Olivier Kacou : « J’apprécie le calme de la République tchèque, mais la chaleur humaine me manque parfois »

11-04-2020

Professeur de français et de mathématiques, animateur aussi d’ateliers de djembé dans les écoles, Olivier Kacou nous avait parlé, il y a quelques semaines, de son apprentissage du tchèque. Jamaïco-Ivoirien devenu Tchèque d’adoption, Olivier nous raconte l’imprévu qui l’a fait venir et rester à Prague, ou encore comment les percussions africaines, « une activité qui marche très bien », peuvent être un outil de lutte contre les préjugés.

Olivier Kacou, photo: Anaïs RaimbaultOlivier Kacou, photo: Anaïs Raimbault

En quelle année êtes-vous arrivé en République tchèque, et pour quelle raison ?

 « Je suis arrivé à l’été 2006, par hasard… À Paris, j’avais rencontré un Tchèque qui cherchait une rue. Je l’ai renseigné, nous avons échangé nos coordonnées et nous sommes restés en contact épistolaire. Un jour, il m’a proposé de venir visiter son pays… C’est cette personne qui m’a fait découvrir Prague. Il avait des amis à l’ambassade de France, et nous y sommes allés pour le 14 juillet. La fête de la prise de la Bastille, c’est l’occasion de rencontrer toute la communauté française… J’y ai rencontré des personnes qui m’ont offert des perspectives de travail. Et c’est ainsi que mon été, que je pensais touristique, est devenu un été de travail. »

Comme quoi une rencontre imprévue peut changer la vie !

 « Une rencontre imprévue, ça amène à tout. J’ai donc commencé par être professeur de français, puis, par le bouche à oreille, dans la communauté francophone, certains cherchaient du soutien en mathématiques pour leurs enfants élèves au Lycée français. »

Photo: Archives personnelles d’Olivier KacouPhoto: Archives personnelles d’Olivier Kacou

Actuellement, vous vivez donc de vos cours de français et de mathématiques…

 « … et surtout des ateliers de djembé dans les écoles tchèques ! Ce sont les écoles qui me contactent, par exemple quand elles organisent des manifestations sur le thème de l’Afrique. Ici, tout fonctionne par le bouche à oreille : une école donne mes coordonnées à une autre, et je bénéficie de ce réseau. Comme la communauté noire n’est pas très importante en République tchèque, les enfants ne sont pas en contact avec des personnes africaines, et ces ateliers constituent pour eux des ouvertures sur le continent, un continent pour lequel les préjugés sont nombreux. Et moi, une personne de couleur noire, je leur parle en tchèque, je leur explique la géographie de l’Afrique, les colonisations, les différentes langues, le fait qu’il y a des pays hispanophones, francophones, anglophones, lusophones… »

Vos cours de percussions amènent donc à parler de beaucoup d’autres choses ?

Photo: Archives personnelles d’Olivier KacouPhoto: Archives personnelles d’Olivier Kacou « De culture. J’y inclus une partie réellement culturelle et historique. »

Vous avez mentionné le fait que les enfants tchèques n’ont pas l’habitude de voir de personnes noires de peau. Avez-vous déjà fait l’objet de situations de discrimination ?

 « Je me suis toujours senti bien accueilli ici. Parce que, qu’il s’agisse des cours de français ou des ateliers de percussions, je pense ne prendre la place de personne… Je n’ai donc jamais été confronté au racisme ou à une autre forme de discrimination. Je dirais même que c’est plutôt parmi les Français que j’ai connu des problèmes de discrimination. Plus que parmi les Tchèques dans tous les cas. »

Quelle est votre nationalité ?

 « C’est un peu particulier… Mon père est jamaïco-français et ma mère est de Cöte d’Ivoire. J’ai donc un passeport jamaïcain, un passeport ivoirien, et aussi un passeport tchèque. J’ai passé un examen de tchèque pour l’obtenir ! »

Quelle est la procédure pour devenir tchèque ?

Photo: EdikaPhoto: Edika « Les critères sont objectifs : lorsque l’on a une résidence permanente en République tchèque depuis trois ans, on peut demander la nationalité tchèque. Les conditions sont strictes, sévères, mais cela me semble bien. Il faut passer des examens, en tchèque, et présenter un certain nombre de documents. Le plus difficile, c’est l’examen de tchèque, qui porte aussi bien sur la langue, la grammaire, l’orthographe, etc., que sur la culture tchèque. On vous demande, par exemple, qui était le capitaine Jaroš, ou encore qui était Ludvík Svoboda… J’ai oublié qui était Jaroš (cf. : https://www.radio.cz/fr/rubrique/histoire/ces-heros-oublies), mais je crois que Ludvík Svoboda était un général (cf. : https://www.radio.cz/fr/rubrique/faits/la-premiere-guerre-mondiale-vue-de-russie). On peut aussi vous demander quelles sont les traditions tchèques à Noël… La salade de pommes de terre, la carpe, ce sont des choses qu’il faut savoir. Je pense que c’est important, car quand on veut acquérir une nationalité, il faut connaître quelques éléments culturels de base. »

Comment vous êtes-vous préparé à cet examen ?

