie raison. Je connais le milieu et ai discuté avec certains. Il faut l’éducation d’abord. Et quand les parents ne forcent pas leurs enfants à aller à l’école, c’est très difficile de faire changer les mentalités. Quand les gens disent que les Tchèques sont des racistes, il me semble que c’est partout en Europe. Mais moi je vis en Tchéquie, personne ne m’a jamais agressé. Bon, certaines personnes peuvent dire des bêtises, dans chaque société il y a des dingues, mais on ne peut pas généraliser, je ne l’accepte pas. »

Alors vous en êtes à votre troisième mandat local, désormais à Úvaly, une petite commune située à vingt minutes de Prague en train. Comment s’est passé votre implantation là-bas ?

Úvaly, photo: Dezidor, CC BY 3.0 UnportedÚvaly, photo: Dezidor, CC BY 3.0 Unported « Je vivais à Kladno et ai rejoint ma copine à Úvaly pour y vivre il y a six ans. J’étais membre de l’ODS local, dont était membre le maire, qui m’a poussé à être candidat aux dernières élections. J’étais quatrième sur la liste, et après un désistement j’ai été amené à faire partie de la coalition locale. Et c’est ainsi que je suis devenu adjoint au maire. »

Combien d’habitants à Úvaly ?

« 6200. »

Quelles ont été les réactions ? Est-ce qu’il y a des gens surpris d’avoir un adjoint au maire africain ?

« Oui, enfin pas trop surpris quand même parce que j’étais dans la campagne et sur les affiches… Mais je suis moi-même étonné ; les gens me respectent, ça va. »

Vous avez un ami du Congo-Brazzaville qui est également élu à la mairie de Nymburk, une autre petite ville de Bohême. Etes-vous les deux seuls ?

« A l’époque il y avait un autre Congolais membre de l’ODS à Brno, mais il est reparti au pays. Cet ami-là qui est resté ici est du parti social-démocrate (CSSD), il est conseiller municipal de Nymburk et régional aussi je crois. »

Ça va, vous ne débattez pas trop fort quand vous vous voyez ?

« Non, non, je le taquine un peu, mais ça va ! »

Peu après votre première élection, le fondateur de l’ODS, Vaclav Klaus, est devenu président de la République. Vous a-t-il inspiré en politique ?

Václav Klaus, photo: Khalil Baalbaki, ČRoVáclav Klaus, photo: Khalil Baalbaki, ČRo « Oui, mais pas ces derniers temps. C’était notre chef, je connais la personne et ses idées. Ce qu’il dit quand il critique l’UE n’est pas mauvais en soi, mais il doit comprendre en tant que démocrate que l’UE existe et qu’il y a des votes. Quand on est minoritaire, on peut critiquer mais pas menacer de quitter l’Europe, ça ne marche pas comme ça. Il m’a déçu ces derniers temps, je ne comprends plus sa rhétorique, sa démarche. Mais à l’époque, c’était mon idole ! »

L’ODS traverse une crise difficile depuis quelques temps. Est-ce qu’il y a dans le parti des gens qui vous semblent capables de le relever ?

« Oui, l’actuel chef de l’ODS, le président Fiala, est quelqu’un de compétent qui veut que l’ODS fonctionne comme il se doit. Le problème de l’ODS a beaucoup été lié aux gens qui venaient non pour faire de la politique mais pour leurs intérêts personnels, surtout à Prague. Cela nous a beaucoup porté préjudice. »

On a beaucoup parlé des « parrains » qui gravitaient autour de l’ODS…

 « Oui, les parrains ont été un grand problème. Mais comme nous ne sommes plus au pouvoir ces gens-là se sont éloignés. On verra si nous arriverons à reprendre la place dans les prochaines années. »

Avez-vous l’ambition d’accéder à la politique nationale ?

« Pas vraiment, à cause de la langue. Je comprends très bien le tchèque, mais si on veut être au parlement il faut s’exprimer correctement. Bon, on verra… »

Vous y pensez le matin en vous rasant ?

« Non, je n’y pense pas, je laisse le temps au temps et on verra. »

07-07-2015