Le château de Becov attire les visiteurs par le reliquaire de Saint-Maur

22-01-2006

Au milieu du triangle des villes d'eau Karlovy Lazne, Marianske Lazne et Frantiskovy Lazne, nichée dans la forêt Slavkovsky, se trouve Becov. Cette petite ville de Bohême occidentale est dominée par un vaste complexe de châteaux gothique et baroque. Mais le vrai bijou qui attire à Becov de nombreux visiteurs d'Europe, c'est le reliquaire de Saint-Maur, créé vers 1200 en Belgique actuelle et amené à Becov par ses derniers propriétaires, les ducs Beaufort - Spontin, de la noblesse belge. Puisque le château de Becov accueille les visiteurs pendant toute l'année, nous y sommes rendus pour vous le présenter.

Le château de Becov, photo: NPÚLe château de Becov, photo: NPÚ La silhouette majestueuse de l'ensemble de châteaux de Becov se dresse au-dessus de la rivière Tepla. Nous arrivons sur la place centrale bordée de maisons anciennes. La porte du jardin entourant le château se trouve juste en haut de cette place. Les origines de Becov sont liées à une importante voie de communication reliant la Bohême à l'Allemagne. Un autre facteur ayant contribué au développement de la ville - l'extraction de l'or, de l'argent et de l'étain. C'est au milieu du XIVe siècle qu'un château gothique, avec une chapelle, a été érigé sur un éperon rocheux. Au XVIe siècle, les propriétaires d'alors de Becov, la famille Pluh de Rabstejn, a fait relier la tour de guet et le donjon qui forment le noyau gothique du château, par un palais Renaissance. Le propriétaire suivant, Dominique Kounic a élargi le complexe, en 1750, d'un château baroque. Et c'est dans l'une de ses salles que les visiteurs peuvent admirer la plus grande fierté de Becov, le reliquaire roman de Saint-Maur, abritant les reliques de trois saints dont Maur d'après lequel il est nommé.

Le château de BecovLe château de Becov Exemple unique, proche par son importance du reliquaire de Charlemagne à Aix-la-Chapelle, le reliquaire de Saint-Maur doré, richement sculpté et garni de 500 gemmes, se présente sous la forme d'une maisonnette. Il a été fabriqué entre 1200 et 1230 sous l'impulsion de la famille Rumigny qui possédait de vastes domaines dans le sud de la Belgique actuelle et qui, au XIe siècle, a acquis les reliques de trois saints : Maur, Thimothy et Jean-Baptiste. La châsse destinée à abriter leurs reliques a vu le jour à l'abbaye des Bénédictins à Florennes. Après la disparition du monastère, à la suite de la Révolution française, le reliquaire a été déposé dans une église paroissiale, explique le guide du château de Becov, Ondrej Cink :

« En 1838, la paroisse de Florennes a offert le reliquaire, pour des raisons financières, au duc Alfred Beaufort-Spontin, contre 2 500 francs. Celui-ci l'a fait réparer et après l'avoir exposé, avec succès, en 1878, à l'Exposition universelle à Paris, il l'a ramené à son siège, à Becov. »

Ondrej CinkOndrej Cink Le reliquaire est resté à Becov aussi longtemps que les ducs Beaufort-Spontin, jusqu'à la fin de la deuxième guerre. Contraints de quitter la Tchécoslovaquie pour avoir sympathisé avec les nazis, les Beaufort l'ont caché, en hâte, dans le sous-sol humide de la chapelle du château, dans l'espoir de pouvoir venir, plus tard, le retrouver. Il n'en fut rien, le reliquaire est resté pendant 40 ans dans cet abri. Sa découverte fait penser à une histoire de détective. On écoute Ondrej Cink :

« En 1984, la représentation diplomatique tchécoslovaque à Vienne a reçu la visite d'un commerçant venant des Etats-Unis, un certain Danny Douglas. L'offre qu'il est venu faire au gouvernement tchécoslovaque était pour le moins inhabituelle : il proposait 250 000 dollars américains en échange de l'autorisation de retirer du territoire tchécoslovaque un objet d'art qui n'avait pas un lien direct avec son histoire. Après avoir vérifié qu'il s'agissait d'une offre sérieuse, puisque Douglas avait effectué une transaction similaire en France, les autorités tchécoslovaques ont commencé à négocier d'éventuelles conditions d'exportation. »

Le château de BecovLe château de Becov L'affaire s'est retrouvée entre les mains de la police criminelle qui avait une tâche difficile : découvrir un objet historique dont on ne savait pratiquement rien. Après avoir fait des recherches dans les archives, leur attention s'est concentrée sur les familles aristocratiques, puisqu'il devait s'agir d'un objet très ancien et de grande valeur. Finalement, Danny Douglas a restreint la piste à 150 kilomètres à l'est de Nuremberg. Alors, on a cherché parmi les familles installées en Bohême occidentale et on a fini par trouver, dans une publication des années 1930, la mention sur le reliquaire de Saint-Maur.

Le 5 novembre 1985, le reliquaire, effectivement, était retrouvé, à l'aide de détecteurs de métaux, sous le plancher de la chapelle de Becov. Hélas, le séjour de plus de 40 ans dans un milieu humide l'avait gravement endommagé. Il n'est donc guère étonnant que les travaux de restauration aient duré 13 ans. Ce n'est qu'en 2002 que le reliquaire a pu être exposé, dans toute sa beauté, au château de Becov.

Le reliquaire de Saint-Maur, photo: NPÚLe reliquaire de Saint-Maur, photo: NPÚ Nous entrons dans la salle plongeant dans l'obscurité, au milieu de laquelle brille, protégée par une vitrine, le reliquaire. On ne peut avoir que le souffle coupé face à cette oeuvre rare et ancienne, témoin de la maîtrise de l'orfèvrerie romane, qui raconte l'histoire vieille de 800 ans de ceux dont il abrite les reliques : saint Maur, saint Thimothy, et saint Jean-Baptiste. L'histoire connaît plusieurs Maur, mais celui dont les reliques reposent à Becov était prêtre et martyr, torturé et décapité pour avoir converti au christianisme des dizaines de païens, au 1er siècle de notre ère. Le reliquaire, long de 138 centimètres, large de 42 et haut de 65 centimètres, est orné de reliefs représentant Jésus-Christ et Maur et, des deux côtés latéraux, celles des douze apôtres. Le toit en forme de selle est décoré de boules de cristal et de représentations de la vie des trois saints. Les médaillons émaillés présentent une iconographie d'inspiration évangélique. La beauté éclatante du reliquaire est accentuée par un riche ornement en argent doré et par 500 pierres précieuses finement taillées.

22-01-2006