Testés pour le Covid-19 : « L’infirmière est arrivée vêtue comme pour une guerre nucléaire »

07-04-2020

Alors que la République tchèque est confinée depuis maintenant plus de trois semaines, comment vit-on ce nouveau quotidien réduit au strict minimum : télé-travailler quand on le peut, s’alimenter mais en limitant ses déplacements, et faire l’école quand on a des enfants ? La question se pose évidemment pour tous les Tchèques, mais aussi pour les ressortissants étrangers qui ont décidé de rester dans le pays, tout en s’inquiétant pour leurs proches confinés dans leur pays d’origine. Et quand par-dessus le marché, on doit se faire dépister pour le Covid-19, c’est sans aucun doute un moment qui restera dans les annales. Rencontre avec un couple de Français à Prague qui ont bien voulu témoigner pour RPI.

Photo illustrative: ČTK/Miroslav ChaloupkaPhoto illustrative: ČTK/Miroslav Chaloupka

Eden : « Je pense que ce serait mieux qu’il n’y ait pas le coronavirus parce qu’on doit rester à la maison et que c’est embêtant de porter un masque dès qu’on va dehors. »

Du haut de ses sept ans, Eden fait ce que font tous les enfants : elle dit tout haut et en toute simplicité ce que tout le monde pense tout bas. Enfin, pas tout à fait quand même puisqu’on peut facilement imaginer que ce doit être le sentiment d’à peu près tout le monde, en Tchéquie, et dans tous les pays confinés pour cause de coronavirus, et que nombreux sont ceux qui doivent aussi un peu râler.

Et comme tous les Tchèques, les parents d’Eden et de son petit frère, des Toulousains installés à Prague depuis 2016, ont bien dû bon gré mal gré s’adapter aux circonstances extraordinaires qui touchent l’ensemble du pays. Avec en plus la tendance, sans doute répandue chez tous les ressortissants étrangers, d’avoir les yeux rivés à la fois sur l’actualité de leur pays de résidence et sur celle de leur pays d’origine. Pour Prisca, c’était déjà un peu le cas avant l’annonce de l’état d’urgence en Tchéquie, survenue quelques temps seulement après son retour des vacances de février, passées en banlieue parisienne :

Prisca : « Pour moi la crise du coronavirus a commencé réellement au mois de février. A ce moment-là j’étais en France en visite chez ma mère. Tous les jours on suivait les informations et le nombre de cas commençait à augmenter. Je me sentais concernée, mais pas tout à fait. J’étais encore en vacances, je n’étais pas chez moi, l’école n’avait pas repris, donc cela restait très loin. Ça ne me touchait pas. Je suis rentrée en Tchéquie le 2 mars, j’ai eu peur qu’il y ait des contrôles à l’aéroport ou de devoir rester en quarantaine en rentrant. Finalement on a voyagé sans aucun problème : aucunes mesures de sécurité aux aéroports que ce soit en France ou à Prague. J’ai tranquillement rejoint ma maison. Par la suite, nous avons eu quelques jours normaux en Tchéquie. La crise m’a vraiment touchée à partir du moment où ils ont décidé de fermer les écoles, le 11 mars. J’ai vraiment senti que j’étais directement impliquée comme tout autre citoyen du monde confiné comme nous le sommes. »

Photo illustrative: picjumbo_com/Pixabay, CC0Photo illustrative: picjumbo_com/Pixabay, CC0 En Tchéquie, les événements se sont succédé rapidement, un peu comme des dominos : après le 11 mars puis l’annonce de la mise en place de l’état d’urgence le lendemain, les jours suivants ont été une litanie de mesures de plus en plus restrictives dans le pays jusqu’à l’annonce de la quarantaine généralisée le 15 mars :

P : « Après la fermeture des écoles, il y a eu deux, trois jours où on a continué à sortir un peu avec les enfants, pour se balader. Moins que d’habitude puisque nous savions qu’il fallait faire attention, mais nous étions dehors. Par la suite, le dimanche suivant le mercredi 11 mars les mesures ont été plus importantes et là je me suis dit : ça y est on est vraiment confinés. On a commencé à vraiment mettre en place l’école à la maison, à rester avec les enfants, à coudre les masques – comme tout le monde puisqu’il était impossible d’en trouver dans le commerce. Malheureusement je suis tombée malade la semaine suivante. C’était un peu compliqué pour voir un médecin. J’avais toujours cette arrière-pensée que je pourrais être infectée. On a demandé les tests qui se sont avérés négatifs. J’avais simplement une bronchite. »

Trois cas de contamination avaient en effet été déclarés au travail de son mari, Gwenaël. Toute la famille se retrouve alors en quarantaine - ou plutôt quatorzaine - obligatoire à partir du 17 mars. La maladie soudaine de Prisca les incite à passer le test de dépistage. Une expérience un peu particulière, pour toute la famille :