 « Pour le tchèque, j’ai pris des cours à l’Université Charles, qui propose des cours pour les étrangers. Pour la partie ‘culture’, j’ai lu des documents sur Internet, et l’Université Charles fournit également des documents permettant de se préparer à l’examen. Il y a un questionnaire de 100-120 questions. Il faut bûcher, car l’examen écrit passe très vite ! Puis il y a l’épreuve orale, devant un jury composé de deux professeurs tchèques. Ce n’est pas de la rigolade ! Avant de se présenter, il faut bien se préparer, d’autant qu’il y a des frais d’inscription assez élevés. Il faut donc se préparer pour ne pas perdre son argent et son temps. »

N’étant pas citoyen européen, quelles démarches administratives avez- vous eu à faire pour vous installer en République tchèque ?

Olivier Kacou, photo: Anaïs RaimbaultOlivier Kacou, photo: Anaïs Raimbault « Mon passeport jamaïcain m’a permis d’obtenir mon permis de séjour, qu’il me fallait renouveler tous les deux ans. J’avais demandé une licence d’activité, ce que les Tchèques appellent ‘živnostenský list’. J’ai ainsi renouvelé trois fois mon permis de séjour, c’est-à-dire que j’étais ici depuis plus de cinq ans. J’ai alors pu obtenir le droit de résidence permanente. Tout est alors devenu beaucoup plus simple, que ce soit pour exercer mon activité ou pour les impôts. »

Le système administratif tchèque vous semble-t-il simple ?

 « Oui, contrairement à d’autres pays, où il faut par exemple avoir un conjoint pour obtenir la résidence permanente… Ici, ce système d’examen, où c’est la ‘tête’ qui est prise en compte, me semble être bon. »

Avez-vous déjà eu recours au système médical tchèque ?

 « Oui, bien sûr. Tout permis de séjour d’un étranger est accompagné d’une assurance médicale, que l’on paye et qui donne droit à des consultations chez le médecin généraliste et les spécialistes. Je pense que le système médical est bon, je n’ai jamais eu à m’en plaindre. Et pour ce qui est des médicaments prescrits à acheter en pharmacie, lorsque l’on est couvert par l’assurance-maladie, il faut parfois payer un complément, mais c’est 30 ou 40 couronnes, ce qui n’est pas trop cher. »

Qu’est-ce-qui vous fait rester ici, en République tchèque ?

 « Ce sont mes activités, que je ne pourrais pas exercer ailleurs, et surtout pas en France. Car, en France, pour ce qui est des ateliers [de percussions] dans les écoles, d’autres le font déjà… Ici, je n’ai pour ainsi dire aucune concurrence, et ça marche très bien pour moi. »

Photo: Archives personnelles d’Olivier KacouPhoto: Archives personnelles d’Olivier Kacou

Et qu’est-ce qui vous plaît en République tchèque ?

 « Le calme du pays. Ce n’est pas comme en France, où il y a énormément de mouvement, ou en Jamaïque, où il y a tout le temps du bruit… Ici, c’est calme. Et puis il y a les moyens de transport : je ne dirais pas qu’ils sont parfaits, mais tout est très bien desservi, que ce soit à Prague ou ailleurs en Tchéquie. »

Certaines choses vous manquent-elles ? De la France, de la Côte d’Ivoire ou d’ailleurs ?

Olivier Kacou, photo: Archives personnelles d’Olivier KacouOlivier Kacou, photo: Archives personnelles d’Olivier Kacou « Bien sûr, parfois ce qui peut me manquer, c’est la chaleur humaine, la communication… Ici, on a parfois l’impression que personne ne parle à personne. Je vais régulièrement en Afrique, et en Côte d’Ivoire, quand on monte dans un taxi collectif, on salue son voisin. Ici, dans le tram, dans le bus, on s’assied à côté d’une personne sans la saluer. C’est assez étrange… Et avec les nouvelles technologies, chacun est avec son téléphone portable. Moi, si je suis arrivé en République tchèque, c’est parce qu’à Paris, quelqu’un d’autre m’a demandé le nom d’une rue… Maintenant, ici, ça ne risque pas d’arriver, personne ne va vous demander ‘je veux aller rue Římská’ [le siège de la rédaction de Radio Prague International], tout le monde regarde son téléphone, qui vous dit d’aller par ici ou par là… C’est dommage de ne pas pouvoir communiquer les uns avec les autres. »

Vous passez donc régulièrement du temps en Afrique pour vous rebooster en chaleur humaine, puis vous revenez à Prague pour profiter du calme..

 « Oui, c’est comme ça que ça marche. »

Quel est votre endroit préféré à Prague ?

 « Ce sont les différents parcs où je peux jouer du djembé ! »

Photo: Archives personnelles d’Olivier KacouPhoto: Archives personnelles d’Olivier Kacou
11-04-2020