600 ans depuis la mort de Jan Hus

06-07-2015

Si la statue de saint Venceslas, patron des Tchèques, domine la place éponyme à Prague, une autre sculpture monumentale, celle d’un théologien et réformateur religieux devenu l’autre grand héros de l’histoire tchèque, se trouve également au centre de la place de la Vieille ville, l’autre centre névralgique de la capitale. Il y a 600 ans de cela, le 6 juillet 1415, mourait sur le bûcher ce second héros médiéval : Jan Hus, précurseur du protestantisme. Condamné par l’Eglise pour hérésie à une époque où l’Europe, déchirée par les luttes de pouvoir, traversait une grave crise morale et intellectuelle, Jan Hus, un siècle avant un certain Martin Luther resté plus illustre en Europe, prônait déjà la réforme de l’Eglise catholique. A l’occasion de ce 600e anniversaire, Radio Prague vous propose donc une émission spéciale consacrée à Jan Hus, un homme mort pour ses idées et que l’Eglise, d’abord sous un Jean-Paul II proche culturellement des pays tchèques puis aujourd’hui avec le pape François dont le discours sur certains points de discorde n’est pas sans rappeler celui de Jan Hus, a mis près de six siècles à reconnaître…

La cérémonie œcuménique de réconciliation, photo: František Jemelka / ČBKLa cérémonie œcuménique de réconciliation, photo: František Jemelka / ČBK Pour la première fois dans l’histoire tchèque, une cérémonie œcuménique de réconciliation a été célébrée samedi 20 juin dernier à Prague à l’église de Notre-Dame-du-Týn, sur la place de la Vieille ville, à l’approche du 600e anniversaire de la mort du réformateur Jan Hus. L’office pour un pardon mutuel a été célébré par les plus hauts représentants des différentes églises chrétiennes tchèques, que celles-ci soient hussite, catholique ou évangélique, et du Conseil œcuménique des églises. Cette cérémonie faisait suite à la réception quelques jours plus tôt au Vatican d’une délégation des églises tchèques à l’issue de laquelle le pape François déclaré que la mort de Jan Hus avait causé du tort à l'Eglise catholique et que celle-ci demandait pardon pour sa condamnation comme hérétique (cf. sur le sujet : http://www.radio.cz/fr/rubrique/faits/jan-hus-lheure-de-la-reconciliation-au-vatican). C’est ce qu’a confirmé pour Radio Prague le cardinal Kurt Koch, président du Conseil Pontifical pour l’unité des chrétiens :

Le cardinal Kurt Koch, photo: Rabanus Flavus, CC BY 3.0 UnportedLe cardinal Kurt Koch, photo: Rabanus Flavus, CC BY 3.0 Unported « Le Saint-Père a répété ce que déjà Jean-Paul II avait dit en 1999, à savoir qu’il regrette cette mort cruelle de Jan Hus qu’il a reconnu comme réformateur. Il a rappelé la nécessité d’une réconciliation entre l’Eglise catholique et ce mouvement venu de Hus. Ensuite, il a évoqué la nécessité de la réforme de l’Eglise qui est toujours importante et qu’on peut voir Jan Hus aujourd’hui comme un réformateur de l’Eglise. C’est un sens significatif pour les œcuménistes. »

Personnellement, comment avez-vous vécu cette rencontre à la mi-juin ?

 « C’est un pas vers une grande tradition car déjà Jean-Paul II en février de l’année sainte 2000 a fait cette prière de pardon pour toutes les injustices, toutes les persécutions des autres, et après il a fait cela avec Jan Hus. La semaine passée, le Saint-Père était pour la première fois de l’Histoire dans un temple de la Table vaudoise à Turin. Ici aussi, c’était une grande persécution contre cette communauté. Ce sont des signes de réconciliation pour ouvrir des nouvelles portes pour le futur. »

La question qui se pose alors que ce sera bientôt le 600e anniversaire de la mort de Jan Hus est pourquoi il a fallu attendre aussi longtemps pour que l’Eglise catholique fasse évoluer sa position, révise en quelque sorte son jugement sur Jan Hus ?

 « Je pense que le fondement de toute cette pensée, c’est le Concile de Vatican II (1962-1965) avec l’ouverture pour l’œcuménisme. Pendant les cinquante ans après le Concile, on a étudié toute les souffrances, toutes les choses qui se sont passées dans l’histoire de l’Eglise. Et pas à pas, nous avons abouti à cette réconciliation. »

Avant cela, quel était le regard que portait l’Eglise sur Jan Hus ?

Photo: Archives de Radio PraguePhoto: Archives de Radio Prague « On regrette surtout de l’avoir condamné comme un hérétique contre l’Eglise catholique. La persécution de ce temps par l’Eglise et par l’Etat était tout le temps très difficile. Après, Jean-Paul II a communiqué une étude historique pour voir les choses et pourquoi cela a nécessité tant de temps. L’époque où Jan Hus a vécu était très difficile. Nous avions en ce temps trois papes avec des querelles entre ces divers papes. Nous avions aussi la situation du pouvoir ecclésial et du pouvoir de l’Etat. Il faut juger tout cela avec prudence. Cela nécessite du temps, mais je pense que la conclusion de cette étude est très positive. On peut regarder avec de nouveaux yeux l’histoire de Jan Hus et le considérer comme un réformateur dans le mouvement de l’Eglise. »

Vous avez évoqué la personne du pape Jean-Paul II et son rôle dans la reconnaissance du statut de réformateur de Jan Hus. Quel rôle également a joué le fait que Jean-Paul II était un Slave, il venait de Pologne, et qu’il comprenait donccertainement mieux les problématiques qui se posaient aux Eglises et aux chrétiens d’Europe centrale ?

Le pape Jean-Paul II, photo: Bundesarchiv, B 145 Bild-F059404-0019 / Schaack, Lothar / CC-BY-SALe pape Jean-Paul II, photo: Bundesarchiv, B 145 Bild-F059404-0019 / Schaack, Lothar / CC-BY-SA « Oui, je pense que Jean-Paul II, comme tout Polonai,s avait une grande connaissance aussi de cette histoire et il connaissait cette personne de Hus. Cela lui tenait à cœur de demander pardon pour toutes les fautes et tous les péchés que l’Eglise a commis dans le passé. Pour lui, c’était un procès important. »

Le Pape actuel François, a choisi son nom en référence à saint François d’Assise. Des parallèles peuvent être établis d’une certaine manière justement entre saint François d’Assise et Jan Hus, deux hommes qui ont œuvré pour un retour aux sources de l’Eglise pour suivre le modèle de la pauvreté évangélique. Pourquoi le message de l’un, concrètement saint François d’Assise, a été accepté, tandis que celui de l’autre, Jean Hus a été rejeté ?

Le pape François, photo: Korea.net, CC BY-SA 2.0 GenericLe pape François, photo: Korea.net, CC BY-SA 2.0 Generic « Parce que saint François d’Assise a eu aussi la volonté de retrouver une Eglise pauvre, l’Eglise qu’il y a au centre de l’Evangile. Mais saint François d’Assise n’a eu aucune volonté de nuire à l’Eglise, il était en accord avec l’Eglise comme avec l’Evangile. Aussi, il n’y a pas de rupture entre le mouvement de saint François d’Assise et l’Eglise catholique en son temps. Jan Hus a une autre vision. Jan Hus, c’est un mouvement pour la pauvreté de l’Eglise. C’est un mouvement pour la centralisation de l’Evangile et la vision de l’Eglise était tout à fait autre que chez saint François d’Assise. »

06-07-2015