Photo illustrative: ČTK/David TanečekPhoto illustrative: ČTK/David Taneček Gwenaël : « Le test en lui-même n’a pas été l’expérience la plus agréable de ma vie... D’abord, les conditions : ça a été effectué ’à domicile’. Concrètement, un camion de police a débarqué sur le parking en bas de chez nous et on nous a demandé de descendre. De la camionnette est sortie une infirmière protégée comme pour une guerre nucléaire. C’est évidemment compréhensible puisque ces personnes risquent leur vie en effectuant ces tests. Cela n’en reste pas moins impressionnant. Nous étions sur le parking, avec évidemment tous les voisins agglutinés aux fenêtres, les yeux écarquillés. J’ai bien peur que cela ne contribue pas positivement à la bonne réputation des Français. Ensuite le déroulement : l’infirmière, par ailleurs très gentille, nous a présenté un coton-tige d’une dizaine de centimètres qu’elle nous a introduit quasiment entièrement dans le nez... Ce n’était pas particulièrement agréable ! Pendant que l’un faisait le test, l’autre se faisait interroger sur ses symptômes par un policier. Avec le masque, je ne comprenais pas trop les questions. Donc je me suis un peu approché un peu de lui, et le policier s’est mis à me crier de rester loin de lui. Je comprends bien sûr sa nervosité mais c’était vraiment impressionnant. »

Hormis cet épisode qui s’est heureusement soldé par un résultat négatif, le couple de Français a une vision plutôt positive de la manière dont les choses sont gérées en République tchèque :

P: « Au niveau de la gestion de la crise, je constate qu’en Tchéquie, quand les membres du gouvernement ou les journalistes s’adressent à la population, ils sont tous masqués. Ils donnent l’exemple. Alors qu’en France, toujours pas. Il y a un nombre de morts incroyable mais on continue à y parler à la population sans masques, par peur que les Français ne soient pas prêts pour tant de contraintes. Je trouve que les informations en France font trop dans le sensationnel. On parle constamment du nombre de morts, de l’augmentation des cas de contamination et ça tourne à la psychose. En Tchéquie, on sent que les gens sont concernés mais gardent la tête froide. Les Tchèques sortent, font ce qu’ils ont à faire sans pour autant paniquer ou vider les rayons de supermarchés... »

Photo illustrative: ČTK/Michal KrumphanzlPhoto illustrative: ČTK/Michal Krumphanzl G : « Je ne suis pas particulièrement un grand supporter d’Andrej Babiš mais je trouve que le gouvernement tchèque gère bien la crise. Ils ont pris des décisions assez drastiques très rapidement. Les exemples chinois et coréens nous montrent que cela semble être la bonne décision. Je trouve également rassurant que tout le monde doive se couvrir le visage. Et c’est une bonne chose que les politiques et les journalistes montrent l’exemple en ce sens. Ma seule crainte est que le pouvoir en profite pour basculer vers une gouvernance plus autoritaire. Mais j’ai plutôt confiance dans les Tchèques et dans le fait qu’ils ne se laisseraient pas faire. »

« Je trouve que la couverture médiatique en République tchèque tente de rassurer la population, donne des exemples d’initiatives positives. Dès le début, on a eu le nombre de cas de guérisons, ce qui n’est pas du tout le cas en France où les médias ont tendance à chercher les cas dramatiques, à chercher les polémiques. En particulier avec la fameuse histoire des masques tchèques ! Je trouve que la couverture médiatique en France a été à cet égard assez mauvaise. La fausse information a circulé dans tous les médias. Quand cette histoire a été clarifiée, ça n’est paru quasiment nulle part. »

En attendant, Prisca et Gwenaël ont bien été obligés d’adapter leur quotidien aux contraintes du confinement, un quotidien qui, comme pour tout le monde, se réduit au strict minimum.

Photo illustrative: StockSnap/Pixabay, CC0Photo illustrative: StockSnap/Pixabay, CC0 G : « Pour les courses c’est simple, on s’est tout fait livrer, y compris les antibiotiques pour Prisca lorsqu’elle est tombée malade. Mon quotidien n’a pas vraiment changé : à vrai dire, le temps que je passais d’habitude au bureau, je le passe aujourd’hui dans ma chambre en télétravail. En temps normal, je suis déjà dans un mode de téléconférences donc ça va. Je passe même plus de temps dans ma chambre qu’au bureau au final ! Le Covid-19 rajoute en effet une certaine charge supplémentaire en termes de gestion des équipes. On organise des réunions quotidiennes pour être sûr que tout le monde est en bonne santé et capable de travailler. On doit s’assurer qu’il y ait une continuité de service. »

Le télétravail, ça va, mais quid de l’école ? Si l’on imagine sans trop de peine que le fait de se retrouver du jour au lendemain enseignant est un casse-tête pour la plupart des parents qui s’en passeraient bien, c’est peut-être Eden en CE1 au Lycée français de Prague - et donc la première concernée - qui peut le mieux y répondre :

E : « Pour les leçons, je préfère que ce soit à l’école parce qu’à la maison, on est un peu en retard. On ne peut pas faire toute une journée de cours comme à l’école. A l’école, c’est possible parce qu’on a aussi une cantine. Là, les parents ne sont pas disponibles à chaque moment pour nous aider. »

On vous le disait bien : rien ne vaut la parole des enfants !

07-04-2020